La Bugatti Tourbillon entre en production à Molsheim en septembre 2026 : un V16 atmosphérique de 8,3 litres, développé avec Cosworth, pour 1 000 ch portés à 1 800 combinés. L’homme qui a conçu la meilleure voiture électrique au monde vient de signer la plus belle défense de la combustion. Chronique d’un anachronisme parfaitement calculé.
L’essentiel
- Le V16 atmosphérique de 8,3 litres de la Bugatti Tourbillon, développé avec le motoriste britannique Cosworth, produit 1 000 ch ; combiné aux trois moteurs électriques, il porte la puissance totale à 1 800 ch pour une vitesse maximale de 445 km/h.
- La série est limitée à 250 exemplaires au prix de 3,8 millions d’euros ; les premières livraisons clients sont attendues d’ici fin 2026, la production ayant démarré à Molsheim en septembre 2026.
- Les instruments de bord sont entièrement mécaniques, plus de 600 composants en titane, saphir et rubis pour 700 grammes, assemblés à la main par Concepto Watch Factory à La Chaux-de-Fonds.
Le paradoxe Rimac
Mate Rimac a le goût du contrepied. L’ingénieur croate qui a mis la planète automobile à genoux avec sa Nevera (1 914 ch, zéro émission, zéro bruit) est aussi celui qui signe la voiture la plus anachronique de la décennie. La Bugatti Tourbillon, dont les premiers exemplaires sortent en ce moment de l’Atelier de Molsheim, embarque un V16 atmosphérique de 8,3 litres développé avec le motoriste britannique Cosworth. Le bloc hurle jusqu’à 9 000 tr/min. Puissance sèche : 1 000 ch. « Il y a une certaine ironie dans le fait que je construise actuellement le plus gros moteur à combustion au monde », a confié Rimac avec un sourire en coin. Trois moteurs électriques (deux à l’avant, un à l’arrière) ajoutent 800 ch, portant la puissance combinée à 1 800 ch. Vitesse maximale : 445 km/h, speed key engagée. Le 0 à 100 km/h s’expédie en moins de deux secondes. Tarif : 3,8 millions d’euros. Série limitée à 250 exemplaires.

L’âme a un prix
On aurait pu s’attendre à ce que Bugatti, sous l’égide du groupe Bugatti Rimac, bascule vers le tout-électrique. La Nevera en avait les capacités, le groupe la technologie. Mais Rimac a compris ce que les tableurs Excel des constructeurs généralistes peinent à saisir : dans l’univers de l’hypercar à plusieurs millions d’euros, la performance brute ne suffit plus. Une Tesla Model S Plaid abat le 0 à 100 en moins de deux secondes pour un centième du prix. Ce que les clients de Bugatti achètent, c’est autre chose : le grondement du V16 à l’admission, la montée en régime jusqu’à 9 000 tours, la vibration qui remonte dans le volant comme un pouls.
Rimac convoque volontiers l’analogie horlogère : « Les montres Apple peuvent faire bien plus, mais personne ne paiera deux cent mille dollars pour l’une d’elles. » Le vinyle a survécu au streaming. Le V16 atmosphérique survivra au moteur électrique, du moins dans cette catégorie où l’objet doit rester irrationnel pour rester désirable. Les trois modèles que Rimac cite comme piliers d’inspiration (la Type 57SC Atlantic, la Type 35 de Grand Prix et la Type 41 Royale) ont en commun d’avoir frôlé l’absurde avec élégance, à l’image de l’art automobile porté à Le Mans par Hervé Poulain. La Tourbillon s’inscrit dans cette lignée avec une franchise provocante.
600 composants au creux du volant
C’est le détail qui justifie le nom emprunté à l’horlogerie. Au centre du volant à moyeu fixe (la jante tourne, le moyeu reste immobile), un ensemble d’instruments entièrement mécaniques, assemblés à la main par la manufacture suisse Concepto Watch Factory, installée à La Chaux-de-Fonds. Plus de 600 composants en titane, saphir et rubis fonctionnels. Poids total : 700 grammes. Compteur de vitesse, tachymètre et jauges hybrides s’animent comme les aiguilles d’une grande complication horlogère, avec ponts décorés, finitions guilloché et chiffres tridimensionnels rétroéclairés. Le tout relié directement aux moteurs du véhicule.
