Tom Cruise à l’affiche de Jours de Tonnerre 2 (avec Anne Hathaway) à l’été 2028

Il fallait bien que cela arrive un jour, comme reviennent les blousons trop serrés, les passions dangereuses et les mythologies américaines qui sentent l’essence chaude, le cuir patiné et la vanité glorieuse des hommes refusant obstinément d’admettre que le temps, ce vieux garagiste sadique, finit toujours par mettre les mains dans le moteur: Tom Cruise sera donc à l’affiche de Jours de Tonnerre 2, aux côtés d’Anne Hathaway, avec une sortie annoncée pour l’été 2028, et la nouvelle a tout de la bombe délicieusement absurde, du mirage à gros budget, de l’idée que l’on croyait réservée aux conversations de producteurs sous caféine ou aux délires de fans trop longtemps abandonnés dans le parking désert de la nostalgie hollywoodienne. Car enfin, Jours de Tonnerre, ce n’était pas seulement un film de stock-cars lancé à pleine vitesse sur la piste de l’imaginaire viril américain, c’était aussi une capsule pop parfaitement datée, une machine à sueur, à rivalités bêtes, à regards en coin et à romance sous haute pression, autrement dit une relique si franchement nineties qu’on aurait pu croire toute suite tardive condamnée au ridicule; et pourtant, quand Tom Cruise remet la main sur une franchise, un uniforme, un cockpit, une moto, ou n’importe quel objet vaguement compatible avec sa religion du mouvement, Hollywood cesse de rire et sort le chéquier.

Il faut dire que l’homme s’est fait une spécialité du défi qui aurait dû mal tourner, de la résurrection impossible, du pari tellement gonflé qu’il en devient, par perversité statistique, presque élégant. Depuis des années, il recycle moins ses succès qu’il ne les réarme, comme si chaque retour était pour lui une manière de gifler l’idée même de déclin, cette grossièreté biologique que les stars bien élevées acceptent avec componction tandis que lui semble la considérer comme une rumeur malveillante propagée par des gens qui transpirent en montant un escalier. Alors voir ressurgir Jours de Tonnerre n’a finalement rien d’étonnant, si l’on admet que Cruise ne collectionne pas les suites mais les occasions de rester un phénomène cinétique, un corps lancé contre l’obsolescence, un sourire carnassier plaqué sur la carrosserie d’un blockbuster décidé à rouler plus vite que sa propre caricature.

Tom Cruise dans Jours de Tonnerre 2: suite tardive, nostalgie dopée et retour du mâle à combustion

Ce qui rend l’affaire plus savoureuse encore, c’est la présence d’Anne Hathaway, choix qui introduit dans cette mécanique de testostérone reliftée une élégance plus trouble, plus ironique, presque perfide, comme si l’on avait décidé d’injecter dans le mythe graisseux du pilote flamboyant une dose de sophistication capable de faire déraper le film ailleurs que dans la pure redite chromée. Hathaway n’est pas là pour tenir le cendrier émotionnel pendant que les hommes rugissent; elle apporte, par sa seule présence, la promesse d’un déséquilibre, d’une tension plus contemporaine entre prestige, glamour, intelligence de jeu et second degré, bref tout ce qui pourrait empêcher Jours de Tonnerre 2 de n’être qu’un musée climatisé pour fans de NASCAR sentimentale.

Reste la question la plus délicieuse, celle que Hollywood adore maquiller sous les communiqués triomphants : à quoi peut bien ressembler une suite de Jours de Tonnerre en 2028 sans avoir l’air d’un vieux macho passé au polish numérique? C’est là que le projet devient intéressant, ou pathétique, ce qui est d’ailleurs une très bonne définition du spectacle contemporain. S’il s’agit de refaire le premier avec davantage de pixels, quelques drones, deux monologues sur la transmission et un héroïsme vintage recuit dans la sauce premium du legacy sequel, on aura un objet parfaitement inutile, donc probablement rentable; mais si le film assume l’usure, la légende, la brutalité du temps, la vitesse comme addiction et la gloire comme pathologie, alors il pourrait devenir autre chose qu’un simple tour de piste pour actionnaires nostalgiques.

Anne Hathaway et Jours de Tonnerre 2: casting chic pour blockbuster sous haute pression

Ce duo Cruise-Hathaway a en tout cas de quoi réveiller la machine promotionnelle avec cette volupté légèrement vulgaire dont Hollywood a le secret, mélange de prestige calculé, de glamour industriel et d’excitation médiatique prémâchée, où chaque annonce ressemble moins à une information qu’à un flirt très appuyé avec l’impatience du public. On imagine déjà les affiches: lui, regard d’acier et mâchoire obstinée, elle, grâce souveraine et mystère impeccable, derrière eux une piste chauffée à blanc, des bolides qui hurlent, et au-dessus de tout cela l’idée, toujours rentable, qu’un homme peut encore défier la vitesse comme il défie l’âge, à condition qu’un studio suffisamment riche décide de transformer son entêtement en événement mondial.

Le plus drôle, au fond, n’est même pas que Jours de Tonnerre 2 existe, mais que cette existence paraisse presque logique dans un système où l’on exhume désormais les films comme autrefois les aristocrates déterrent l’argenterie familiale pour impressionner les invités. Le cinéma américain ne croit plus tellement à l’inédit, il croit à la mémoire monétisable, à la réanimation rentable, au fétichisme du titre connu, et Tom Cruise, qui comprend les pulsions de son époque mieux que bien des sociologues fatigués, en est sans doute le plus brillant opérateur. Il sait que le public veut du neuf à condition qu’il sente l’ancien, du risque à condition qu’il soit emballé dans un logo familier, de l’émotion à condition qu’elle arrive lancée à 300 kilomètres-heure avec bande-annonce tonitruante et calendrier estival.

Alors oui, Jours de Tonnerre 2 sent le coup, le calcul, la nostalgie en cuir pleine fleur et le fantasme de toute-puissance que le star-system américain recycle mieux que n’importe quelle matière plastique; mais il sent aussi, il faut l’admettre, le cinéma comme machine indécente à fabriquer encore du désir avec des restes magnifiques. Et dans cette indécence-là, Tom Cruise demeure un prince. Non pas parce qu’il serait intemporel, cette flatterie sentencieuse réservée aux statues et aux parfums hors de prix, mais parce qu’il a fait de sa fuite en avant une méthode, de son refus de ralentir une esthétique, et de chaque retour annoncé une manière de rappeler à l’époque qu’elle aime toujours les hommes qui courent plus vite que leur propre mythe.

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