Le 54ème festival de Deauville s’offre un jury quatre étoiles

Il y a des festivals qui misent tout sur la sélection, d’autres sur les tapis rouges, et puis il y a Deauville, qui sait depuis longtemps que l’élégance d’un jury peut parfois faire plus de bruit que la meilleure des programmations. Pour cette 52e édition du Festival du cinéma américain, qui se tiendra du 4 au 13 septembre 2026, la station balnéaire normande a donc décidé de ne pas faire dans la demi-mesure : Roschdy Zem à la présidence du jury principal, Lio à la tête du jury Révélation, et autour d’eux, une constellation de noms qui donnent à l’ensemble une allure de distribution de film d’auteur avec un budget de casting illimité.

Le jury de la compétition officielle, chargé de départager les 13 longs métrages en lice, réunit ainsi Roschdy Zem, Simon Abkarian, Camille Chamoux, Cécile de France, Euzhan Palcy, Raphaël Personnaz, Lola Quivoron, Mohamed Mbougar Sarr et Laura Smet. De l’acteur au César, de la metteuse en scène historique, de l’écrivain primé, de la comédienne-réalisatrice et de quelques-uns des visages les plus respectés du cinéma français contemporain : un mélange de générations, de disciplines et de parcours qui donne au jury une épaisseur rare, entre légitimité artistique et diversité des regards.

Quant au jury Révélation, destiné à distinguer les premiers films et les cinéastes de demain, il est présidé par Lio, icône féministe, chanteuse et actrice, entourée de Noée Abita, Marion Barbeau, Manon Clavel et Sayyid El Alami. Une équipe plus jeune, issue de la nouvelle génération, mais déjà bien identifiée sur la scène française, avec des nominations aux César, des passages remarqués dans des séries et des rôles qui ont marqué les esprits.

Festival de Deauville 2026 : Roschdy Zem et Lio à la tête des jurys

Roschdy Zem n’est pas un choix anodin. À 60 ans, l’acteur et réalisateur cumule les distinctions : prix d’interprétation masculine à Cannes pour Indigènes, César du meilleur acteur pour Roubaix, une lumière, une filmographie qui avoisine les 100 films et des collaborations avec la plupart des cinéastes français majeurs des trente dernières années. Succédant à Golshifteh Farahani, qui présidait le jury en 2025, il arrive à Deauville avec une autorité naturelle, celle d’un homme qui a tout vu, ou presque, et qui n’a plus besoin de prouver sa légitimité.

Son jury mêle des figures établies et des talents plus récents. Simon Abkarian, comédien, dramaturge et metteur en scène, apporte une dimension théâtrale et une présence scénique incontestable. Cécile de France, l’une des actrices les plus populaires du cinéma francophone, ajoute une notoriété internationale et une capacité à traverser les genres. Euzhan Palcy, réalisatrice, scénariste et productrice, figure historique du cinéma français, offre une perspective à la fois militante et artistique, avec un parcours qui a ouvert des portes pour toute une génération.

Du côté des profils plus jeunes, Camille Chamoux, comédienne, autrice et scénariste, représente une voix contemporaine, entre humour et écriture, tandis que Laura Smet, actrice, réalisatrice et scénariste, incarne une nouvelle génération de cinéastes qui ne se contentent pas de jouer, mais construisent aussi leurs propres récits. Raphaël Personnaz, comédien au jeu subtil et exigeant, complète ce tableau avec une présence discrète mais puissante. Enfin, Mohamed Mbougar Sarr, écrivain, apporte une dimension littéraire et une réflexion sur les récits, les identités et les représentations.

Lio, de son côté, préside le jury Révélation avec une autorité qui ne doit rien à la nostalgie. Chanteuse, actrice, icône féministe, elle a traversé les décennies en refusant de se laisser enfermer dans un rôle ou une image. Sa présence à la tête de ce jury est un signal fort : celui d’un festival qui veut regarder l’avenir avec des yeux libres, capables de repérer les talents émergents sans se laisser aveugler par les modes ou les effets de manche.

Jury compétition Deauville : 13 films et une sélection éclectique

La compétition officielle de cette 52e édition compte 13 longs métrages, sélectionnés pour leur diversité de genres et d’approches. On y trouve de l’animation, du western, de la comédie, du coming-of-age movie, et des premières œuvres qui promettent de surprendre. Parmi les titres annoncés figurent A Prayer for the Dying de Dara Van Dusen, Company de Casey Affleck, Everybody Digs Bill Evans de Grant Gee, Queen at Sea de Lance Hammer, ou encore The Liberation of Rita Cooper de Guy Nattiv.

La sélection, présentée par Aude Hesbert, directrice du festival, est décrite comme une compétition “aux enjeux artistiques et éthiques ambitieux, flirtant avec l’amour et la mort, la cruauté et la tendresse”. Une formulation qui en dit long sur l’orientation de cette édition : moins tournée vers le blockbuster que vers le cinéma indépendant, moins préoccupée par les chiffres que par les voix singulières.

Le palmarès sera dévoilé le 12 septembre, à la veille de la clôture du festival, lors d’une cérémonie qui promet de mettre en lumière ces 13 films et les talents qui les portent. Entre-temps, les jurés auront visionné, débattu, pesé, parfois hésité, avec cette responsabilité particulière de devoir trancher dans un paysage cinématographique de plus en plus fragmenté, où les frontières entre indépendance et industrie, entre auteur et genre, sont de plus en plus poreuses.

Le jury Révélation, lui, aura pour mission de distinguer les premiers films, ceux qui ne demandent qu’à être vus, soutenus, accompagnés. Avec Lio à sa tête et une équipe de jeunes artistes déjà identifiés, il s’agit moins de récompenser une performance que de signaler une promesse, de dire : celui-là, celle-là, il faut les regarder.

Deauville, avec ses deux jurys, ses 13 films en compétition et ses invités d’honneur comme Ethan Hawke, honoré d’un Deauville Talent Award, se positionne donc comme un festival de la rentrée, un lieu où l’on vient découvrir ce qui se fera l’année prochaine, où l’on croise des cinéastes, des acteurs, des écrivains et des spectateurs qui cherchent autre chose que du divertissement immédiat.

Et si l’on cherche une morale à cette histoire, on ne la trouvera pas dans les noms des jurés, ni dans la liste des films, ni dans les prix qui seront remis, mais dans cette idée qu’un festival peut encore faire le choix de la diversité, de la légitimité artistique et de la transmission, sans avoir besoin de transformer chaque projection en événement mondial. Le 52ème festival de Deauville s’offre un jury quatre étoiles, mais il s’offre surtout une manière de regarder le cinéma : avec exigence, avec curiosité, et avec cette conviction que les meilleures histoires sont souvent celles que l’on n’attend pas.

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