Il y a des robes de mariée qui promettent la blancheur, la sagesse et une certaine idée du romantisme bien peigné, puis il y a celle de Gabriette, qui choisit Matières Fécales, autrement dit le duo canadien Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran, comme d’autres choisiraient un bouquet de lys et une playlist de violons : pour le geste, mais aussi pour la petite secousse nerveuse qu’il inflige au bon goût. Quelques jours avant son mariage avec Matty Healy, chanteur de The 1975, célébré le samedi 18 juillet dans une propriété privée de Los Angeles, le mannequin et musicienne a invité Vogue à son dernier essayage chez Dover Street Market Paris, comme si la dernière répétition avant le grand saut devait absolument passer par un laboratoire d’avant-garde plutôt que par un atelier rassurant où tout sent l’organza docile.
Matières Fécales, la marque parisienne qui bouscule la robe de mariée
Longtemps, Matières Fécales a été ce nom qui agace autant qu’il attire, un petit choc lexical pensé pour rappeler que la mode produit aussi ses déchets, ses excès, ses mirages et ses fantasmes bien emballés. Le duo s’est fait connaître à Montréal, puis sur Instagram, à travers des images radicales : visages blanchis, prothèses, lentilles noires, corps post-humains et chaussures aux allures de pieds nus, tout un théâtre visuel qui relevait autant de la provocation que de la réflexion sur les normes de beauté. On aurait pu croire à une performance de réseau social vouée à l’éphémère ; les voilà pourtant installés à Paris, invités à composer une vraie collection, soutenus par Dover Street Market Paris et son éternel flair pour les objets qui font froncer les sourcils avant de faire tourner les têtes.
Depuis leur première collection officielle présentée à la Fashion Week de Paris en mars 2025, Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran ont troqué le statut de phénomène internet contre celui de créateurs suivis de près par l’industrie. Leur esthétique, d’abord perçue comme post-humaine et un peu inquiétante, s’est muée en silhouettes d’une précision presque couture : tailoring net, robes sculpturales, volumes qui ne s’excusent jamais d’exister. Chez eux, le nom lui-même reste une déclaration de guerre à la joliesse polie : il ne s’agit pas seulement de choquer, mais de poser la question de la valeur, du désir et du luxe à l’heure où la mode aime tant se donner des airs de conscience critique tout en vendant du rêve au centimètre carré.
Gabbriette, une mariée entre romance et radicalité
Si Gabbriette a choisi Matières Fécales pour sa robe de mariée, ce n’est pas par goût du contre-pied gratuit, mais parce qu’elle dit aimer les créateurs qui racontent des histoires à travers la matière. “Leur dernier défilé était une histoire à part entière”, confie-t-elle à Vogue, comme si la robe idéale n’était pas celle qui rend simplement jolie, mais celle qui raconte quelque chose de plus vaste, de plus trouble, de plus vivant. Dans un univers saturé de mariées interchangeables, elle opte pour une maison qui fait de la silhouette un récit, et de l’essayage un petit manifeste. Il y a, dans ce choix, une forme de cohérence presque insolente : prendre une marque née d’une réflexion sur les déchets de l’industrie pour habiller le plus codifié des rituels bourgeois, c’est exactement le genre de pirouette que la mode adore quand elle est suffisamment intelligente pour comprendre qu’un bon mariage commence souvent par une bonne contradiction.
Le fait que l’essayage ait eu lieu chez Dover Street Market Paris n’a rien d’anodin non plus. Ce lieu, pensé comme un prescripteur de l’avant-garde, a servi de rampe de lancement à leur reconnaissance internationale, et continue d’agir comme un sas entre radicalité et désirabilité. Que Gabbriette y choisisse sa robe revient presque à dire que le mariage n’est plus seulement un cérémonial intime, mais aussi un terrain d’expression, un espace où la mariée peut décider si elle veut ressembler à une princesse ou à une héroïne de mode contemporaine ; elle, visiblement, a choisi la seconde option, avec un sens certain de la nuance et une petite pointe d’impertinence bienvenue.
La consécration de Matières Fécales en 2026, portée par Zendaya en robe sculpturale à l’avant-première de L’Odyssée, puis par Sarah Paulson au Met Gala et Lady Gaga parmi les premières adeptes, n’a fait que confirmer une chose : le luxe raffole désormais des univers trop singuliers pour être copiés proprement. Gabriette, en faisant de cette maison son choix nuptial, rejoint cette nouvelle génération de mariées qui veulent moins “une belle robe” qu’un objet de langage, moins un cliché qu’une prise de position. Et, franchement, voir une robe de mariée raconter quelque chose d’aussi ambigu, élégant et légèrement dérangeant dans l’air du temps, voilà qui change agréablement des dentelles trop sages et des traditions sans relief.


