Le Petit Nicolas revient : fallait-il vraiment ressusciter Goscinny et Sempé ?

L’essentiel

  • Sortie : Le Petit Nicolas, je reviens ! paraît le 8 octobre 2026 chez IMAV Éditions avec douze histoires inédites.
  • Auteurs : Anne Goscinny et Jean-Philippe Arrou-Vignod signent les textes, illustrés par Fursy Teyssier.
  • Enjeu : prolonger l’univers de Goscinny et Sempé pour une nouvelle génération de lecteurs.

Il y a des personnages qui refusent de vieillir, et il faut leur reconnaître une forme d’obstination admirable : soixante ans après avoir été abandonné par son propre créateur, le Petit Nicolas débarque ce jeudi 8 octobre en librairie dans un nouvel album intitulé Le Petit Nicolas, je reviens !, douze histoires inédites publiées chez IMAV Éditions. L’annonce, faite par France Inter dès le mois de mai, avait de quoi provoquer un froncement de sourcil chez les puristes : reprendre une série arrêtée en 1965 par Goscinny lui-même, malgré le succès, après plus de deux cent vingt-deux histoires courtes, l’homme avait eu la sagesse rare de s’arrêter avant que la source ne s’épuise. Faire revivre l’écolier soixante ans plus tard ressemble donc soit à un acte de courage éditorial, soit à une opération commerciale habilement emballée dans un discours de transmission. Les deux, probablement, comme toujours dans l’édition.

Pupitres dans une salle de classe, photographie d’illustration
L’école d’autrefois, décor intemporel des aventures du Petit Nicolas. Photo d’illustration : t Penguin / Unsplash.

Le Petit Nicolas, je reviens ! : douze histoires inédites en librairie

Le dispositif a de quoi rassurer les méfiants. Les textes sont signés Anne Goscinny, écrivaine et ayants droit de son père René, et Jean-Philippe Arrou-Vignod, auteur d’albums jeunesse dont la réputation n’est plus à faire. Les illustrations sont l’œuvre de Fursy Teyssier, dont l’éditeur affirme avec une fierté presque inquiète qu’il « a réussi à attraper le style et l’esprit du dessin de Sempé ». Toute la gageure tient dans cette phrase : reproduire sans plagier, prolonger sans singer, retrouver une voix, celle d’un gamin de huit ans qui raconte, avec ses mots et ses malentendus d’enfant, la France des cours de récréation et des dimanches après-midi. On y retrouvera les « chouettes copains », Alceste, Agnan, Eudes, Clotaire, la maîtresse, le surveillant Bouillon, les parents, et cette économie narrative d’une efficacité redoutable qui a fait la gloire de la série. Aymar du Châtenet, co-fondateur d’IMAV, assure qu’il s’agit d’« une vraie suite », « très fidèle aux aventures du Petit Nicolas », ce qui, dans la bouche d’un éditeur, se veut un certificat d’authenticité autant qu’un argument de vente.

Ancienne salle de classe avec tableau noir, photographie d’illustration
Le charme désuet de l’école, au cœur de l’univers de Nicolas. Photo d’illustration : Belinda Fewings / Unsplash.

Un héritage familial prolongé par Anne Goscinny

Ce qui rend l’affaire intéressante, au-delà du produit lui-même, c’est la nature de la transmission qu’elle met en scène. IMAV éditions, fondée par Anne Goscinny et Aymar du Châtenet, publie depuis les années 2000 l’intégralité des albums du Petit Nicolas et avait déjà édité des épisodes inédits, la reprise n’est donc pas une nouveauté, mais un approfondissement. Il y a quelque chose de touchant, et en même temps de légèrement vertigineux, dans cette idée qu’une fille hérite de la plume de son père et prolonge l’œuvre qu’il avait eu la lucidité d’interrompre. La comparaison avec les grandes héritières littéraires est inévitable, et le risque aussi : prolonger un texte par la main d’un descendant, c’est admettre que l’original n’était pas allé au bout de lui-même, ce qu’aucun lecteur du Nicolas ne croit sincèrement. Mais la littérature jeunesse a ses lois propres, et l’argument d’une transmission intrafamiliale est puissant : Goscinny écrivait aussi en collaboration avec Sempé, dont le trait a défini la silhouette du personnage, et l’on note que Sempé, disparu en 2022, n’est plus là pour valider ou refuser. Le retour du Petit Nicolas se fait donc dans un vide partiel, avec l’objectif assumé de faire vivre un patrimoine, « indémodable », martèle-t-on, pour une nouvelle génération d’enfants qui, à vrai dire, n’en avaient rien demandé.

Il faut le dire sans détour : les meilleures intentions du monde ne fabriquent pas de la littérature, et le jugement se fera sur le texte, non sur la généalogie. Reprendre une série aussi canonique, c’est s’exposer au verdict impitoyable des lecteurs qui connaissent les originaux par cœur, et ils sont légion, puisque des générations entières ont appris à lire entre ces lignes, avec les bêtises de Nicolas et l’inépuisable invention de Sempé. Le pari pourrait échouer sur des détails : un anachronisme, une expression trop contemporaine, une ironie mal placée, et l’illusion s’effondre. À l’inverse, on pourrait aussi s’agacer de l’inverse, d’une fidélité trop servile, d’un pastiche prudents à la diction parfaite et qui ne dirait rien de neuf, d’un objet pieusement conforme mais sans élan.

Reste, au fond, la vraie question : à qui parle ce livre ? À l’enfant d’aujourd’hui, pour qui un écolier qui raconte un monde sans téléphone, sans écran et sans jeux vidéo doit ressembler à une planète étrangère ? À l’adulte nostalgique, qui achètera l’album pour lui-même autant que pour ses marmots ? Ou à l’écosystème de l’édition, qui a besoin de valeurs sûres dans un marché français en repli marqué, et qui voit dans cette franchise une bouée de sauvetage commode ? Le lancement, avec son grand concours de vitrines en librairie et sa campagne de précommande, indique clairement le public visé : l’acheteur de cadeau, celui qui veut offrir une madeleine à un enfant dont il espère qu’il y mordra. Le Petit Nicolas revient, donc, et il faudra décider si l’on salue sa longévité ou si l’on regrette l’élégance d’un arrêt bien orchestré, sachant que Goscinny, lui, aurait probablement préféré qu’on le laisse tranquille et qu’on invente autre chose.

FAQ : le retour du Petit Nicolas

Quand sort Le Petit Nicolas, je reviens ! ?

Le nouvel album paraît le 8 octobre 2026 chez IMAV Éditions.

Qui a écrit les nouvelles histoires du Petit Nicolas ?

Anne Goscinny et Jean-Philippe Arrou-Vignod signent les textes.

Qui illustre le nouvel album ?

Fursy Teyssier réalise les illustrations, dans l’esprit du dessin de Sempé.

Combien d’histoires inédites contient le livre ?

Il rassemble douze histoires inédites.

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