Emmanuel Macron remettra la Légion d’honneur à Martin Scorsese et Robert De Niro à New York 

Une Palme d’honneur à Cannes au printemps, et maintenant la rosette tricolore sur le revers du smoking : décidément, Robert De Niro collectionne les honneurs français avec l’application gourmande d’un retraité qui découvre les joies du tourisme culturel. Selon les informations du Parisien, Emmanuel Macron remettra la Légion d’honneur à l’acteur new-yorkais et à son complice de toujours, Martin Scorsese, lors de son prochain déplacement à New York. La cérémonie se tiendra à la Villa Albertine, cette institution culturelle française plantée sur la Cinquième Avenue, conçue comme un réseau de résidences d’artistes un décor de bon goût pour un exercice de diplomatie pailletée qui, lui, l’est un peu moins. Le président, décidément incapable de résister à un plateau doré, s’offrira ainsi une nouvelle scène à sa mesure : un parterre hollywoodien, des objectifs qui crépitent, et le parfum entêtant de l’entre-soi mondain.

Macron décore Scorsese et De Niro à la Villa Albertine à New York

Le duo est si bien rodé qu’on pourrait presque le confondre avec un vieux couple de scène : Scorsese, 83 ans, cinéaste obsessionnel et lettré, nourri d’un amour sincère du cinéma français, de ses festivals et de sa Cinémathèque ; De Niro, son interprète fétiche, dont la gueule cabossée a servi de visage à un demi-siècle de fiction américaine, de Raging Bull à Taxi Driver, de Goodfellas à The Irishman. Récompenser ce tandem d’un même geste, c’est honorer une double œuvre, celle du réalisateur et celle de l’acteur qui la porte, mais c’est aussi, pour l’Élysée, offrir une belle prise à la communication institutionnelle : quoi de mieux qu’une décoration culturelle pour se donner le vernis d’un mécène éclairé, loin des polémiques domestiques et des difficultés du moment ? La Légion d’honneur, dans ces circonstances, n’est plus tout à fait une distinction ; c’est une pièce de protocole, un accessoire de mise en scène, l’équivalent diplomatique d’un tapis rouge déroulé pour quelques mètres de couverture médiatique internationale.

Une Légion d’honneur pour l’engagement des deux hommes de cinéma

Il y a pourtant, dans cette initiative, une sincérité qu’il serait malhonnête de nier. Scorsese aime vraiment la France cinématographique, celle qui l’a adoubé avant que Hollywood ne le fasse tout à fait, celle des cinéphiles qui le portent depuis Mean Streets, celle des revues et des rétrospectives où son nom se prononce avec une ferveur religieuse. De Niro, de son côté, a reçu cet été une Palme d’honneur à Cannes, et l’on devine l’émotion non feinte d’un enfant de Manhattan accueilli sur la Croisette comme un roi. Il faut reconnaître au chef de l’État un certain flair dans le choix de ses élus : flatter les cinéphiles, c’est courtiser un électorat symbolique qui a du prestige à revendre, et surtout c’est rappeler que la France, en matière de septième art, continue de s’imaginer en patrie tutélaire de la cinéphilie mondiale. La remise s’inscrira dans le cadre du déplacement onusien du président, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, ces grands-messes new-yorkaises dont la fonction principale, semble-t-il, est de convertir chaque dignitaire en figurant d’une réception de plus. On décorera donc, entre deux discours sur l’ordre international, les artisans les plus vigoureux d’un certain art américain du récit violent, l’ironie est parfaite et personne n’a rien à redire.

Ce qu’il faut retenir, au fond, ce n’est pas la distinction elle-même, les deux hommes ayant depuis longtemps reçu tout ce qu’une industrie peut offrir en fait de couronnes ; c’est le spectacle de la politique française s’invitant chez elle à Hollywood, monnayant son prestige culturel contre un peu d’éclat médiatique. Un président à l’approche difficile se rappelle que la culture est un merveilleux paravent, que les cinéphiles aiment qu’on leur raconte qu’ils comptent, et que rien ne coûte moins cher à un pouvoir qu’un hommage délivré à des stars qui n’en ont guère besoin. Scorsese et De Niro rangeront leurs rubans à côté de leurs statuettes, le photographe de l’Élysée veillera à saisir l’instant le plus avantageux, et l’on parlera, quelques heures durant, d’élégance française et d’amitié transatlantique : l’ordinaire échange de bons procédés, l’ordinaire mise en scène d’un art contre un peu d’aura, la sempiternelle allégorie où chacun se figure gagner plus qu’il ne donne.

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