Lucia Pieroni nommée directrice artistique maquillage de Chanel

Il y a des nominations qui résonnent comme un simple communiqué, et puis il y a celles qui, à y regarder de près, racontent une recomposition entière de l’empire : celle-ci appartient à la seconde espèce. Chanel a annoncé, ce vendredi 25 septembre 2026, la nomination de Lucia Pieroni au poste de directrice de la création maquillage, avec effet immédiat. La maquilleuse, figure de l’ombre révérée dans les backstages, travaillera au sein du Make-up Creation Studio et rapportera directement à Simona Cattaneo, présidente Fragrance & Beauty de la maison. Voilà donc une artiste de soixante-cinq ans, passée par les lumières de la peinture avant celles des podiums, priée de réinventer l’imaginaire cosmétique d’un des derniers bastions du luxe français, un paysage où l’on ne remplace pas un directeur artistique sans que la moitié du secteur se penche pour lire entre les lignes.

Lucia Pieroni chez Chanel : un nouveau chapitre pour le maquillage de la maison

Ce qui rend l’affaire juteuse, c’est que Pieroni n’arrive pas en terrain vierge. Elle avait déjà signé les looks beauté de la première collection de Matthieu Blazy, le nouveau directeur artistique de la mode, présentée à l’automne 2025. Autrement dit, lorsque la maison a rebâti son vestiaire, c’est elle qui a maquillé le propos ; et lorsque Chanel a décidé de redonner un visage unique à sa création cosmétique, c’est tout naturellement qu’elle a remis la main sur la même artiste. Il faut dire que la place n’est pas anodine : le poste de directrice de la création maquillage existe de longue date chez Chanel, Lucia Pica l’avait occupé à partir de 2015, et la maison s’était depuis un moment écartée du système du créateur unique, comme si elle hésitait entre le culte de la personnalité et la gestion collégiale. Reconduire ce poste, et à un nom aussi identifié, revient à trancher : il y aura de nouveau une patte, une signature, une vision, ce que l’industrie adore, parce qu’une vision, contrairement au consensus, se raconte, se prête à un récit, et se photographie.

Un parcours international entre Londres, New York et Clé de Peau

Le curriculum de Pieroni, lui, parle de lui-même. Née en Angleterre, elle commence à Londres avant de s’installer à New York en 1995, où elle s’immerge dans cette génération d’artistes et de photographes de mode qui fabriquait alors l’imagerie de l’époque. De 2006 à 2019, elle officie comme directrice de la création maquillage chez Clé de Peau Beauté, marque du groupe Shiseido, où elle forge une approche qu’on dit « holistique » de la beauté. Il y a dans ce parcours une ligne claire : celle d’une praticienne qui vient de la peinture et qui pense la couleur, la matière et la lumière avant de penser les textures, et qui, surtout, défend une idée du maquillage adapté à l’individu plutôt qu’à une correspondance uniforme des teintes. Chanel, dont l’héritage cosmétique plonge dans les rouges, les roses et les beiges savamment retravaillés, a de quoi se nourrir de cette sensibilité picturale : on ne lui demande pas de révolutionner le teint, mais de donner une chair nouvelle à la gamme.

La nomination s’accompagne, comme toujours, de sa dose de célébration corporate : Alain Wertheimer et Leena Nair saluent une expertise et une intuition qui apporteront « une nouvelle perspective » à la maison, tandis que Simona Cattaneo promet « un chapitre décisif » pour le maquillage Chanel. Pieroni elle-même déclare être « ravie de partager sa vision artistique » avec cette équipe, à « un moment particulièrement stimulant » de l’histoire de la marque. Ces formules ont la tiédeur aimable des communiqués, mais leur accumulation dit quelque chose : les grands noms du luxe ont compris que la beauté n’est plus un rayon de grand magasin mais un récit culturel, et ils vont chercher dans les coulisses des défilés, chez les artistes, cette crédibilité que la publicité seule n’achète plus. Chanel s’offre donc une signature reconnue par les professionnels et respectée par les photographes, moins commerciale, peut-être, qu’un visage d’affiche, mais plus durable.

Reste la vraie question, celle que personne ne posera dans un communiqué : le maquillage Chanel, à force de passer de directeur artistique en directeur artistique, ne court-il pas le risque de la valse perpétuelle, chaque nouvel élu effaçant les ébauches du précédent avant d’être lui-même remplacé ? Pieroni, avec son regard de peintre, ses quinze ans chez Clé de Peau et sa connaissance du vestiaire actuel de la maison, a les arguments pour imprimer sa marque. Elle dispose aussi, ce qui ne gâche rien, de la continuité d’un travail déjà amorcé avec Blazy, gage d’un langage commun entre la mode et le maquillage, rarement obtenu tant les deux équipes se côtoient peu. Si elle tient cette cohérence, Chanel aura gagné plus qu’un nom : une écriture. Et dans un secteur qui confond trop souvent l’art de la couleur avec l’art de la campagne, c’est une distinction qui mérite qu’on la salue.

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