Vivatech : le plus grand salon de la technologie d’Europe fête ses 10 ans dès dimanche

Paris n’a pas fini d’aimer les grands-messes où l’on vient, le front légèrement levé, contempler ce que l’humanité a trouvé de plus nerveux, de plus brillant et de plus légèrement inquiétant pour remplacer les vieux rêves industriels par des promesses de code, de capteurs et de robots qui savent presque sourire. Pour ses dix ans, VivaTech change d’échelle et de décor avec un aplomb assez réjouissant : dès dimanche 14 juin, l’innovation descendra sur les Champs-Élysées, rendus piétons pour l’occasion, avec drones, hélicoptères et robots en démonstration avant que le salon n’ouvre ses portes du 17 au 20 juin à la Porte de Versailles. Le spectacle est lancé, et il ne fera pas dans la modestie.

Cette dixième édition prend franchement des allures d’exposition universelle de la start-up nation, avec ses 15 000 jeunes pousses annoncées, ses 4 000 investisseurs, ses représentants venus de 170 pays et ses 60 pavillons nationaux, comme si la planète entière avait décidé de venir comparer la vitesse de ses puces, la finesse de ses algorithmes et la maturité de ses fantasmes. L’événement s’étend aussi physiquement, passant de 50 000 à 70 000 mètres carrés, ce qui n’est pas seulement une croissance logistique mais une déclaration d’ambition : il s’agit désormais de faire tenir dans un même espace le business, la géopolitique, le divertissement et la peur très contemporaine d’être dépassé par sa propre machine.

VivaTech 2026 : l’intelligence artificielle et la souveraineté numérique au cœur du salon

Le thème central cette année tient en deux mots qui agacent autant qu’ils fascinent : intelligence artificielle. Mais derrière la fascination de vitrine, c’est bien la souveraineté numérique qui s’impose comme le nerf de la guerre, dans un contexte où l’Europe cherche à desserrer l’étau des géants américains et chinois sans trop savoir si elle doit jouer au chat et à la souris ou au diplomate en gilet pare-balles. VivaTech entend donc être un lieu d’exposition, mais aussi de repositionnement stratégique, une scène où l’on parle d’IA, de quantique, de dépendances technologiques, de sécurité et d’avenir industriel sans se contenter de faire tourner des démos lumineuses devant des visiteurs ébahis.

L’Allemagne sera le pays mis à l’honneur, avec près de 200 start-up dans des domaines allant de l’IA à la greentech, et la présence annoncée de Karsten Wildberger, ministre du Numérique allemand, aux côtés de dirigeants de Siemens et SAP. Emmanuel Macron doit, lui, monter sur scène jeudi pour défendre la vision d’une France et d’une Europe capables de jouer dans la cour des technologies de rupture, pendant que Narendra Modi, de passage en France dans le cadre du G7 à Évian, est également attendu à la tribune. Le message est clair : VivaTech n’est plus seulement une foire à l’innovation, c’est aussi un lieu où s’esquisse une coalition de puissances non hégémoniques, selon l’expression de Sylvain Duranton du BCG, bien décidées à exister entre les blocs américain et chinois.

Robots à VivaTech : humanoïdes, IA physique et démonstrations spectaculaires

Si l’IA logicielle a déjà colonisé les discours, l’édition 2026 semble vouloir donner corps au fantasme avec une obsession presque adolescente pour les robots. Ils danseront, transporteront des charges, nettoieront, accueilleront les visiteurs, et surtout donneront à voir cette fameuse IA physique dont tout le monde parle comme d’une promesse qui aurait enfin quitté le PowerPoint. Les humanoïdes des chinois Unitree et Agibot sont attendus pour des démonstrations de déplacement qui devraient attirer les regards, pendant que les européennes Genesis, Botiful ou Pal Robotics exhiberont leurs propres avancées avec cette fierté un peu tendue de ceux qui veulent prouver qu’ils savent encore fabriquer autre chose que des mots-clés.

Il faut dire que le timing est parfait : la baisse du coût des automates, estimée entre 30 et 40% par rapport à l’an dernier, et les progrès des modèles d’entraînement accélèrent cette vague d’industrialisation du robot. Thomas Husson, chez Forrester, résume l’enjeu avec justesse : c’est une incarnation de l’IA de demain, avec tous les fantasmes et toutes les peurs qui vont avec. Voilà exactement ce que VivaTech sait vendre mieux que personne : une technologie qui promet d’aider les entreprises tout en rappelant, dans le même geste, qu’elle pourrait un jour leur survivre.

Le salon ne se contentera pas du grand frisson robotique. Des acteurs industriels comme CMA CGM montreront aussi des usages très concrets, notamment dans la logistique, pour rappeler que derrière les sourires mécaniques et les clins d’œil du futur se cache toujours la vieille obsession du rendement. Les invités de marque, eux, donneront à l’ensemble le vernis cosmopolite attendu : Yann LeCun, David Limp, Peter Steinberger, Shantanu Narayen, Christophe Fouquet, Joe Tsai, et un mystérieux invité surprise dont les organisateurs entretiennent le secret avec une gourmandise digne des meilleurs lancements de produit.

Au fond, VivaTech fête ses dix ans comme on célèbre une maturité qui n’a rien d’apaisé : avec du bruit, des foules, des promesses et cette conviction très parisienne que l’avenir mérite bien une scène, un slogan et une foule de gens pressés de croire qu’il sera un peu plus intelligent que le présent. Et si la technologie continue de se prendre pour une révolution, VivaTech, lui, a déjà compris qu’il faut aussi savoir en faire un spectacle.

Partager cet article

Facebook
Twitter
Pinterest

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *