Bretagne Sud : 3 escales pour découvrir une Bretagne plurielle 

Entre ports de course au large, îles battues par les vents et demeures historiques ouvertes sur les rias bretonnes, Lorient Bretagne Sud dévoile un visage bien différent des clichés. Ici, le territoire se découvre par petites touches : une voile recyclée devenue sac iconique, une plage de sable blanc aux airs de lagon, un château d’armateur transformé en hôtel cinq étoiles. Trois étapes, trois atmosphères, une même invitation à prendre le temps. 

Par Ulysse Flowen

LORIENT, LA MER COMME ADN 

Une ville tournée vers le large 

Longtemps associée à son arsenal et à son activité portuaire, Lorient s’est réinventée sans renier son identité maritime. Son grand atout ? Une situation géographique remarquable qui permet en quelques minutes de rejoindre le littoral, les vallées de l’arrière-pays ou les îles du Morbihan. 

La ville constitue aujourd’hui la porte d’entrée idéale pour explorer la Bretagne Sud. À pied, le GR34 – le célèbre sentier des douaniers qui longe plus de 2 000 kilomètres de côtes bretonnes – offre déjà un avant-goût de cette diversité de paysages. 

La Base, symbole d’une reconversion réussie 

C’est à Lorient La Base que cette transformation apparaît le plus clairement. Ancienne base de sous-marins de la Seconde Guerre mondiale, le site est devenu l’un des hauts lieux de la course au large. 

Dans les immenses hangars réhabilités se préparent désormais les géants des mers. Les trimarans de Sodebo, Banque Populaire ou Gitana y côtoient ateliers, entreprises innovantes et lieux culturels. Une reconversion spectaculaire qui raconte à elle seule l’évolution de la ville. 

727 Sailbags, la seconde vie des voiles 

Parmi les success stories locales figure 727 Sailbags. Fondée en 2005, l’entreprise est née d’une idée simple : transformer les voiles de bateaux en objets du quotidien. 

Aujourd’hui, près de 60 % de son activité est consacrée à la maroquinerie, complétée par la décoration et le prêt-à-porter. Chaque pièce conserve les marques de son ancienne vie en mer, faisant de chaque création un objet unique. 

Comprendre la course au large 

À quelques pas, la Cité de la Voile Éric Tabarly prolonge naturellement la visite. Ouvert en 2008 alors que La Base était encore en pleine mutation, cet espace immersif permet de comprendre ce qui fait la fascination de la navigation hauturière. 

Simulateurs, témoignages et innovations technologiques racontent l’univers des marins qui partent défier les océans pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. 

Où se poser : Les Rives du Ter 

Posé au bord de l’étang du Ter, dans un environnement étonnamment paisible à quelques minutes à pied du centre-ville et de la Base, l’hôtel Les Rives du Ter offre un premier contact tout en douceur avec la destination. Les grandes baies vitrées ouvrent sur l’eau et la végétation, expériences amplifiée avec son espace bien-être et sa piscine chauffée toute l’année. Les joueurs du FC Lorient viennent même ici pour s’y ressourcer entre entrainement et match.

À table : Erin, la belle surprise de Larmor-Plage 

Au sein de l’hôtel Les Mouettes, le restaurant Erin affirme une identité bistronomique singulière, portée par une cuisine bretonne contemporaine ouverte sur d’autres horizons, comme ce Viou, un œuf parfait associé à un kimchi maison, jouant avec brio sur le contraste entre douceur et tension aromatique. Plus loin, les noix de Saint-Jacques aux agrumes illustrent une autre facette de la cuisine de la maison : finesse, fraîcheur et équilibre. Tout au long du repas, les influences asiatiques viennent subtilement enrichir le propos sans jamais masquer le terroir breton.  

GROIX, L’ÎLE QUI PREND SON TEMPS 

Une traversée vers un autre rythme 

Quarante-cinq minutes de bateau suffisent pour changer d’univers. Au départ de Lorient, l’île de Groix apparaît progressivement à l’horizon, posée sur l’Atlantique comme un morceau de Bretagne préservé. Dès l’arrivée, le rythme ralentit. Ici, les voitures se font discrètes et le vélo devient le meilleur moyen de découvrir les paysages. 

