Le doc Celui qui s’appelait Matthew Perry retrace, sur Netflix, la vie de celui qui restera à jamais Chandler de Friends 

Trois ans après, la question reste entière et sans réponse satisfaisante : comment un homme qui avait fait rire la planète entière a-t-il pu mourir seul, à cinquante-quatre ans, dans un jacuzzi de Pacific Palisades, avec de la ketamine plein le sang ? Netflix s’attaque au dossier avec Celui qui s’appelait Matthew Perry, série documentaire en trois épisodes mise en ligne le 27 octobre 2026, réalisée par Mary Robertson et construite, pour l’essentiel, à partir de témoignages de ceux qui l’ont connu avant que la gloire ne le dévore. Le titre français dit tout le drame du personnage : il y a eu Matthew Perry, et il y a eu Chandler Bing, l’éternel sarcastique de Friends, et l’écart entre les deux a fini par creuser un gouffre.

Celui qui s’appelait Matthew Perry : un documentaire Netflix en trois épisodes

Ce qui donne à ce documentaire sa valeur, c’est la présence inédite de l’entourage intime : Roger Castillo, l’ami de plus de quarante ans rencontré à Los Angeles quand Perry avait dix-sept ans, celui qui l’a un jour conduit à l’audition de Friends, parle pour la première fois devant une caméra. Sa sœur, Mia Perry Bowick, témoigne également, et des photographies comme des vidéos issues des archives privées de la famille permettent de dresser le portrait d’un homme au-delà de son personnage le plus célèbre. Netflix promet de revenir sur « son parcours de comique montant à l’homme que le monde aime encore comme son Ami préféré », mais aussi d’explorer « de nouveaux détails sans fard sur ses luttes privées » et de rendre hommage à cet héritage de sincérité et de militantisme qu’il laisse derrière lui. Perry avait écrit en 2022 Friends, Lovers, and the Big Terrible Thing, mémoires dans lesquels il exposait ses addictions avec une franchise qui l’a durablement défini ; le documentaire vient prolonger cette confession, mais par d’autres voix, ce qui, à la fois, la complète et la déplace.

La vie de Matthew Perry racontée par ses proches sur Netflix

Il faut souligner un point qui a son importance : aucun membre du casting de Friends ne figure, pour l’heure, dans la liste d’intervenants communiquée par Netflix. Jennifer Aniston, Courteney Cox, Lisa Kudrow, Matt LeBlanc et David Schwimmer, qui avaient publié des hommages bouleversants après sa mort, restent absents, par choix, par timing, ou parce que la production a voulu éviter le piège du talk-show commémoratif. C’est probablement une bonne nouvelle : le documentaire évite ainsi de se transformer en grande messe d’anciens collègues unis dans l’émotion publique, et concentre la parole sur ceux qui l’ont vu de près, sans caméras ni contrats. On notera d’ailleurs, sans en tirer de conclusion hâtive, qu’un autre documentaire sur le même sujet existe, Matthew Perry: A Hollywood Tragedy, sorti en 2025 et centré sur les charges criminelles visant cinq personnes, dont deux médecins et une figure surnommée la « reine de la kétamine » de Hollywood. Deux films, donc, deux angles : celui du deuil intime et celui de l’enquête judiciaire.

Il y a un malaise qu’on ne peut pas totalement évacuer, et il faut le dire sans détour : voilà trois ans qu’un homme est mort d’une addiction que le monde entier connaissait, et l’on continue d’en faire un contenu. Perry a passé sa vie à vouloir être aimé, à vouloir être vu comme autre chose que Chandler, à répéter dans sa confession que son corps et sa solitude le torturaient ; et le voilà désormais résumé en trois épisodes calibrés pour l’automne, à trois ans jour pour jour de sa disparition, avec le second anniversaire qui devient troisième, puis quatrième. Ce n’est pas nécessairement indécent, l’archive a son mérite, la mémoire aussi, et ses proches ont le droit de dire ce qu’ils n’ont pas pu dire, mais il y a quelque chose à surveiller dans le geste : la frontière entre honorer un mort et exploiter une figure. Ce qui sauve ce documentaire, sans doute, c’est que les voix qui s’y expriment sont celles de personnes qui l’aimaient et non de critiques ou de commentateurs, et que l’image qui en ressortira, si elle est juste, sera celle d’un garçon brillant mais cassé, qui a fait de son mieux avec un cerveau qui le trahissait. Chandler aura été son cadeau au monde et sa prison ; le documentaire s’appelle Celui qui s’appelait : quelque part, Perry lui-même a dû souscrire à cette ironie ravageuse.

Partager cet article

Facebook
Twitter
Pinterest

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *