Scandale ! Les prêtres sexy du Vatican ne le sont pas vraiment 

Il faut parfois très peu de choses pour transformer un souvenir de boutique en petite légende internationale : une soutane bien coupée, un regard de velours, une lumière de fin d’après-midi qui fait croire à la sainteté autant qu’au cinéma, et voilà qu’un simple calendrier devient, pendant plus de vingt ans, un objet de culte au sens le plus trouble du terme. Le Calendario Romano, vendu dans les échoppes touristiques de Rome entre deux chapelets, des cartes postales du Vatican et quelques mini-Colisées en plastique, s’est installé dans le paysage comme une plaisanterie à moitié assumée, à mi-chemin entre le kitsch religieux, le fantasme queer et le souvenir qu’on offre en souriant trop fort au retour d’un week-end dans la Ville éternelle.

Officiellement, il s’agissait d’un produit d’information destiné aux touristes, une sorte de guide visuel de la Cité du Vatican. Officieusement, tout le monde l’a très vite rebaptisé le calendrier des « hot priests », ce qui est tout de même un peu plus honnête et beaucoup plus vendeur. Chaque mois, un jeune homme en habit ecclésiastique, photographié sous des éclairages dramatiques comme s’il sortait d’une série italienne de prestige, observait l’horizon avec cette intensité vaguement mystérieuse qui suffit, dans notre époque, à faire naître des fantasmes sans demander la permission à personne. On achetait cela pour rire, pour montrer aux amis, pour provoquer la tante, ou plus probablement parce qu’il y avait là quelque chose de délicieusement absurde : des hommes en soutane qui semblaient taillés pour la mode plus que pour la liturgie.

Le Calendario Romano et ses faux prêtres sexy

Pendant des années, beaucoup ont cru que les visages du Calendario Romano appartenaient réellement à de jeunes prêtres catholiques. L’erreur était charmante, presque touchante, parce qu’elle participait elle-même au mythe : celui d’un Vatican parallèle, plus photogénique que dogmatique, où la soutane aurait remplacé le smoking dans les pages d’un magazine de mode. Mais début mai, Giovanni Galizia, l’un des visages les plus connus du calendrier, a mis fin au petit théâtre avec une précision assez savoureuse : non, il n’a jamais été prêtre, ni même séminariste. Il travaille aujourd’hui comme formateur pour le personnel de bord dans le domaine aérien, ce qui n’a évidemment pas tout à fait la même saveur mystique.

En 2003, alors qu’il n’avait que 17 ans, Galizia a été choisi par le photographe vénitien Piero Pazzi pour poser en habit ecclésiastique à Palerme. « C’était un jeu. Il avait déjà les vêtements prêts », a expliqué le photographe, avec ce naturel désarmant qu’ont souvent les gens qui savent que l’étrangeté d’une idée devient parfois sa meilleure justification. Galizia, lui, précise qu’il n’a jamais touché un centime pour la séance photo et qu’il n’a jamais fait partie du clergé. Cela n’a pourtant pas empêché des milliers de touristes de repartir, année après année, avec leur exemplaire sous le bras, persuadés pour certains d’avoir croisé une authentique galerie de jeunes hommes d’Église.

Giovanni Galizia, l’icône malgré lui du Vatican pop

La vraie force du Calendario Romano, c’est peut-être là : il n’a jamais eu besoin d’être officiellement validé par l’institution catholique pour prospérer dans la zone grise du désir et du souvenir touristique. L’Église ne l’a jamais vraiment endossé, mais elle ne semble jamais non plus avoir trouvé utile d’en faire un scandale majeur. Le calendrier a ainsi poursuivi sa route, tranquillement installé dans son statut hybride, entre l’objet religieux, la curiosité kitsch et le petit plaisir coupable de ceux qui aiment que Rome se montre un peu plus théâtrale que de raison.

Avec le temps, les mêmes photos, réutilisées d’une année à l’autre dans un ordre différent, ont fait du calendrier une sorte de relique pop : un objet que l’on achète moins pour connaître les fêtes liturgiques que pour s’offrir une petite dose de fantasme mal rangé sous la pile des souvenirs. Il y a dans ces pages une esthétique du trouble très contemporaine : des robes flottantes, des visages sculptés, des poses étudiées, un catholicisme de pacotille qui flirte avec le camp sans jamais avoir l’air de s’en excuser. Et c’est précisément ce flou qui plaît.

Car la question n’est plus seulement de savoir si ces « prêtres » étaient vrais ou faux. La question, désormais, c’est plutôt de comprendre pourquoi un objet aussi mineur a réussi à durer aussi longtemps, à survivre aux moqueries, aux révélations et aux années, en continuant d’alimenter cette fascination très humaine pour les images qui jouent avec le sacré sans jamais lui obéir tout à fait. Que l’un de ses visages les plus célèbres ne soit pas prêtre, mais un jeune Italien photogénique prêt à enfiler une soutane pour la photo, ne détruit pas le mythe : cela le rend simplement plus délicieux. Le Calendario Romano reste ce qu’il a toujours été, un curieux mélange de religion de vitrine et de fantasme bien éclairé, une petite farce romaine que le monde entier continue d’acheter avec un air vaguement coupable et parfaitement satisfait.

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