Heure d’hiver 2026 : éloge de la grasse matinée, ou l’art de rester couché

Ce dimanche 25 octobre 2026, la France passe à l’heure d’hiver et vous offre soixante minutes de lit supplémentaires. Ne les gaspillez pas en gymnastique ni en bonnes résolutions. La grasse matinée est un art de vivre, une résistance douce, et Marcel Proust en fut, à sa manière, le plus illustre praticien.

L’essentiel

  • Le passage à l’heure d’hiver a lieu dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026 : à 3 heures du matin, les horloges affichent 2 heures, selon Service-Public.
  • Marcel Proust, installé le 27 décembre 1906 au 102 boulevard Haussmann, à Paris, écrivait toujours de nuit, dans son lit, selon la Ville de Paris.
  • Paul Lafargue a publié « Le Droit à la paresse », pamphlet qui réfute le « droit au travail » proclamé en 1848 et plaide pour la réduction du temps de travail.

Une heure de plus sous la couette, mode d’emploi officiel

Samedi soir, le geste est aussi simple qu’une promesse : on ne fait rien. Selon Service-Public, le changement d’heure se fait « dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026 » : à 3 heures du matin, il est 2 heures. La règle européenne veut que le dernier dimanche d’octobre soit celui du recul, et cette année il tombe le 25.

Le calendrier vous fait donc un cadeau rare. Pendant que le monde discute de pendules, vous disposez d’une heure que personne n’a planifiée, qui ne figure sur aucun agenda partagé et qu’aucune notification ne réclame. On peut la passer à dormir. On peut aussi la passer à ne pas dormir, ce qui est une forme supérieure de luxe.

Proust, ou la littérature à l’horizontale

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure » : la première phrase de À la recherche du temps perdu est une ode au lit avant d’être l’amorce d’un roman. Son auteur en a fait un bureau. Selon la Ville de Paris, Marcel Proust « écrit toujours de nuit, dans son lit », au deuxième étage du 102 boulevard Haussmann, où il s’installe le 27 décembre 1906 et où il restera jusqu’à sa mort en 1922.

Sa chambre était tapissée de liège pour étouffer les bruits du boulevard, comme le rappelle une autre page de la Ville de Paris, qui note aussi qu’il avait pris l’habitude de dormir le jour et d’écrire la nuit. Sa matinée à lui commençait donc quand la nôtre s’achève. La grasse matinée n’est pas toujours une paresse : parfois, c’est une méthode.

Reconstitution de la chambre de Marcel Proust au musée Carnavalet, Paris : lit en laiton, paravent doré et satin bleu
La chambre de Marcel Proust reconstituée au musée Carnavalet, à Paris : un lit de laiton et un paravent laqué où la littérature se pensait à l’horizontale. © Adoc, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

L’oisiveté, vice supposé, vertu retrouvée

Il faut du courage pour revendiquer la paresse dans une société qui célèbre le réveil à cinq heures et le jus vert. Le polémiste Paul Lafargue l’avait compris : son pamphlet Le Droit à la paresse, publié à Paris en 1883 et disponible sur Project Gutenberg, s’attaque au « droit au travail » de 1848 et défend le repos comme condition de l’épanouissement. Il y propose de limiter la journée de travail à trois heures.

On peut sourire de l’utopie, pas de l’intuition. Un homme qui ne s’arrête jamais ne regarde plus rien, et ne sent plus grand-chose. La paresse, bien conduite, ressemble à une attention : celle qu’on porte à la lumière qui avance sur le plafond, au bruit de la rue qui s’éveille sans vous, à la peau d’un autre encore tiède.

Les règles d’une grasse matinée réussie

Il y a des principes. D’abord, le téléphone reste loin du lit, en exil dans la cuisine, avec les e-mails et les remords. Ensuite, on ne se justifie pas : celui qui s’excuse d’avoir dormi tard a déjà perdu la bataille. Enfin, on soigne la mise en scène, car la paresse, comme le dandysme, est une affaire de détails : draps frais, café qui arrive sur un plateau, un livre qu’on n’a aucune intention de finir.

La littérature a toujours aimé ces lieux clos où l’on pense mieux. Victor Hugo à Guernesey écrivait face à la mer, d’autres préfèrent un matelas, et tous cherchent la même chose : un espace où personne ne vous demande rien. Même Michel Houellebecq, dans nos pages, a eu le temps de dérouler sa pensée. L’oisiveté fertile, celle qui rêve, hésite et se trompe, paraît une manière très humaine de résister.

Vue du dessus d'une femme assise sur un lit aux draps brodés, tasse de café posée sur un vieux livre ouvert
Café, vieux livre et draps clairs : le programme d’un dimanche où l’on ne se justifie pas. © Nenad Stojkovic, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Le droit de ne pas se lever

Reculer l’horloge d’une heure ne change rien au monde, sauf à ceux qui s’en servent pour se reposer. Dimanche, rendez-vous avec soi-même : volets mi-clos, drap remonté, conscience tranquille. Le travail attendra lundi, comme il attend toujours, avec cette patience des choses qui n’ont pas d’idées.

FAQ

Quand a lieu le passage à l’heure d’hiver en 2026 ?

Le passage à l’heure d’hiver a lieu dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026. Selon Service-Public, à 3 heures du matin, les horloges affichent 2 heures. Il faut donc reculer sa montre d’une heure, selon une règle européenne qui fixe le changement au dernier dimanche d’octobre.

Marcel Proust écrivait-il vraiment dans son lit ?

Oui. Selon la Ville de Paris, Marcel Proust écrivait toujours de nuit, dans son lit, au 102 boulevard Haussmann, où il s’installe en décembre 1906. Sa chambre était tapissée de liège pour atténuer les bruits du boulevard. Il avait pris l’habitude de dormir le jour et d’écrire la nuit.

Que défend « Le Droit à la paresse » de Paul Lafargue ?

Publié à Paris en 1883, ce pamphlet de Paul Lafargue s’oppose au « droit au travail » proclamé en 1848. Il défend le loisir comme condition de l’épanouissement humain et propose une journée de travail limitée à trois heures. Il est consultable gratuitement sur Project Gutenberg.

Partager cet article

Facebook
Twitter
Pinterest

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *