Ella Beatty, fille d’Annette Bening et Warren Beatty fait l’événement dans Monstres : Lizzie Borden 

Elle s’appelle Ella, elle a 26 ans, et son patronyme résonne dans les couloirs d’Hollywood comme un mot de passe hérité d’un autre âge : Beatty. Fille de Warren Beatty et d’Annette Bening, nièce de Shirley MacLaine, la dynastie est si étendue qu’on se demande si l’on ne pourrait pas remplir tout un générique rien qu’avec le carnet d’adresses familial, la voilà propulsée au premier rang d’une des séries les plus commentées de la rentrée : Monster: The Lizzie Borden Story, quatrième et nouveau chapitre de l’anthologie de Ryan Murphy et Ian Brennan, disponible depuis le 17 septembre sur Netflix. Et le choix du rôle a tout du défi d’équilibriste : incarner Lizzie Borden, l’Américaine la plus célèbre jamais accusée d’avoir fendu son père et sa belle-mère à la hache, en 1892, à Fall River, dans le Massachusetts, avant d’être acquittée, le genre de personnage qui colle à la peau comme une comptine qu’on n’oublie jamais, celle qui promet quarante coups à la mère et quarante et un au père. Pour se glisser dans ce souvenir collectif, il fallait un visage neuf, mais un nom lourd.

Ella Beatty incarne Lizzie Borden dans la saison 4 de Monstres sur Netflix

Il faut dire que la série, en quatre saisons, a fait de la figure du monstre un objet de fascination télévisuelle ordinaire, disséquant le cas par le menu, entre nuance psychologique et art de la manière forte. Cette fois, pour la première fois, l’anthologie place une femme au cœur de son dispositif, une femme coupable, ou innocente, mais en tout cas prise dans une rage sociale dont le récit fait son miel. Ella Beatty y joue Lizzie comme une jeune femme « en avance sur son temps », étouffée par la rigidité d’une famille patricienne, écrasée par un père qui ne la voit pas, une belle-mère qui l’ignore, et lestée d’une frustration qui ne demande qu’à exploser. Autour d’elle, une distribution solide, dont Vicky Krieps dans le rôle de Bridget Sullivan, la domestique des Borden, le témoin silencieux de tout un système domestique sur le point de se fissurer. La jeune actrice a hérité d’une histoire hideuse dont l’Amérique raffole depuis plus d’un siècle, et elle a découvert, dit-elle, dans cette violence intime un étrange terrain d’empathie : elle a décrit son expérience comme « un exercice de compassion », une formule qui a de quoi faire sourciller les âmes sensibles, tant le personnage tient du fantasme macabre autant que du fait divers.

La fille d’Annette Bening et Warren Beatty, nouvelle reine des népo babies

C’est que le sujet, en vérité, dépasse la seule performance d’acteur. Car si cette affaire fait si grand bruit, c’est aussi parce qu’elle met en scène, une fois encore, la question qui agite tout Hollywood : celle des enfants de la balle, ces « népo babies » nés dans des berceaux où l’on tient la caméra plutôt que le hochet. Ella Beatty est de la pure race celluloïdienne : paternellement, un monstre sacré du cinéma américain, Warren Beatty, 89 ans, dont la filmographie épouse l’âge d’or contestataire des années 1970 ; maternellement, Annette Bening, 68 ans, l’une des interprètes les plus respectées de sa génération ; et, en prime, une tante du côté paternel qui n’est autre que Shirley MacLaine. Autant dire que la petite fille aux grands parents célèbres n’a jamais eu à chercher bien loin pour croiser un projecteur. Elle-même jure pourtant avoir passé le casting comme tout le monde, soumise au même tamis que des centaines de candidates anonymes, un argument que l’on entendra, certes, mais qui laisse la critique bougonner, car si le talent doit être préféré au carnet d’adresses, la dynastie, elle, ne s’efface jamais tout à fait du récit qu’on en fait. On jase sur son nom, on juge son profil, on rappelle qu’elle fit ses débuts télévisuels dans une autre série du même Ryan Murphy, ce qui, dans le petit monde du casting, ressemble à un fil d’Ariane un peu trop bien noué.

Reste que le phénomène Ella Beatty dépasse sa seule personne. Il raconte ceci : dans une industrie obsédée par la nouveauté, l’hérédité est devenue la nouvelle valeur sûre, la garantie d’un capital de reconnaissance qu’aucune campagne d’affichage ne saurait acheter. À l’heure où les plateformes cherchent des visages capables de faire le buzz avant même le premier épisode, la lignée fait office de notoriété prépayée, et le patronyme vaut son pesant de bande-annonce. Qu’une jeune femme de 26 ans hérite du rôle le plus commenté de la rentrée n’est donc pas pur hasard : c’est une mécanique de mise en marché de soi, où l’on vend autant l’ascendance que la prestation. Le vrai défi, pour la demoiselle, n’est pas d’être à la hauteur de son lignage, c’est d’exister au-delà de lui, de sorte qu’un jour peut-être on parle d’Ella Beatty sans avoir besoin de citer ses parents. En attendant, la comptine continue de trottiner dans les têtes, la hache brille de tout son éclat de métal, et le public, comme toujours, se délecte d’un crime ancien servi à la sauce du moment.

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