À quelques jours de la Fashion Week de Paris, c’est l’occasion de parler des Fashion Weeks qui parsèment le monde désormais. Fini le temps des indétrônables New York, Londres, Milan et Paris. Bien que les mousquetaires restent les lieux de référence, c’est maintenant à Tokyo, Rio, Copenhague, que se montrent, se discutent voire se disputent les modes, faisant émerger ça et là de nombreux talents.
Face à ce constat se pose une question : Faut-il être un fou de mode pour être prêt à partir à l’autre bout du globe pour découvrir quelques nouveaux créateurs? Peut-être un peu, mais surtout, il faut être attentif à ce qui se fait de nouveau, aux nouvelles initiatives locales, et avoir envie de mettre en lumière les efforts réalisés pour permettre l’émergence de nouveaux designers aux quatre coins du monde. Avec leurs visions, leurs engagements, et leurs propres messages.

Amina Maliani pour la collection Haus of Stone
En juillet se tenait, au coeur de la grande Afrique, la Fashion Week de Kolwezi.
Kolwezi, pour ceux qui l’ignorent, est une ville minière, qui a connu différents passés, dont une période très sombre en 1978. Aujourd’hui cette petite ville de la République démocratique du Congo, à quelques encablures de la frontière avec la Zambie, se retrouve au centre de l’échiquier économique mondial, notamment pour ses mines de cobalt et de cuivre.
Un élan économique qui a permis à la gouverneure de la province du Lualaba de dynamiser la région, à la fois sur les infrastructures (notamment un aéroport reluisant), mais aussi d’un point de vue culturel, en mettant en avant la création africaine.

Il est toujours intéressant de voir comment s’organisent les évènements liés à la mode à travers le monde, car chaque pays, chaque communauté présente le sujet mode d’une façon différente. Paris est une machine ancienne, très rodée, très codifiée, on connaît toutes les erreurs à ne pas faire, on connaît tous les détails, et on doit s’imposer parmi un calendrier très capricieux.



Look d’une invitée / Nyota et une consoeur / Mme Fifi Masuka Saini, gouverneure du Lualaba
À Kolwezi, la Fashion Week prend davantage les apparences d’un congrès, les invités sont présents pour plusieurs jours sur place, et conviés chaque soir à une grande présentation de mode, proposant de découvrir à la suite différents designers. Ainsi près d’une quinzaine de maisons montrent leurs collections durant quatre jours à la presse (congolaise, africaine, et internationale), aux influenceurs et autres partenaires locaux.
Ce congrès de la mode est régi par le protocole, très présent au Congo, loin de nos entrées de défilés rapides, sur carton d’invitation, ou QR codes, et la course à la fin du show, mannequins foulant encore le podium. À Kolwezi, on arrive en avance, pour une diffusion en direct à la télévision nationale, puis on prend le temps à la fin, puisque tous les défilés à voir ce jour-là sont au même endroit et à la suite. On se sent comme emporté dans un autre rythme, on prend le temps, on découvre nos consoeurs et confrères que l’on fréquente durant cette semaine. Cela n’enlève rien à la mode que l’on découvre, étonnamment, on crée des liens, on discute de sujets variés puisque le temps nous est donné pour le faire.

Venons-en aux créations. À l’exception de quelques rares silhouettes, que je qualifierai de premier degré, ou pour le moins attendues, l’immense majorité du travail que j’ai pu découvrir était impressionnante. Une fraîcheur de création mêlant le caractère contemporain des designers avec des touches traditionnelles ou en tout cas des clins d’oeil à la culture africaine.
N’imaginez pas le cliché, pas de wax ou de boubous à foison, non! Des robes, des tuniques, des vestes, mais avec des jeux de raphias, des broderies de coquillages, des toiles de lin ou de coton, des impressions de motifs ethniques, des vêtements qui se transforment ou se déstructurent, le tout porté par une génération de jeunes congolaises et congolais aussi belles et beaux déterminés à gravir les podiums.
On retiendra particulièrement le style parfait de Haus of Stone, ou les créations de Sifa Luhinyo pour Elfancy Fashion, la sophistication nonchalante de Taibo Bacar et le renouveau masculin proposé par David Insilo pour Kitendi Couture.

Collection Taibo Bacar
À n’en pas douter les vestiaires présentés ont légitimement leurs places sur les podiums mais aussi dans les séries mode de la presse, continentale et internationale. Ne reste plus qu’à faire voyager les pièces au delà du continent.
Crédits photos : KZI FW Kolwezi Fashion Week / Etienne Jeanson 2026


