Fashion Week : Voitures volantes et silhouettes légères, Nicolas Guesquiere pour Louis Vuitton clôture la semaine de la mode avec brio

Il y a des fins de Fashion Week qui s’achèvent en soupir de soulagement et d’autres qui se terminent en apothéose, et il faut reconnaître à Nicolas Ghesquière le talent de savoir transformer un dernier défilé en scène d’anthologie. Ce mardi 6 octobre 2026, peu avant 19 heures, sous les fenêtres de l’ancien palais des rois de France, le créateur a clôturé la semaine parisienne en parquant un embouteillage dans le ciel : trente-quatre voitures volantes aux rayures et au damier Vuitton, juchées sur des pilotis au-dessus d’un podium asphalté déroulé sur toute la longueur de la Cour Carrée du Louvre, phares rétro et feux stop allumés contre les façades du XVIIᵉ siècle. Il fallait bien cela pour achever une édition que l’on disait sans éclat. Le décor, à lui seul, résumait le propos : une ville du futur imaginée par les années 1950, un parking suspendu où les automobiles ont poussé des ailes, et sous elles, des silhouettes qui n’avaient pas l’intention de rester clouées au sol.

Louis Vuitton printemps-été 2027 : un rêve rétrofuturiste au Louvre

La collection, intitulée Ergonomie, revendique une ambition limpide, que le créateur a lui-même formulée : « explorer la possibilité d’une ergonomie fluide et retrouver cette sensation de légèreté dans le mouvement ». Voilà donc un vestiaire qui troque l’armure contre l’air, pour reprendre la formule du magazine américain, des pièces en chiffons composites, en soieries carrées et en tissus de foulard de soie et de cachemire, taillées au plus près du corps, conçues pour la marche, l’élan, le geste. On y a vu des anoraks techniques et des robes fluides, des pantalons fins et fuselés, des silhouettes qui effleurent plutôt qu’elles n’appuient. Là où Ghesquière a longtemps travaillé la structure, la découpe architecturale, l’armature presque mécanique du vêtement, cette saison marque un glissement vers une forme de minimalisme nouveau, non pas maigre, ni austère, mais dégraissé de tout ce qui entravait le mouvement. Le contraste entre la lourdeur des voitures suspendues et la volatilité des tenues faisait tout le sel du spectacle : au-dessus, une carcasse d’acier ; en dessous, la promesse d’une femme qui court plus vite que sa propre machine.

Le défilé Louis Vuitton clôture la Fashion Week avec brio

Dans les premiers rangs, le gratin habituel et quelques têtes qui font toujours plaisir à voir figurer dans un compte rendu : Zendaya, l’actrice oscarisée Emma Stone, Chloë Sevigny, Jennifer Connelly, fidèle de la maison, l’artiste Vimala Pons, Lisa du groupe Blackpink, et Brigitte Macron, dont la présence aux défilés Vuitton est devenue une forme de rendez-vous républicain. Le créateur l’a d’ailleurs saluée sur le podium après le show, geste protocolaire qui n’échappe à personne dans un pays où la mode aime à se savoir regardée par le pouvoir. Et Zendaya, de son côté, a réussi ce que peu d’invitées osent : recycler une tenue déjà portée sans que la critique y trouve à redire, petit exploit de stratégie vestimentaire qui mérite d’être noté pour l’époque qui prétend à la nouveauté permanente.

On pourra toujours ironiser sur le goût de la maison pour les scénographies monumentales, ces décors pharaoniques qui transforment un défilé en installation d’art contemporain et coûtent sans doute le budget annuel de plusieurs maisons de province. Les voitures volantes n’étaient pas là pour prouver quoi que ce soit techniquement, elles ne volaient pas, elles pendaient, ce qui est une nuance que le marketing nomme « concept cars », mais pour fabriquer une image. Et l’image a fonctionné : une semaine durant, Paris a présenté des défilés souvent soignés, parfois timides, rarement marquants ; il fallait le final d’une grande maison et un créateur en état de grâce pour produire le moment dont on se souviendra. La métaphore, aussi, se laisse savourer : dans une industrie qui ne cesse de clamer son futurisme, c’est en ressuscitant l’imaginaire rétro des fifties qu’on aura donné le sentiment le plus neuf de la saison. Entre la voiture qui décolle et la robe qui s’allège, Ghesquière a choisi le mouvement plutôt que l’armure, l’idée que l’élégance, désormais, se mesure à la vitesse à laquelle on s’y sent libre.

Il reste à savoir ce qui, de cette collection, survivra hors du décor. Les pièces en soie, les robes de foulard, les pantalons fluides devront tenir sans les phares suspendus et les façades dorées, seules face à une cliente qui ne défilera pas dans un musée. C’est le test ordinaire du prêt-à-porter, et il tranchera mieux que les éditoriaux : ce qui reste d’un défilé, une fois le rideau tombé, c’est le vêtement porté, pas la mise en scène. Mais pour ce soir, à la nuit tombée dans la Cour Carrée, la mode parisienne a eu ce qu’elle venait chercher : une fin digne. Et si les voitures n’ont jamais quitté le sol, l’impression, elle, s’est bien envolée.

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