Au fil des kilomètres, Groix dévoile ses falaises battues par les vents, ses criques sauvages et ses villages aux maisons blanches. L’île possède surtout un trésor rare en Europe : la plage des Grands Sables, seule plage convexe du continent, dont le croissant de sable blanc semble se déplacer au gré des courants. Par beau temps, les nuances turquoise de l’eau évoquent parfois des rivages bien plus méridionaux. 

Une île d’artisans et de gourmands 

Au-delà de ses paysages, Groix se découvre aussi à travers celles et ceux qui la font vivre toute l’année. Derrière les façades discrètes du bourg ou dans les ateliers disséminés sur l’île, des artisans perpétuent des savoir-faire étroitement liés à la mer. 

Chez Groix & Nature, la production reste fidèle à une philosophie simple : travailler exclusivement des produits locaux. L’entreprise s’est fait connaître grâce à ses rillettes de poissons et de fruits de mer, devenues emblématiques de l’île. Plus originales encore, les recettes de pâté des thoniers ou l’huile de homard témoignent d’une volonté constante de valoriser les ressources maritimes du territoire. 

Quelques kilomètres plus loin, Les Fumaisons de Groix perpétuent un art plus rare. Dans les fumoirs parfumés au bois de hêtre, saumons, thons et dorades développent des saveurs délicates. L’adresse est également connue pour ses créations plus confidentielles, comme une remarquable poutargue de lieu jaune que l’on retrouve aujourd’hui sur les étals de nombreuses épiceries fines françaises. 

Autre spécialité devenue incontournable : les Caramels de Groix. Fondée en 2010, la maison revisite avec gourmandise ce grand classique breton dans des recettes où le beurre salé dialogue avec des parfums plus contemporains. 

Le Bao, l’esprit de l’île dans l’assiette 

À l’heure du dîner, le Bistrot Bao confirme que Groix n’est plus seulement une destination de nature. La jeune adresse du chef Maxime Quilici propose une cuisine inspirée, où les produits de la pêche locale rencontrent des influences venues d’ailleurs. 

Dans un cadre chaleureux, l’île se raconte autrement : à travers les poissons débarqués le matin même, les légumes de saison et des assiettes qui savent rester simples sans jamais manquer de personnalité. Une cuisine sincère, à l’image de Groix. 

Dormir face à l’océan 

Pour prolonger l’expérience insulaire, Le Ty Mad offre l’un des plus beaux points de vue de l’île. L’hôtel regarde l’océan sans ostentation, laissant la nature tenir le premier rôle. Les chambres, décorées dans un esprit contemporain inspiré du littoral breton, invitent à ralentir encore un peu davantage. 

Depuis la terrasse, le regard se perd entre ciel et mer tandis que le soleil décline sur l’Atlantique. Un spectacle quotidien dont les habitants ne semblent jamais se lasser. 

Le plus beau retour possible 

Il existe pourtant une manière encore plus belle de quitter Groix : prendre la mer. En fin de journée, l’embarquement à bord du catamaran Bag Hatoup transforme le trajet retour en véritable expérience. 

Porté par le vent, le bateau longe les côtes de l’île pendant que les falaises s’éloignent lentement. Le soleil descend sur la rade de Lorient, les voiles se tendent et le silence s’installe progressivement. Une sortie qui résume parfaitement l’esprit de Groix : authentique, simple et profondément maritime. 

LOCGUÉNOLÉ, L’ÉLÉGANCE RETROUVÉE 

Une renaissance exemplaire 

Après l’énergie maritime de Lorient et la parenthèse insulaire de Groix, le Domaine de Locguénolé marque un changement de décor. Au détour d’une route bordée d’arbres, le château apparaît, dominant paisiblement les rives du Blavet dans un écrin de verdure préservé. 

