Chaque mois de novembre, Movember, le mouvement international de sensibilisation à la santé des hommes, remet la moustache au premier plan. Derrière le geste potache se joue une question sérieuse : pourquoi tant d’hommes tardent-ils à parler de leur détresse et à consulter ? Un regard sur les chiffres français, sans généraliser.
L’essentiel
- Movember est un mouvement de sensibilisation qui place la santé mentale et la prévention du suicide parmi ses trois grandes causes, avec le cancer de la prostate et celui des testicules.
- En France, 9 200 décès par suicide ont été recensés en 2022, avec un taux de 20,8 pour 100 000 chez les hommes contre 6,3 chez les femmes (DREES, février 2025).
- Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuit et confidentiel.
Une moustache pour entrer dans la conversation
Au salon de coiffure, début novembre, il y a toujours quelqu’un pour plaisanter sur la lèvre supérieure de son voisin. Le rire est une porte d’entrée comme une autre, et c’est précisément le pari de Movember : utiliser un poil de fantaisie pour amorcer une discussion que l’on n’engagerait pas à froid. Sur son site officiel, l’organisation affirme que « les hommes meurent trop jeunes » et concentre son action sur trois causes : la santé mentale et la prévention du suicide, le cancer de la prostate et le cancer des testicules.
La moustache n’a rien de nouveau dans nos pages : nous lui avions déjà consacré un éloge. Mais l’accessoire ne vaut que par ce qu’il déclenche : une question posée à un ami, un « ça va, vraiment ? » qui ne sonne pas comme un interrogatoire.
Ce que disent les chiffres français sur les hommes et le suicide
Les données publiques sont sans ambiguïté sur un point. Selon la DREES, la direction des études du ministère de la Santé, 9 200 décès par suicide ont été recensés en France en 2022. Le taux brut atteint 13,3 décès pour 100 000 habitants, et il est trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes : 20,8 contre 6,3 pour 100 000.
Ce constat n’est pas récent. Santé publique France indiquait déjà, pour l’année 2016, que sur 9 300 décès par suicide enregistrés, les trois quarts concernaient des hommes. Deux sources, deux années, la même tendance de fond.
Une précision s’impose, car elle change la lecture : ces chiffres décrivent des décès, pas des tempéraments. Ils ne disent rien du fait que « les hommes » seraient d’un seul bloc taiseux ou fragiles. Ils décrivent un écart statistique qui appelle des explications, et qui ne se résume pas à une psychologie unique.

Pourquoi parler coûte : prudence avec les explications faciles
On entend souvent que les hommes « ne parlent pas ». La formule est commode et à moitié fausse. Beaucoup parlent, mais à une seule personne, parfois à une seule femme, comme nous l’avons exploré dans notre article sur la solitude masculine et le mankeeping. Le problème tient moins au mutisme qu’à l’étroitesse du cercle où la confidence est permise.
Les sources que nous avons consultées donnent les chiffres, pas les causes. Nous nous garderons donc d’en inventer. On peut en revanche poser une hypothèse de lecteur, présentée comme telle : lorsque la maîtrise de soi est cultivée comme une vertu, demander de l’aide peut ressembler à un aveu. Cette hypothèse ne vaut ni pour tous les hommes, ni pour tous les milieux, ni pour tous les âges. Les situations varient beaucoup d’une personne à l’autre.
Il serait aussi injuste de réduire le sujet à un genre. La même DREES parle, dans le titre de son rapport 2025, du mal-être croissant des jeunes femmes : la détresse n’a pas de sexe, seulement des visages et des parcours différents.
Savoir vers qui se tourner, sans attendre d’aller mal « assez »
Un point de repère concret existe. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible 24h/24 et 7j/7, partout en France. Le site officiel précise que l’appel est gratuit et que les appels sont confidentiels. C’est un professionnel du soin, spécifiquement formé à la prévention du suicide, qui répond.
Ce numéro s’adresse à la personne qui souffre, mais aussi à son entourage inquiet. Il ne remplace pas une consultation et nous n’avons pas vocation à donner un avis médical : en cas de doute sur votre état ou celui d’un proche, un médecin ou un professionnel de santé reste l’interlocuteur adapté.
Novembre n’a pas besoin d’être un mois de moustaches pour être un mois d’écoute. Un message à un vieil ami, un café sans prétexte, une question posée deux fois : l’ironie de Movember est que le geste le plus modeste est souvent le plus efficace.

FAQ
Qu’est-ce que Movember ?
Movember est un mouvement international de sensibilisation à la santé des hommes, associé à la moustache en novembre. Selon son site officiel, il concentre son action sur trois causes : la santé mentale et la prévention du suicide, le cancer de la prostate et le cancer des testicules.
Les hommes se suicident-ils davantage que les femmes en France ?
Les décès par suicide sont plus nombreux chez les hommes. Selon la DREES, le taux était de 20,8 pour 100 000 chez les hommes et de 6,3 chez les femmes en 2022, soit un niveau trois fois plus élevé. Ces chiffres décrivent un écart statistique, pas le comportement de chaque homme.
Que propose le 3114 ?
Le 3114 est le numéro national de prévention du suicide. Il est accessible 24h/24 et 7j/7, partout en France. Le site officiel indique que l’appel est gratuit et que les appels sont confidentiels. Un professionnel du soin formé à la prévention du suicide répond à la personne en détresse ou à ses proches.
Faut-il attendre d’aller très mal pour demander de l’aide ?
Nous ne donnons pas de conseil médical, mais le 3114 s’adresse aussi aux proches inquiets, ce qui montre qu’on peut appeler avant d’être certain de la gravité d’une situation. En cas de doute, un médecin ou un professionnel de santé reste l’interlocuteur indiqué.


