Débauche de moyens et guests stars de luxe pour le Stade de France de David Guetta 

Il y a des carrières qui s’écrivent en lignes droites, d’autres en virages serrés, et puis il y a celle de David Guetta, qui ressemble à une montée en puissance si longue qu’elle finit par prendre des allures de revanche élégante sur le temps lui-même. À 58 ans, le DJ producteur français vient de réussir ce que peu d’artistes électro peuvent seulement rêver d’approcher : remplir trois fois d’affilée le Stade de France, trois soirs de suite, devant environ 80 000 personnes chaque fois, avec l’air de celui qui n’en fait jamais trop, alors même qu’il a clairement tout donné. Le premier artiste électro à signer un tel exploit, voilà qui mérite bien davantage qu’un simple “bravo” lancé depuis les gradins.

Ces trois dates, inscrites dans le cadre du Monolith Tour, avaient tout du grand rituel pop-mécanique : une tour d’écrans monumentale, une scénographie massive, des lumières taillées pour le vertige, et surtout cette façon qu’a Guetta de transformer la fête en machine de guerre joyeuse, sans jamais perdre de vue qu’un tube, au fond, n’est rien d’autre qu’une émotion rendue irrésistible. Pas de nouvel album à défendre, pas de stratégie de promotion à dérouler comme un tapis de velours, mais plutôt une sorte de bilan flamboyant, une promenade triomphale à travers une discographie si fournie qu’elle pourrait presque passer pour l’histoire parallèle de la musique de club des trente dernières années.

David Guetta au Stade de France : trois soirs, 80 000 personnes et un show monumental

Ce qui frappe d’abord, au-delà de la puissance logistique, c’est l’évidence avec laquelle Guetta s’impose désormais comme un monument populaire, un homme qui a pris le temps de laisser sa trace sans jamais se précipiter vers les grands temples du spectacle français. D’autres, à la carrière parfois moins longue mais au rayonnement tout aussi massif, ont déjà franchi la porte du Stade de France — Aya Nakamura, DJ Snake ou Jul pour ne citer qu’eux — mais Guetta, lui, a attendu. Peut-être parce qu’il restait attaché à l’imaginaire des clubs, d’Ibiza, des festivals géants, de la nuit qui pulse plus qu’elle ne s’expose. Peut-être aussi parce qu’il savait qu’un tel rendez-vous n’a de sens que s’il ressemble à une consécration, pas à une simple case cochée dans un agenda de superstar.

Et pourtant, derrière cette apparente sobriété, le spectacle n’avait rien de modeste. Les trois soirées ont aligné des invités de luxe, comme autant de balises dans une carrière bâtie sur les rencontres autant que sur les beats. Dans un registre presque cinématographique, Jennifer Lopez a fait irruption sur scène en lançant un “Bonjour Paris !” qui a dû faire vaciller plus d’un téléphone déjà levé à bout de bras. Avec “On The Floor”, la star américaine a rappelé qu’elle savait encore faire grimper la température d’un stade comme personne, debout sur le DJ booth, souveraine, brillante, parfaitement consciente de ce qu’elle déclenche.

Jennifer Lopez, Akon et les Black Eyed Peas : la longue mémoire des tubes de David Guetta

Au fond, ce que ces trois concerts racontent avec le plus d’éclat, c’est la mémoire vivante d’un producteur qui a bâti sa légende sur les ponts qu’il a su jeter entre les genres, les publics et les époques. Akon, d’abord, est venu rappeler la naissance de “Sexy Bitch”, ce tube de 2009 issu de l’album One Love, né d’une rencontre presque improvisée en coulisses, comme si certaines chansons n’avaient pas besoin de stratégie pour naître, seulement d’une bonne intuition et de deux ego qui se reconnaissent. Entendre ce morceau au Stade de France, c’était réentendre l’époque où Guetta commençait à dominer la planète pop sans cesser de venir de la piste de danse.

Puis sont venus les Black Eyed Peas, sans lesquels la fin de cette trilogie aurait eu un goût de manque. “I Gotta Feeling”, même sans son nom au featuring, reste l’un de ces titres qui ont redéfini l’idée même de tube de fête, né des sonorités de “Love Is Gone” et d’une alchimie rare entre Fred Rister, Will.I.Am, le groupe et David Guetta lui-même. Le morceau a vieilli comme les grands hymnes : en se renforçant avec le temps, au lieu de se dissoudre dedans. Après les avoir déjà accueillis au Vélodrome de Marseille, il semblait logique que Guetta les appelle aussi à Paris, comme on termine un chapitre par sa phrase la plus célèbre.

La présence d’Afrojack, Armin Van Buuren, Hugel, Fisher, Black Coffee et même d’un certain Elvis Guetta a ajouté au tout une dimension presque familiale, ou du moins dynastique, comme si le Stade de France était devenu le lieu où l’on célébrait non seulement une carrière, mais une lignée électro. Et le geste le plus touchant de la série n’est peut-être pas venu d’une superstar internationale, mais du fils du DJ, venu ouvrir le dernier soir sous le nom d’Elvis Guetta. Un moment chargé d’émotion, d’autant que Cathy Guetta, son ex-épouse, était également présente, donnant à cette apothéose un parfum de famille recomposée, de fierté et de larmes retenues un peu trop tard.

David Guetta a même versé une larme lorsque Bebe Rexha a dit sur scène tout l’amour qu’elle lui porte, avant d’interpréter avec lui leur nouveau morceau. Tout cela dessine une image assez rare : celle d’un artiste qui, au sommet de sa popularité, ne cherche plus seulement à prouver qu’il peut faire danser une foule, mais à montrer que sa carrière est devenue un récit collectif, traversé de rencontres, de fidélités, de souvenirs et de refrains impossibles à oublier. Dans le vacarme des basses et le scintillement des écrans, il y avait donc plus qu’un exploit technique : une manière de dire que certains parcours méritent bien trois Stade de France, et peut-être même davantage.

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