Smartphone et récréation : l’ennui, ce luxe que le Mexique veut rendre aux écoliers

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Le Mexique interdit les téléphones dans ses écoles dès le 3 novembre 2026, récréation comprise. La mesure relance une vieille question : que devient l’attention quand plus rien ne nous laisse seuls avec nous-mêmes ? Voici un point de vue assumé, donc discutable : l’ennui est devenu un luxe, et la récréation sans écran en est l’un des derniers refuges.

L’essentiel

  • Au Mexique, l’Acuerdo 09/09/26, publié au Diario Oficial de la Federación le 22 septembre 2026, interdit les appareils mobiles pendant toute la journée scolaire dans l’éducation de base, à partir du 3 novembre 2026.
  • En France, l’usage du portable était déjà interdit dans les écoles maternelles, élémentaires et collèges depuis 2018, et l’interdiction est étendue aux lycées à compter de la rentrée 2026.
  • Le rapport 2023 de l’Unesco sur le suivi mondial de l’éducation (GEM) recommande d’écarter les smartphones des classes, tout en rappelant que la technologie peut aider l’apprentissage quand elle est bien employée.

Une cour de récréation sans écran, un mardi de novembre

Imaginez la scène. Mardi 3 novembre 2026, huit heures et quelque, quelque part au Mexique. La cloche sonne, les sacs s’ouvrent, et les téléphones restent au fond, éteints ou muets. Dans la cour, il y a soudain ce que les adultes appellent le vide et que les enfants appellent l’attente : personne n’a rien à faire, et il faut bien en faire quelque chose.

C’est précisément ce que vise le texte officiel. Selon Expansión, l’accord publié le 22 septembre au Diario Oficial interdit les appareils mobiles pendant « la jornada escolar completa » dans l’éducation de base. Des exceptions sont prévues : usage pédagogique encadré par l’enseignant, urgences, accessibilité, besoins de santé. Le secrétaire à l’Éducation publique, Mario Delgado, a résumé l’esprit de la réforme : « Nous voulons que reviennent les discussions dans les couloirs, la convivialité dans les cours, la concentration et les amitiés dans la classe », traduit de l’espagnol, avec ce slogan : « Éteins l’écran et allume ton imagination ».

Patio vide aux arcades de pierre et aux galeries orangées de l'Antiguo Colegio de San Ildefonso, à Mexico
Le patio de l’Antiguo Colegio de San Ildefonso, ancien collège du centre historique de Mexico, photographié sans personne en 2019 : illustration d’architecture, sans lien avec la mesure du 3 novembre 2026. © Luis Alvaz, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La France a ouvert la voie, avec ses nuances

Rien d’exotique dans cette décision. Le site service-public.gouv.fr rappelle que l’usage du portable par les élèves était déjà interdit dans les écoles maternelles, élémentaires et collèges depuis 2018, et que cette interdiction est étendue aux lycées à compter de la rentrée 2026. Chaque lycée doit en préciser les modalités dans son règlement intérieur.

Reste la question que les ministères préfèrent poser en sourdine : que prouve réellement cette série d’interdictions ? Le rapport 2023 de l’Unesco, relayé par Euronews, recommande aux écoles de bannir les smartphones et cite des travaux, menés dans 14 pays, selon lesquels la seule proximité d’un appareil distrait les élèves. Le même rapport dit pourtant autre chose, moins repris : la technologie peut servir l’apprentissage, à condition de ne pas être surutilisée. L’Unesco ne condamne pas l’écran, elle réclame qu’on lui donne un rôle.

Je ne prétendrai donc pas qu’une loi suffit à restaurer l’attention. Une interdiction règle un lieu et un horaire. Elle ne dit rien de ce qui se passe dans le salon, dans le métro ou, soyons honnêtes, dans la poche de ceux qui l’ont votée.

Pascal avait déjà compris le problème du divertissement

Blaise Pascal l’avait écrit dans ses Pensées, publiées après sa mort : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Il parlait de chasse, de jeu, de conversation, de tout ce qui nous détourne de nous-mêmes. Il ne connaissait pas le fil d’actualité infini, mais il avait décrit son principe : un petit remède permanent contre l’inconfort d’être là.

Le smartphone est le divertissement parfait au sens de Pascal. Il tient dans la main, il ne se vide jamais, il passe d’une minute creuse à une minute pleine sans qu’on ait eu le temps de s’en apercevoir. Ce n’est pas un jugement moral sur ceux qui s’en servent, c’est une description de son fonctionnement.

Mon parti pris : l’ennui est devenu un luxe

Voici donc l’opinion, que je revendique comme telle. L’ennui, longtemps traité comme un défaut de l’enfance, est en train de devenir un bien rare. Il suppose du temps non programmé, un lieu où rien ne sollicite, et une absence de sollicitations que presque aucun adulte ne s’accorde plus. Ce que l’on nomme richesse, désormais, c’est peut-être cela : pouvoir s’ennuyer sans qu’une notification vienne vous en dispenser.

Cette thèse a ses angles morts. Rien ne prouve qu’une cour sans téléphone produise de l’ennui fécond plutôt que des jeux bruyants, des disputes ou, parfois, du simple malaise. Et l’on peut défendre l’idée inverse : certains jeunes trouvent sur leur écran un lien, une communauté, un refuge, que la cour ne leur offre pas. Les exceptions prévues par le texte mexicain reconnaissent d’ailleurs que le téléphone n’est pas l’ennemi absolu.

Ma position tient donc en peu de mots : une interdiction n’est pas une éducation, mais elle peut créer les conditions d’un apprentissage. L’attention se muscle comme le reste, à condition qu’on laisse un espace où elle puisse flotter. Ce débat touche d’ailleurs les adultes autant que les écoliers, comme le montre notre regard sur la solitude masculine, où l’on évite souvent le tête-à-tête avec soi-même, ou sur la rééducation mondaine des géants de la Tech, qui a déjà commencé à civiliser ses propres produits.

Johannes Vermeer, Jeune femme lisant une lettre devant une fenêtre ouverte, vers 1657-1659, lumière de côté sur un intérieur
Johannes Vermeer, « Jeune femme lisant une lettre devant une fenêtre ouverte » (vers 1657-1659), suspend le temps dans un intérieur : le contraire d’un fil d’actualité. Domaine public, reproduction Google Art Project, via Wikimedia Commons.

FAQ

Quand l’interdiction des téléphones à l’école entre-t-elle en vigueur au Mexique ?

Elle s’applique à partir du 3 novembre 2026. L’Acuerdo 09/09/26 a été publié au Diario Oficial de la Federación le 22 septembre 2026. Dans l’éducation de base, les appareils mobiles sont interdits pendant toute la journée scolaire, avec des exceptions pour l’usage pédagogique, les urgences, l’accessibilité et la santé.

Le portable est-il interdit dans les écoles et collèges français ?

Oui. Selon service-public.gouv.fr, l’usage du téléphone portable par les élèves était déjà interdit dans les écoles maternelles, élémentaires et collèges depuis 2018. Cette interdiction est étendue aux lycées à compter de la rentrée 2026, chaque établissement précisant ses modalités dans son règlement intérieur.

Que dit l’Unesco sur les smartphones à l’école ?

Dans son rapport de suivi mondial de l’éducation 2023, l’Unesco recommande que les écoles écartent les smartphones des classes. Elle cite des travaux menés dans 14 pays selon lesquels la simple proximité d’un appareil distrait les élèves. Le rapport précise aussi que la technologie peut soutenir l’apprentissage lorsqu’elle est bien employée.

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