Il y a des héritages qui se transmettent par le sang et d’autres par la gueule, et Cameron Smet semble avoir hérité des deux à la fois, ce qui, dans le petit commerce des dynasties du spectacle, relève du tirage exceptionnel. Âgé de 21 ans, le fils de David Hallyday et d’Alexandra Pastor, donc petit-fils de Johnny Hallyday et de Sylvie Vartan, excusez du peu, vient de rejoindre les rangs de Next, agence internationale implantée à Milan, au sein de laquelle il figure désormais parmi les « nouveaux visages ». La nouvelle, officialisée au printemps dernier et remise à la une de l’actualité people en cette fin septembre, a de quoi faire rêver les attachés de presse : un jeune homme blond aux traits saillants, taillé pour les podiums, dont la seule évocation du patronyme familial suffit à déclencher des vagues d’articles. Il faut dire que la ressemblance est spectaculaire. À regarder ses portraits, on croirait Johnny revenu hanter les studios avec vingt ans de moins et une hygiène de vie révisée.
Cameron Smet, sosie de Johnny Hallyday, fait ses débuts de mannequin
Ce qui rend cette entrée dans le métier si savoureuse, c’est qu’elle ne repose pas uniquement sur le nom. Le garçon affiche une discipline de fer, entretenue à coups de séances de sport intensives, dont il documente les résultats avec cette fierté un peu naïve des jeunes gens qui découvrent que leur corps peut devenir un projet. Torse nu devant son miroir, il exhibe une musculature travaillée ; en vacances à Saint-Tropez, il soulève de la fonte entre deux sorties nocturnes, son bonnet vissé sur le crâne comme une signature du moment. Autrement dit, le jeune homme travaille, ou du moins donne à voir qu’il travaille, ce qui, dans l’économie de l’image contemporaine, revient presque au même. Sa première apparition remarquée datait d’octobre 2025, dans les rues de Paris en pleine Fashion Week, où les internautes avaient repéré d’un œil amusé cette ressemblance troublante avec l’idole disparue. Puis vinrent la une du magazine At Large, une séance habillée par Dior, les invitations aux défilés, et cette phrase d’émerveillement qu’il a livrée aux journalistes, aussi candidement qu’un enfant devant un sapin de Noël : « Je n’arrive toujours pas à croire que tout cela se produise. » On ne saurait lui en vouloir : à 21 ans, atterrir dans les écuries milanaises de la mode avec un tel capital de départ, c’est déjà une forme de conte de fées industriel.
Une dynastie familiale sur les podiums milanais
La réussite de ce lancement s’inscrit dans une mécanique bien huilée : les « enfants de » occupent depuis des années les podiums et les unes, et l’on retrouve aux côtés de Cameron la même génération dorée qui peuple les « nouveaux visages » des agences internationales, héritières, rejetons de magnats et de comédiens, tous pourvus du même avantage : un nom qui dispense de faire ses preuves avant d’avoir commencé. Mathilde Pinault, Iman Perez, tant d’autres : la mode, qui se pique de découvrir des inconnus dans la rue, continue de recruter dans les annuaires du Who’s Who. Ce n’est pas nécessairement un mal, et ce n’est pas nécessairement un bien, c’est simplement ainsi que fonctionne une industrie où l’exposition médiatique vaut de l’or et où l’hérédité, dans ce qu’elle a de plus visible, se monnaie comme un capital. La famille, du reste, s’en réjouit sans détour : David Hallyday et Laura Smet se sont dits fiers, et Sylvie Vartan elle-même a lâché, avec cette franchise de grande dame qui n’a plus rien à prouver, un « j’avoue qu’il est beau » qui vaut toutes les campagnes de communication. On imagine sans peine les dîners de famille, où l’on parle de couvertures de magazine entre deux anecdotes de tournée.
Il y a pourtant, dans cette trajectoire, une question que l’on n’ose poser qu’à voix basse : que restera-t-il de Cameron Smet lorsque l’on aura épuisé le filon de sa ressemblance ? Car c’est là tout le piège de ces héritages encombrants : le public s’attache d’abord au fantôme du grand-père, à ce profil qui ravive une nostalgie prête à consommer. Le fils Smet, comme on dit dans le milieu des successions, n’est pas encore une entité, mais un écho. Que son intérêt pour le cinéma et la musique soit réel ou non, il lui faudra, un jour ou l’autre, produire une œuvre, une allure, une présence qui n’appartiendront qu’à lui, car une ressemblance, aussi troublante soit-elle, n’est jamais qu’un prêt : elle se rembourse à la première audition ratée. Le rock, en France, a donné suffisamment de dynasties pour avoir appris la leçon : le nom ouvre les portes, mais il ne les tient pas ouvertes éternellement. À Milan, pour l’instant, le garçon a de la lumière, du travail et une famille derrière lui ; la suite, comme toujours, se jouera sur des critères moins flatteurs que les traits de son visage. En attendant, on photographie, on commente, on se pâme. La mode aura au moins cela de commode : tant que le profil tient, personne ne demande l’authenticité de l’âme.