Adresse emblématique de la région, membre des Relais & Châteaux depuis 1970, le domaine a connu une spectaculaire renaissance après trois années de travaux. Fermé pour une rénovation d’envergure, il a rouvert ses portes en décembre 2023 avant d’obtenir sa cinquième étoile à l’été 2025. 

L’histoire d’un armateur revenu des Indes 

Le charme du domaine tient aussi à son histoire. Le château fut autrefois la demeure d’un armateur enrichi grâce au commerce maritime. À son retour de la route des Indes,, il rapporta dans ses bagages meubles, objets et inspirations qui marquent encore aujourd’hui l’identité des lieux. 

Cette influence orientale affleure discrètement dans certains détails décoratifs, dans les volumes ou dans l’atmosphère générale du château. Un héritage qui rappelle combien la Bretagne fut longtemps tournée vers le grand large et les voyages lointains. 

Depuis les salons ou les terrasses, le regard plonge vers le Blavet dont les eaux paisibles serpentent au milieu des arbres centenaires. Une vue qui contribue largement à la sensation de déconnexion qui s’installe dès l’arrivée. 

47 chambres, trois façons de vivre le domaine 

Avec ses 47 chambres et suites réparties entre le château historique, le manoir, l’ancien club hippique et plusieurs résidences indépendantes, Locguénolé offre plusieurs façons de vivre l’expérience. 

La décoration joue avec subtilité sur l’histoire des lieux. Le patrimoine architectural dialogue avec un mobilier contemporain, des matières nobles et une palette de couleurs inspirée de la nature environnante. Chaque bâtiment possède sa propre personnalité tout en conservant une cohérence d’ensemble. 

L’Inattendu, une nouvelle ambition gastronomique 

Cette renaissance s’accompagne d’une véritable ambition culinaire. Pour accueillir son restaurant gastronomique, le domaine a fait construire une élégante verrière accolée au château, conçue dans le respect du style originel de la demeure datant de 1810. 

Baptisée L’Inattendu, cette nouvelle table ouvre largement sur le parc et la rivière. La cuisine y célèbre les produits bretons avec précision et modernité, dans un cadre où patrimoine et architecture contemporaine dialoguent avec naturel. 

Une approche cohérente avec l’ensemble du projet : préserver l’existant tout en l’inscrivant résolument dans son époque. 

Le Spa Macha, dans les anciens box des chevaux 

Parmi les réussites les plus originales de la rénovation figure sans doute le Spa Macha

Son nom fait référence à la déesse celte protectrice des chevaux, un clin d’œil à l’histoire équestre du domaine. Les architectes ont choisi d’installer les cabines de soins dans les anciens box du haras, transformant ces espaces en refuges de bien-être particulièrement singuliers. 

Pierres naturelles, bois chaleureux et lumière douce composent un univers apaisant où l’histoire des lieux demeure perceptible sans jamais être pesante. 

Poul-Fetan, un voyage dans la Bretagne du XIXe siècle 

À quelques kilomètres du domaine, une dernière découverte permet de compléter cette immersion bretonne : le village de Poul-Fetan. 

Entièrement restauré et reconstitué tel qu’il pouvait apparaître au XIXe siècle, ce hameau offre une plongée fascinante dans la vie rurale bretonne d’autrefois. Maisons en pierre, outils agricoles, animaux de ferme et démonstrations de savoir-faire traditionnels permettent de comprendre le quotidien d’une époque où le rythme des saisons dictait encore celui des hommes. 

Une visite qui éclaire autrement les paysages traversés durant ce voyage. 

Une certaine idée de la Bretagne 

Entre la modernité maritime de Lorient, l’authenticité insulaire de Groix et l’élégance retrouvée de Locguénolé, la Bretagne Sud dévoile une étonnante diversité de visages. 

Loin des clichés, elle se raconte à travers ses artisans, ses marins, ses hôteliers et ses chefs. Une destination où l’on passe d’un chantier de course au large à une plage de sable blanc, d’un fumoir artisanal à un château d’armateur, sans jamais perdre le fil conducteur : celui d’un territoire profondément attaché à son identité, mais résolument tourné vers l’avenir. 

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