Il y a, dans chaque été un peu trop ardent, cette vieille tentation de confondre confort et relâchement, comme si la chaleur autorisait soudain à se vêtir en victime consentante du thermomètre. Or non : la grosse chaleur n’excuse ni le froissement disgracieux ni l’abandon vestimentaire, et les plus élégants l’ont bien compris. Sur les tapis rouges comme dans la rue, certaines silhouettes persistent à jouer les gravures de mode quand les autres s’éventent avec le désespoir d’un vacancier mal équipé. Costume croisé léger, bermuda bien coupé, chemise à bras roulés, smoking immaculé : l’été, loin de condamner le chic, lui offre au contraire son plus beau terrain d’exercice. Il faut simplement accepter que l’élégance, par 35 degrés, demande un peu d’intelligence, beaucoup de tissu bien choisi, et aucun goût pour la souffrance inutile.
À Florence, le 17 juin, Brunello Cucinelli a tenu salon comme on tient une promesse de douceur au cœur du monde moderne, et le défilé a ressemblé à une leçon de tenue autant qu’à une déclaration d’amour à la dolce vita. Joshua Jackson en veste à carreaux façon prince de Galles estival, Paul Anthony Kelly en costume de laine d’été à micro chevron, pantalon à revers, chemise et cravate contrastée le jour, puis en ensemble bleu marine à fines rayures le soir : voilà une galerie de personnages qui semblent sortir d’un film où Sergio Leone croiserait Visconti à la cafétéria de la Cinecittà. Le message est clair : la chaleur n’empêche pas le panache, elle oblige seulement à faire preuve d’un peu de goût.
Costume d’été : les matières qui sauvent le style
Le véritable secret d’un costume chic en plein été n’est pas dans l’audace du motif, mais dans la noblesse des matières. Le studio de création de Brunello Cucinelli le résume sans ambiguïté : en choisissant la bonne combinaison de tissus, on peut porter un costume ultrachic et rester absolument fabuleux même sous un soleil brutal. La formule idéale ? Un mélange de laine, de lin et de soie. La laine assure la tenue, le lin apporte la respirabilité, la soie cette sensation de souplesse un peu luxueuse qui fait croire au corps qu’il est mieux traité qu’il ne l’est réellement.
Côté couleurs, les tons neutres dominent, avec toute une gamme de beiges, de gris et de bleus qu’on associe volontiers à des nuances plus sages. Ce n’est pas un été pour les effets criards : c’est un été pour les harmonies discrètes, les matières aériennes et les coupes qui donnent de l’aisance sans jamais renoncer à la ligne. Les maisons italiennes, naturellement, excellent dans cet art de la légèreté contrôlée, tandis que des labels plus contemporains comme Officine Générale ou Lemaire proposent des silhouettes amples, pensées pour accompagner la chaleur plutôt que la combattre comme un ennemi de principe.
Bermuda chic, smoking blanc et accessoires d’été
Le bermuda, lui, continue de diviser les puristes et les réalistes. Brunello Cucinelli en réserve l’usage aux destinations balnéaires, où il retrouve une certaine noblesse, loin des trottoirs trop urbains pour lui. Franck Naurez, directeur de la mode homme au Bon Marché Rive Gauche et à la Samaritaine, ne le rejette pas : pour lui, les grandes chaleurs appellent des constructions plus souples et des matières aériennes, et le bermuda peut parfaitement s’imposer, à condition de rester digne. Adrien Albou, directeur artistique des collections masculines de Paul & Joe, tranche avec davantage d’enthousiasme : le bermuda est bien évidemment autorisé, surtout dans des versions en coton pas trop longues, assez cintrées, taille mi-haute, associées à un t-shirt vintage ou à une chemise hawaïenne des années 1940. Voilà une manière très élégante de rappeler que le soleil n’oblige pas à porter l’ennui.
Et puis il y a le smoking immaculé, cette arme de séduction massive réservée à ceux qui savent que le blanc, l’été, a toujours quelque chose d’un peu insolent. Adrien Albou le recommande volontiers en laine tropicale blanc cassé, col cranté, double boutonnage, pantalon bootcut, jamais serré, jamais trop court, pour une allure sixties-seventies qui frôle la nonchalance tout en restant parfaitement maîtrisée. Aux pieds, les mocassins John Lobb modèle Lopez font figure d’évidence, tandis que les canotiers Borsalino rappellent que la vraie décontraction ne consiste pas à s’abandonner, mais à donner l’impression que tout cela est naturel.
Au fond, l’été chic ne réclame pas moins d’attention, mais davantage de discernement. Jess McGuire-Dudley, CEO de John Smedley, prône une philosophie plus discrète encore : less is more. Moins de pièces, mais de meilleure qualité ; un polo bien coupé, un t-shirt en maille fine, une chemise à manches courtes boutonnée suffisent à constituer une garde-robe estivale pensée avec soin, capable de cultiver l’allure et le luxe discret sans l’air de s’être trop appliquée. C’est peut-être là, finalement, la seule vraie élégance quand la température grimpe : paraître inébranlable sans jamais avoir l’air de transpirer pour le prouver.


