Certaines dynasties se construisent dans les conseils d’administration, d’autres autour d’un vieux piano, d’un dressing trop rempli, ou d’une table de cuisine. Chez Bob Sinclar et sa fille Paloma, tout semble s’être joué quelque part entre une platine, une playlist, une MINI où l’on écoute Teri Moïse et cette manière très particulière de se dire « je t’aime, parfois trop » sans jamais baisser le volume. Lui, trente ans de carrière, des hymnes planétaires, une silhouette de grand adolescent solaire et cette capacité rare à faire danser la terre entière sans jamais perdre son âme de gamin. Elle, Paloma, nouvelle venue derrière les platines, prête à se jeter dans le grand bain. Fille de, certes, mais surtout « fille à papa » : formule qu’elle revendique, nuance, corrige et transforme en manifeste affectif. Ensemble, ils forment un duo à part : tendre, drôle, fusionnel, parfois ingérable, toujours sincère.

Dans LUI avec sa fille : un fantasme de famille
Bob, est-ce que c’était un fantasme d’être dans LUI avec ta fille ?
Bob : Ce qui est assez fou, c’est que c’était un magazine que mon père achetait.
Donc, depuis le début, cette histoire, c’est une affaire de famille ! (rires)
Bob : Exactement. Ensuite, j’ai commencé à le consommer par moi-même. J’ai hérité de la collection de magazines de mon père, puis j’en ai acheté pour l’agrandir. LUI, c’est un magazine iconique. J’aimais bien l’époque où c’était un peu plus érotique.
Paloma : Moins père-fille, tu vois ! (rires)
Et toi Paloma, est-ce que c’était dans ton bingo 2026 de te retrouver dans LUI avec ton père ?
Paloma : Oui. On ne va pas se mentir : il était temps qu’on s’affiche à deux dans les magazines.
Bob : La prochaine, c’est Vogue.
Paloma : Exactement. Chaque chose en son temps. Petit à petit, on va y arriver. J’essaye de le manifester très fort.
Bob : Au départ, on devait shooter à Los Angeles ou à Saint-Barth. Bon, il y a eu une petite restriction de budget. Et finalement, on s’est retrouvés à la piscine Molitor, qui reste un lieu magnifique. La semaine dernière, il faisait 25 degrés. Aujourd’hui, il en fait 15. Bienvenue à Paris.
Mais tu n’es pas inquiet pour les photos ?
Bob : Non. La photographe était géniale.
Do it for the fame. And for the gram. Traduction approximative : fais-le pour la gloire et pour Instagram.
Paloma : Exactement !
Bob : Tu es un puits sans fond de punchlines en anglais ! (rires)
Voilà, c’est ça. Je suis cette nana insupportable qui parle en franglais. Mais si je puis me permettre, il n’y avait pas besoin de soleil aujourd’hui. Vous rayonnez tellement que c’est vous les soleils.
Paloma : Je n’aurais pas dit mieux.

Un papa « mère juive, mère tunisienne » et beaucoup de « je t’aime »
Bob, avec Paloma, tu es plutôt papa poule, ultra-protecteur, meilleur pote ? Quel genre de père es-tu ?
Bob : Je suis plutôt un papa du style mère juive, mère tunisienne. (rires) Je suis complètement accro à mes enfants. C’est horrible. Et là, ils sont en train de partir. Ils sont grands. Elle a un copain maintenant. Mais quand je la regarde, elle a toujours six ans. Je me souviens de moi en train de l’accompagner à la danse à Los Angeles. J’aimais bien quand elle se faisait ses petits chignons, parce qu’il y avait toujours des petits cheveux qui dépassaient derrière. Je trouvais ça trop mignon. Elle avait un petit cou qui sentait bon.
Paloma : Et maintenant, ça sent moins bon.
Bob : Maintenant, il y a une espèce de gorille qui renifle son cou tous les jours.
Paloma : Pap’s, arrête !
Bob : Je suis complètement jaloux. C’est insupportable.
Et vous vous dites souvent « je t’aime » ?
Paloma : Oui. Très souvent.
Vous n’avez aucune pudeur là-dessus ?
Paloma : Non, aucune. Chaque famille est différente. Mais personnellement, je trouve ça fou de ne pas exprimer ses sentiments avec les siens. Nous, c’est l’inverse. On se le dit presque trop.
Bob : Elle est née à Marseille. Donc elle est un peu marseillaise sur les bords. Grandes déclarations d’amour, tout ça.