Valérien Jaquet, fondateur de Concepto (la même manufacture qui a conçu les mouvements de la Bulgari Octo Finissimo Ultra, montre la plus plate du monde) résume l’ambition : « Atteindre le niveau d’exigence que Bugatti impose, sans compromis sur les matériaux ni sur les finitions. » Résultat : un tableau de bord qui ne connaîtra jamais l’obsolescence logicielle. Là où n’importe quel écran numérique sera dépassé dans cinq ans, ces cadrans mécaniques traverseront les décennies. Un instrument de voiture pensé comme un cadran de montre, avec la même prétention tranquille à l’éternité.

Molsheim rallume les feux
En septembre 2026, la production a officiellement démarré, quelques semaines après l’inauguration de La Manufacture, nouvelle extension de 3 245 m² adjacente au château historique de Bugatti. Le bâtiment accueille le pré-assemblage, le contrôle qualité, le polissage et la peinture. L’assemblage final reste l’apanage de l’Atelier en forme de Macaron, symbole de la marque depuis les origines. Capacité portée à 200 véhicules par an, même si la série demeure limitée à 250 unités. Chaque Tourbillon est personnalisable jusque dans le moindre détail de son instrumentation mécanique : 650 combinaisons possibles, affirme Concepto. Les premières livraisons clients sont attendues d’ici la fin de l’année.
Le superflu comme art de vivre
Personne n’a besoin de 445 km/h sur la route. Personne n’a besoin d’un compteur en titane et rubis quand un écran LCD coûte trois euros. C’est dans cet écart entre la nécessité et le désir que se loge le luxe, celui qui résiste au temps, aux mises à jour et aux modes. Il faut une dose certaine d’insolence pour présenter, en 2026, une voiture dont le moteur pèse 252 kg, développé avec Cosworth à Northampton pendant treize mois, et pour convaincre 250 acheteurs de signer un chèque de 3,8 millions avant même que le premier exemplaire ne quitte l’Alsace. Le Mondial de l’Auto ouvre ses portes à Paris le 12 octobre. On y parlera transition énergétique, sobriété, autonomie. La Tourbillon, elle, rappelle qu’il existe encore une clientèle pour laquelle le mot « transition » est un luxe qu’on s’offre, à seize cylindres.
FAQ
Combien de chevaux développe la Bugatti Tourbillon ?
La Bugatti Tourbillon dispose d’un V16 atmosphérique de 8,3 litres développé avec Cosworth, produisant 1 000 chevaux. Trois moteurs électriques ajoutent 800 ch, portant la puissance combinée à 1 800 ch. La vitesse maximale atteint 445 km/h.
Quel est le prix de la Bugatti Tourbillon ?
La Bugatti Tourbillon est proposée à 3,8 millions d’euros. La série est limitée à 250 exemplaires, et la production a démarré à Molsheim en septembre 2026. Les premières livraisons clients sont attendues d’ici la fin de l’année 2026.
Combien d’exemplaires de la Bugatti Tourbillon seront produits ?
La production de la Bugatti Tourbillon est limitée à 250 exemplaires, tous déjà réservés. La production a démarré à Molsheim, en Alsace, en septembre 2026, dans la nouvelle extension La Manufacture de 3 245 m², adjacente au château historique de la marque.
Qui a fabriqué les instruments de bord de la Bugatti Tourbillon ?
Les instruments de bord entièrement mécaniques de la Bugatti Tourbillon ont été conçus et assemblés à la main par Concepto Watch Factory, manufacture horlogère suisse établie à La Chaux-de-Fonds, fondée par Valérien Jaquet. L’ensemble comprend plus de 600 composants en titane, saphir et rubis fonctionnels, pour un poids total de 700 grammes.
Quand les premières livraisons de la Bugatti Tourbillon sont-elles prévues ?
Les premières livraisons aux clients de la Bugatti Tourbillon sont attendues d’ici la fin de l’année 2026. La production a officiellement démarré à Molsheim en septembre 2026. La série est limitée à 250 exemplaires, proposés à 3,8 millions d’euros pièce.


