Le Pastel – La Méditerranée en nuances

À quelques pas du port de Toulon, Bruno Chastagnac et Pascale Lorain ont créé une maison à leur image : intime, généreuse et exigeante. Récompensé d’un Bib Gourmand en 2026, Le Pastel compose une cuisine méditerranéenne dictée par les saisons, entièrement faite maison et proposée à des tarifs volontairement mesurés.

Par Natalie Florentin

Dans le centre-ville de Toulon, le restaurant se découvre au 20, rue Victor-Micholet, sur le discret square Léon-Vérane. Le port est tout proche, mais l’adresse se tient légèrement à l’écart de son agitation. Avec une vingtaine de couverts seulement, Le Pastel cultive les dimensions d’une maison particulière davantage que celles d’un établissement démonstratif.

Une ouverture contrariée, puis un succès immédiat

L’histoire du Pastel commence dans des circonstances pour le moins singulières. Bruno Chastagnac et Pascale Lorain avaient prévu d’ouvrir leur restaurant une semaine avant le premier confinement de mars 2020. Les derniers travaux de peinture étaient encore en cours lorsque la crise sanitaire les oblige à repousser leur projet. Le lancement effectif intervient finalement en juin 2020, d’abord sous la forme de vente à emporter. Quelques mois plus tard, l’établissement s’impose déjà parmi les adresses toulonnaises les plus appréciées des clients.

Depuis, le couple travaille dans une complémentarité parfaitement définie. Bruno règne sur les fourneaux, tandis que Pascale dirige la salle, conseille les vins et veille à l’ensemble des détails qui façonnent l’accueil. Une organisation resserrée qui donne au service une dimension personnelle : ici, les propriétaires sont directement engagés dans chaque repas.

La maturité d’un chef

Originaire du Vaucluse, Bruno Chastagnac a étudié à l’école hôtelière d’Avignon avant de poursuivre son apprentissage auprès de Philippe Séguier à Bordeaux. Son parcours l’a ensuite mené dans plusieurs maisons de renom, notamment auprès des frères Pourcel et de Christophe Moret. Il a également passé quinze années à l’hôtel Île Rousse, à Bandol, où Jean-Paul Lagnou lui transmet une vision exigeante du métier et du goût.

Au Pastel, cette expérience se traduit par une cuisine précise, mais jamais figée dans le cérémonial. Le chef revendique une table de facture gastronomique proposée à des prix raisonnables. Il ne recherche pas l’effet spectaculaire pour lui-même : la technique demeure au service du produit, de sa saison et de son identité méditerranéenne.

Une salle comme un écrin

Le nom du restaurant trouve son prolongement naturel dans son décor. Les couleurs sont douces, les lignes sobres et la lumière tamisée. Tables nappées de blanc et fleurs fraîches composent un cadre élégant sans être guindé. Les nuances poudrées, les miroirs et le mobilier aux formes arrondies renforcent le caractère intime de cette petite salle imaginée par ses propriétaires.

On a particulièrement apprécié les jolies aquarelles accrochées aux murs : moules, girelles, saint-pierre, tourteau, dorade ou seiche, croqués par Julien Orsini, artiste originaire du Pradet. L’art de la table prolonge ce souci du détail, avec des pièces signées Guy Degrenne et de la céramiste Ann Duréault, dont l’atelier Terre d’Arum se trouve à deux pas, rue des Arts.

Pascale Lorain orchestre le service, présente les plats, accompagne le choix des vins et maintient cette proximité rendue possible par le nombre volontairement limité de tables. L’élégance du Pastel ne repose ainsi ni sur la distance ni sur une mise en scène, mais sur l’attention accordée à chaque convive.

La saison comme seule véritable carte

La cuisine de Bruno Chastagnac naît d’abord du marché et des arrivages. Les produits disponibles déterminent la composition des assiettes et entraînent un renouvellement régulier de la carte. Le socle demeure méditerranéen, tout en accueillant ponctuellement des influences plus lointaines : miso japonais, gingembre, épices douces ou condiments fermentés viennent souligner les produits du Sud sans en masquer le goût.

Le fait maison constitue une autre règle fondamentale. Le pain est pétri sur place, comme sont concoctés les sauces, les desserts et même les cocktails préparés par Pascale. Cette maîtrise de l’ensemble du repas permet au chef de conserver une cohérence entre les différentes séquences, de l’amuse-bouche jusqu’aux dernières notes sucrées.

La carte de l’été 2026 traduit cette recherche d’équilibre. Les tomates multicolores s’accompagnent de condiments, de ravioles de ricotta au basilic et d’un aigre-doux de pêche. Les fleurs de courgette rencontrent l’aubergine brûlée, les olives noires et une sauce inspirée de la César. Un tartare de crabe est travaillé avec citronnelle et verveine, puis accompagné d’un gaspacho de tomate ananas.

Le loup rôti s’associe à la criste marine, au fenouil fermenté et au pois chiche, tandis que le cochon reçoit une croûte de maïs, une sauce barbecue et des tomates épicées. Côté desserts, les abricots sont cuisinés à la lavande et servis avec un millas à la fleur d’oranger, tandis qu’une création façon Chanteclair associe meringue, praliné, amandes et espuma au café. Des compositions lisibles, mais traversées par des associations suffisamment inattendues pour entretenir la curiosité.

Les Actes du Pastel

À la fin de chaque mois, Bruno et Pascale suspendent toutefois le fonctionnement habituel de la carte pour organiser les « Actes du Pastel ». Durant un week-end, un produit unique devient le fil conducteur d’un menu composé d’un amuse-bouche, de deux entrées, d’un plat et d’un dessert. Coquille Saint-Jacques, homard ou truffe ont notamment servi de thèmes à ces rendez-vous, qui permettent au chef de pousser plus loin la recherche technique et la déclinaison des saveurs.

La reconnaissance sans la course aux étoiles

Référencé depuis plusieurs années par le Guide Michelin, Le Pastel a obtenu un Bib Gourmand en 2026, distinction récompensant les restaurants offrant une cuisine de qualité à un prix contenu. Le guide salue une cuisine méridionale fine, l’omniprésence du fait maison, ainsi que la qualité de l’accueil assuré par Pascale.

Bruno Chastagnac et Pascale Lorain ne font pourtant pas de l’étoile une obsession. Leur principale reconnaissance reste celle du client qui, au terme du repas, cherche déjà une nouvelle date pour revenir. Une philosophie cohérente avec ce lieu à taille humaine, où la gastronomie ne se mesure pas au nombre de couverts ou à la solennité du décor, mais au temps consacré aux produits, aux assiettes et à ceux qui les dégustent.


Le Pastel
20, rue Victor Micholet, Square Léon Vérane, 83000 Toulon
Tél. : 04 94 64 73 95
www.restaurantlepastel.fr
Ouvert du vendredi au lundi, au déjeuner et au dîner.
Menu Pastel : 44 €. Menu Vérane : 60 €.
Réservation vivement recommandée.

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