« Fille à papa », oui ; « fille de », c’est plus compliqué
« Fille à papa », c’est un choix. « Fille de », non. Et justement, on va en parler de ce fameux « fille de ».
Bob : Je n’ai jamais été un père qui donne sa carte bleue pour qu’elle aille s’acheter des trucs.
Paloma : Malheureusement ! (rires)
Bob : Elle se débrouille depuis toujours. Je ne l’ai jamais surgâtée. En revanche, on a toujours fait plein de choses ensemble. Avec mes enfants, Raphaël et Paloma, on a développé beaucoup des hobbies artistiques. Ils ont toujours baigné dans la musique. Ce que je trouve génial, c’est qu’ils sont tous les deux partis vers des passions artistiques. Et je suis très fier de ça.
À quel moment as-tu compris que ton père n’était pas tout à fait un papa comme les autres ?
Paloma : Je l’ai compris hyper tard. C’était pendant le confinement, quand je suis rentrée vivre en France. On a longtemps habité aux États-Unis. J’ai grandi en sachant qu’il était artiste, qu’il avait fait de gros tubes, que c’était un performeur extraordinaire. Mais je n’avais pas compris à quel point il était connu. C’est seulement en rentrant en France que j’ai réalisé. Les profs, les surveillants, les élèves me parlaient de mon père tout le temps. Et quand ils savaient qui j’étais, ils changeaient de comportement. (S’adresse à Bob) : C’est là que j’ai compris qu’en fait, t’es quelqu’un ! Tu n’es pas juste un mec aux cheveux longs et aux yeux bleus, qui dort chez moi ! (rires)
C’est une prise de conscience tardive !
Paloma : Oui. Je connaissais sa musique, je savais qu’il avait une belle carrière, qu’on avait une belle maison. Donc je comprenais qu’il avait réussi quelque chose. Mais son influence, son rapport aux autres, je l’ai découvert beaucoup plus tard, vers 16 ou 17 ans. Et avec le temps, j’ai dû apprendre à l’apprivoiser. Mais ça va, c’est cool. Je suis fière de lui.

Tu peux. Avoir Bob Sinclar comme père, si je puisse me permettre, c’est plutôt la classe.
Bob : Ce n’est pas facile d’avoir des enfants quand on est artiste.
Paloma : Et ce n’est pas facile non plus d’être l’enfant d’un artiste.
Justement Bob, en tant que rockstar de la nuit, as-tu pu être un père présent ? Être là pour les anniversaires, les moments importants, le quotidien ?
Bob : Déjà, elle a une maman extraordinaire. J’étais avec elle très jeune (la mère), et au moment où ma carrière a explosé, je lui ai dit qu’elle n’allait plus pouvoir travailler, parce que je voulais avoir mes enfants à disposition. Quand je suis à la maison, je veux qu’ils soient à la maison. On s’est vraiment entendus là-dessus. Évidemment, j’ai raté beaucoup de grandes vacances, parce que juillet-août, c’est la période où je mixe le plus.
Paloma : Après, on avait une vie de fou à côté. Et c’était grâce à ça.

Paloma derrière les platines : un an de DJing, trente ans de carrière en face
Paloma, tu t’es lancée dans le DJing il y a seulement un an, c’est bien ça ?
Paloma : Oui. Et maintenant, je mixe beaucoup. Depuis six mois, je voyage énormément, je pars souvent à l’étranger, je joue deux ou trois fois par semaine. Ça se passe très bien, j’ai de super retours. Quand je suis derrière les platines, j’ai du groove. Les gens dansent, lèvent les mains, ils sont contents. Évidemment, être la « fille de » m’aide à avoir plus de dates. Évidemment, on me rattache souvent à mon père. Il y a des commentaires sous mes photos qui disent que je n’ai pas le talent de mon paternel. Mais il a trente ans de carrière. Moi, j’en ai un. Donc heureusement ! Tu imagines si, au bout d’un an seulement, j’avais déjà plus de talent que lui ? Ça n’aurait aucun sens. J’ai donc plus d’opportunités, mais avec un jugement plus sévère.
Parce qu’on t’attend au tournant.
Bob : Au départ, elle ne voulait même pas apprendre à mixer. Ça a commencé il y a quatre ans, un peu par hasard. J’avais posté une vidéo sur Instagram où l’on mixait ensemble. Rien n’était calculé, je n’avais pas du tout prévu que ça buzze, et la vidéo a fait sept millions de vues. Ensuite, je lui ai proposé de venir au studio. Je savais qu’elle avait la musique en elle. Elle a toujours beaucoup dansé. Son corps n’est que musique.
J’ai insisté. Je lui ai dit : « Au moins, si tu fais une soirée avec tes copines, tu pourras mixer. » C’était l’argument moteur. Je voulais voir ce qu’elle valait, mais aussi comment elle allait apprendre. Et elle a appris à une vitesse dingue.

Retrouvez la suite de l’interview filmée sur luimagazine.fr et @luimagazinefr.
Les crédits de la séance
Talents : Bob Sinclar (@bobsinclar), Paloma Le Friant (@palomalefriant). Conversation : Charlotte Florentin (@chacha_ton). Direction artistique et stylisme : Etienne Jeanson (@jnsn_fashion). Photographie : Jeanne Pieprzownik (@jeannepieprzownik), assistée de Paul Naophell. Co-stylisme : Rhia Kapoor (@rhiakapoor), assistée de Valentina Morelli (@valentinamorellio) et Hakshaya Pravallika Atmala (@hakshvarma). Maquillage : Morgane Hilgers (@morganehilgers). Coiffure : Raynald Croix Bernard (@raynald.croix.bernard). Lieu : Hôtel Molitor, Paris (@molitorparis). Remerciements : Virginia Persol.
Autres lectures autour de la piscine : Molitor prend des airs de Riviera et Le bikini a 80 ans.


