Au Club des Siciliens – un parfum de Trinacrie au cœur de Saint-Germain

Au Club des Siciliens, dans le quartier Saint-Germain, on entre d’abord par la façade noire, théâtrale, presque clandestine, avant de découvrir une salle étroite, chaleureuse, très parisienne dans son format, mais sicilienne dans l’intention : murs de pierre, banquettes rayées, nappes blanches, lustres dorés, damier au sol et cette impression d’être dans un club privé où la Méditerranée aurait pris ses quartiers.

Par Ulysse Flowen

Salle du 1er étage, plus intimiste

À table, la carte joue moins la démonstration que l’évocation : agrumes, câpres, olives, poutargue, tomates, menthe, langoustines, piment. Une cuisine solaire, mais pas naïve ; généreuse, mais tenue. Serait-ce une des raisons pour lesquelles des ministres (comme Sébastien Lecornu) ou grands noms de la politique adorent y dîner au premier étage ?

Cuore di carciofo alla Giudea con Bottarga

Le plat annonce la couleur : cœurs d’artichauts poivrade parfumés à la poutargue de mulet sauvage, ces œufs délicatement salés puis séchés qui ont le goût puissant des côtes méditerranéennes. Visuellement, l’assiette joue sur le contraste : l’artichaut, doré, légèrement croustillant sur les bords, se couvre de cette poudre orangée qui réveille tout.

L’artichaut apporte d’abord le fond végétal, presque noisetté, avec cette légère amertume élégante qui évite au plat de tomber dans la rondeur facile. Sa texture est essentielle : le cœur reste tendre, tandis que les feuilles rôties ou frites donnent ce côté craquant, presque chips. La poutargue arrive ensuite comme une vague saline. Elle ne se contente pas d’assaisonner : elle apporte de la profondeur avec ce goût marin nuancé. C’est le genre d’accord où l’on comprend immédiatement l’intérêt de chaque élément : le végétal calme le sel, le sel électrise le végétal.

Paccheri al tonno all’Eoliana

Les paccheri al tonno all’Eoliana sont de grosses pâtes napolitaines en forme de tube, servies avec du thon frais, des tomates cerises de Sicile, des petites olives, des câpres, du piment et de la menthe. C’est une assiette qui paraît simple, mais qui fonctionne précisément parce que tout y joue un rôle.

Les paccheri sont parfaits pour ce type de sauce : leur format large, charnu, retient le jus, accueille les morceaux de thon et donne une vraie mâche. Le thon frais apporte la densité, une matière presque carnée, plus délicate qu’une viande mais plus ferme qu’un poisson blanc. Les tomates cerises amènent l’acidité douce, le côté solaire, juteux, qui lie l’ensemble sans l’alourdir. Les olives ajoutent une amertume salée, les câpres une percussion vive, vinaigrée, qui vient réveiller la sauce à chaque bouchée. Le piment, lui, reste en arrière-plan : il ne brûle pas, il relance. Et la menthe fait tout basculer. Elle apporte une fraîcheur inattendue, presque aérienne, qui empêche le plat de devenir trop rond, trop chaud, trop méditerranéen au premier degré.

C’est une assiette très sicilienne dans son équilibre : le gras, le sel, l’acide, le végétal, le piquant. Chaque bouchée a sa variation. Une fois la tomate domine, une autre fois la câpre reprend le-dessus, puis la menthe enveloppe tout. Rien ne dort.

Spaghettis aux langoustines avec bisque de langoustines

Ici, on passe sur un registre plus enveloppant : spaghettis aux langoustines avec bisque de langoustines. L’assiette est plus gourmande, plus immédiate, presque plus spectaculaire. La sauce orangée nappe les pâtes, les langoustines se posent au-dessus, les tomates rouges et les herbes viennent donner du relief.

La langoustine apporte évidemment le cœur du plat : une douceur iodée, légèrement sucrée, plus fine que la crevette, plus élégante aussi. Mais le vrai moteur, c’est la bisque. Elle donne cette puissance de crustacé, cette profondeur presque rôtie, avec une texture nappante qui accroche les spaghetti. Les pâtes longues servent ici de fil conducteur : elles attrapent la sauce, l’étirent, prolongent le goût. Les tomates cerises, encore une fois, ne sont pas décoratives : elles percent la richesse de la bisque avec une acidité fruitée. Les herbes ajoutent une fraîcheur verte, indispensable pour éviter que l’ensemble ne devienne trop crémeux ou trop marin.

Le plat fonctionne comme une montée en intensité : d’abord le gras noble de la bisque, puis la douceur de la langoustine, puis l’acidité de la tomate, puis l’herbe qui remet tout en ordre. C’est plus opulent que les paccheri, moins nerveux, mais très réconfortant.

Tiramisu classico

Le tiramisu classico arrive dans une version très graphique : un carré net, crème pâle, cacao abondant, fleur jaune en touche finale. La présentation est plus soignée que le tiramisu de trattoria familiale, mais l’idée reste la même : il faut du moelleux, du café, de la crème, du cacao, et cette sensation de dessert qui console sans s’effondrer.

La crème apporte la douceur principale, cette texture dense mais souple, presque nuageuse, qui enveloppe le palais. Le biscuit ou la base imbibée donne le soutien : sans elle, le dessert serait seulement crémeux ; avec elle, il gagne une vraie structure. Le café apporte l’amertume, la profondeur, le côté adulte. Le cacao, saupoudré largement, ajoute une sécheresse aromatique qui équilibre la crème. Il vient casser le sucre, assombrir le dessert, lui donner de la tenue. Quant à la petite fleur, elle n’est pas indispensable au goût, mais elle apporte une touche visuelle charmante, presque rétro, qui allège l’ensemble.

Panna cotta alla vaniglia

La panna cotta alla vaniglia joue une autre partition. Plus douce, plus lumineuse, plus décorative aussi, avec son disque crémeux posé au centre d’une assiette éclaboussée de coulis rouge, comme une peinture abstraite. Sur le dessus, de fines graines ou poudres noires, et une fleur violette qui donne immédiatement du relief.

La panna cotta apporte la rondeur lactée, la fraîcheur froide, cette texture tremblante mais maîtrisée qui fait tout le charme du dessert. La vanille agit en profondeur : elle parfume sans agresser, elle donne du moelleux aromatique, une sensation presque régressive. Le coulis rouge aux fruits rouge apporte le fruit, l’éclat. Sans lui, la panna cotta serait douce, peut-être trop sage ; avec lui, elle gagne du contraste et de la tension. Les petites graines ou poussières sur le dessus ajoutent un léger relief, une pointe visuelle et texturale. La fleur, elle, fait le lien entre élégance et gourmandise.

C’est le dessert le plus délicat des deux : moins dense que le tiramisu, plus frais, plus féminin dans son dressage. Le rouge du coulis donne le mouvement, la crème donne le calme.

Une adresse qui ne cherche pas seulement à servir italien, mais à raconter une Sicile de table : chaleureuse, iodée, un peu théâtrale, et très bien installée au cœur de Saint-Germain où Marco est son équipe vous attendent avec sourire et plaisirs du Soleil !

Au Club des Siciliens
18 Rue du Dragon, 75006 Paris
6 18 83 36 66
https://www.instagram.com/auclubdessiciliens/
Ouvert tous les jours de 12h15 à 14h30 puis de 19h30 à 23h

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