Il arrive des années où la Fête de la musique, cette grande ritournelle nationale du solstice, se fatigue un peu de sa propre mythologie, et puis il y a des années où la chaleur, elle, ne se fatigue de rien : elle monte, elle s’installe, elle écrase les villes comme des disques trop chauds, et impose son propre rythme, plus lent, plus pesant, plus fatal. Cette année, dans plusieurs départements, Corrèze, Gironde, Sarthe, Seine-et-Marne, Hauts-de-Seine, Charente-Maritime, la fête a été annulée avant même d’avoir commencé, comme si la météo avait décidé, avec une ironie à peine voilée, que le meilleur hommage à la musique était de la laisser dormir un peu, dans l’ombre, à l’abri des cris, des platines et des amplis qui grésillent.
Brive-la-Gaillarde, Claye-Souilly, Nanterre, Le Teich, Ecommoy, Saint-Savinien-sur-Charente : autant de noms qui, d’un coup, deviennent les symboles d’une annulation qui ressemble à une révélation. La municipalité de Brive-la-Gaillarde a prévenu de l’annulation des animations programmées, « en raison de l’épisode de fortes chaleurs annoncé sur le département ». À Claye-Souilly, les autorités ont choisi l’annulation complète « dans un souci de sécurité pour les artistes, les bénévoles, les agents mobilisés et l’ensemble du public ». À Nanterre, « toutes les initiatives liées à la fête de la musique sont annulées ». Le Teich, Ecommoy, Saint-Savinien-sur-Charente ne joueront pas non plus : dans ces petites villes, l’école de musique locale avait déjà écourté l’édition précédente pour cause de site trop exposé au soleil.
Et Paris ? À Paris, aucune annulation prévue à ce stade, selon Pierre Rabadan, l’adjoint à la Vie nocturne, mais « une vingtaine de totems » dispensant des messages de prévention sur les « réflexes à adopter » face à la chaleur vont être déployés dans la capitale. Une réunion était encore prévue vendredi avec la préfecture de police pour faire un dernier point. La Fête de la musique, cette manifestation gratuite et ouverte à toutes les musiques depuis 1982, résonne à chaque solstice d’été dans l’espace public, offrant une scène à ciel ouvert pour de nombreux artistes et groupes amateurs. Mais cette année, la canicule a gagné une large partie de la France, de Paris au centre et à l’est, avec des températures s’approchant de plus en plus des 40°C.
Quand la canicule impose son silence : annulations, sécurité et résilience
La canicule a gagné jeudi une large partie de la France, de Paris au centre et à l’est, avec des températures s’approchant de plus en plus des 40°C. Vingt-six départements sont placés en vigilance orange canicule par Météo-France, jusqu’à vendredi minuit. Le pic de ce deuxième épisode de chaleur de l’année, après celui enregistré en mai, est attendu dimanche ou lundi. Ces conditions météorologiques perturbent la manifestation musicale la plus populaire de l’année : gratuite et ouverte à toutes les musiques, la Fête de la musique résonne à chaque solstice d’été dans l’espace public, offrant une scène à ciel ouvert pour de nombreux artistes et groupes amateurs. Mais cette année, la chaleur impose son propre silence, et les annulations deviennent une forme de résistance.
À Angers, la Fête de la musique est maintenue, mais les organisateurs d’un concert prévu de 14H à minuit ont décidé de le reporter et un autre concert, pourtant censé se tenir au frais dans la Collégiale Saint-Martin, a été annulé par le département. La ville insiste sur la présence de fontaines et bars à eau sur certaines places pour s’hydrater durant l’événement. La canicule, cette année, ne se contente pas de chauffer les rues : elle les vide, elle les apaise, elle les transforme en lieux de retraite, où la musique devient un souvenir, une attente, une promesse.
Et si le repos des oreilles était le plus beau des concerts
Il y a quelque chose de presque ironique dans cette annulation : la Fête de la musique, qui célèbre la liberté, la spontanéité, la fête, est contrainte de se taire, de s’arrêter, de laisser la place à la chaleur, à la sécurité, à la précaution. Mais peut-être que ce silence, ce repos, ce retrait, est aussi une forme de musique, une musique de l’absence, une musique du silence, une musique de la chaleur. Peut-être que la canicule, cette année, nous repose les oreilles, nous les apaise, nous les libère, nous les rend plus sensibles, plus fines, plus réceptives.
Peut-être que la Fête de la musique, cette année, n’est pas perdue, mais simplement déplacée, transformée, sublimée. Peut-être que la musique, cette année, est dans le silence, dans la chaleur, dans la sécurité, dans la précaution. Peut-être que la musique, cette année, est dans le repos des oreilles, dans l’apaisement, dans la libération, dans la réceptivité.
Peut-être que la canicule, cette année, nous repose les oreilles, nous les apaise, nous les libère, nous les rend plus sensibles, plus fines, plus réceptives. Peut-être que la Fête de la musique, cette année, n’est pas perdue, mais simplement déplacée, transformée, sublimée. Peut-être que la musique, cette année, est dans le silence, dans la chaleur, dans la sécurité, dans la précaution.
Au fond, la canicule, cette année, n’est pas une menace, mais une opportunité : l’opportunité de repos, d’apaisement, de libération, de réceptivité. L’opportunité de la musique du silence, de la musique de la chaleur, de la musique de la sécurité, de la musique de la précaution. L’opportunité de la Fête de la musique, cette année, n’est pas perdue, mais simplement déplacée, transformée, sublimée.


