C’est une nouvelle qui tombe comme un coup de basses sourdes dans la nuit parisienne, un de ces silences qui succèdent aux euphories et qui rappellent que la gloire, même électrisée, reste fragile : Kavinsky est mort. Vincent Belorgey, de son vrai nom, celui qu’on ne connaît pas mais qui compte quand même, a été retrouvé sans vie mardi soir dans son domicile parisien, à l’âge de 50 ans, laissant derrière lui une traînée de synthés, de nuits blanches et de ce titre, Nightcall, qui a fait danser le monde entier au rythme d’un Los Angeles de pacotille et de néons. Une enquête est ouverte, le parquet de Paris précise qu’aucun élément suspect n’a été découvert sur place, mais la piste d’un accident vasculaire cérébral est envisagée, et l’on imagine mal ce corps, secoué par des années de fête, de studio, de tournées, n’avoir pas fini par rendre l’âme sous le poids d’une tension trop forte, d’un cerveau qui aurait dit stop, comme un vieux synthé dont on aurait trop forcé les circuits.
De Barbès à Drive : l’ascension d’un banlieusard électro
« Je suis un banlieusard », expliquait-il en 2022, avec cette fierté tranquille de ceux qui n’ont pas besoin de crier pour exister. « Je suis né à Barbès, à l’hôpital Lariboisière, où ma mère travaillait comme infirmière. Je ne suis pas né avec une cuillère en argent dans la bouche. Je suis l’aîné de trois enfants. Mon père vendait des photocopieuses et des chaussettes. J’ai d’abord vécu au Pré-Saint-Gervais, sur la place du Marché, et quand mes parents ont divorcé, on est parti avec ma mère à Pantin. Elle a fait tout le boulot. Et moi je faisais des petites conneries. » Et c’est bien là toute la beauté du personnage : Kavinsky n’a jamais été un fils de la bourgeoisie, mais un gamin de la banlieue qui a transformé ses petites conneries en grandes œuvres, ses nuits à traîner en mélodies qui traversent les générations.
Il a commencé par le cinéma, apparaissant dans plusieurs films de son ami Quentin Dupieux, Mr. Oizo pour les intimes, Nonfilm en 2001, Steak en 2007, avant de comprendre que sa place n’était pas devant la caméra, mais derrière les platines, à faire vibrer les foules avec des sons qui sentent la nuit, l’essence et la solitude. Mais c’est bien en 2011, avec la sortie de Drive et Ryan Gosling au volant d’une Chevy rouge, que Kavinsky est révélé au monde entier. Nightcall, ce morceau qui ouvre le film, ce morceau qui a changé sa vie, comme il le disait lui-même, ce morceau qui a fait de lui une légende avant même qu’il ne s’en rende compte. Et puis, il y a eu cette cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris 2024, où il s’est produit avec Angèle, qui a réinterprété ce fameux titre, et l’on a vu, ce soir-là, que Kavinsky n’était plus seulement un nom sur une playlist, mais un monument, une voix, une silhouette qui se découpait sur le ciel de Paris, comme un fantôme de l’électro française.
Nightcall, un hymne qui traverse les générations et les frontières
« Avec la disparition soudaine de Kavinsky, la France perd l’une de ses voix les plus singulières. Du film Drive aux JO de Paris, le monde entier avait vibré sur Nightcall », a réagi la ministre de la Culture, Catherine Pégard, sur X, avec cette solennité qui sied aux disparitions qui comptent. « À la fois dansante et nostalgique, sa musique continuera de traverser les générations et les frontières », a-t-elle déclaré, et l’on se dit que c’est bien là la plus belle des épitaphes pour un artiste qui n’a jamais cherché à durer, mais à marquer. Emmanuel Macron, lui, a écrit sobrement : « Kavinsky, fierté française pour toujours », et l’on imagine que ces mots, dans la bouche d’un président, valent tous les hommages, toutes les larmes, toutes les nuits passées à danser sur ce titre qui a fait de nous, l’espace d’un refrain, des héros de film.
Avec la disparition soudaine de Kavinsky, la France perd l’une de ses voix les plus singulières. Du film Drive aux JO de Paris, le monde entier avait vibré sur « Nightcall ». À la fois dansante et nostalgique, sa musique continuera de traverser les générations et les frontières. pic.twitter.com/jnwzU1bL6o
— Catherine Pégard (@catherinepegard) July 29, 2026
Car c’est bien là le miracle de Kavinsky : il n’a pas eu besoin de parler, de se mettre en scène, de faire des interviews à n’en plus finir, il a suffi qu’il pose ses sons, qu’il les laisse résonner, et le monde a suivi. Nightcall, c’est plus qu’un titre, c’est un état d’âme, une génération qui a grandi avec, qui a pleuré avec, qui a conduit la nuit avec, fenêtre ouverte, volume à fond, comme si la vie tout entière pouvait se résumer à ces trois minutes de synthé et de voix lointaine. Et maintenant qu’il n’est plus, on se dit que la musique, elle, continue, qu’elle traverse les murs, les âges, les chagrins, et que quelque part, dans un coin de Paris, dans un studio silencieux, dans une chambre d’ado, Nightcall résonne encore, comme un adieu, comme un hommage, comme une promesse que Kavinsky, lui, ne mourra jamais vraiment.


