Robert Bourgi, avocat de 80 ans et ancien « Monsieur Afrique » officieux de Jacques Chirac, revient pour LUI sur un demi-siècle de Françafrique : son enfance à Dakar, les valises de billets pour le RPR, Omar Bongo, ses brouilles avec Dominique de Villepin, Charles Pasqua et François Fillon, jusqu’aux statuettes révélées par Complément d’enquête.
L’essentiel
- Selon Complément d’enquête (France 2), Dominique de Villepin a reçu de Robert Bourgi deux statuettes de Napoléon achetées 75 000 et 50 000 euros, soit 125 000 euros.
- Robert Bourgi, né à Dakar, a été le « Monsieur Afrique » officieux de Jacques Chirac jusqu’en 2005, avant de rallier Nicolas Sarkozy, qui lui a remis la Légion d’honneur en 2007.
- Ses mémoires, Ils savent que je sais tout, sont parus chez Max Milo (24,90 euros) ; l’entretien est signé Rei Angjeli.
Présidentielle 2027 : Comme Fillon, Villepin piégé par les cadeaux empoisonnés de Robert Bourgi. Début mai : « Complément d’enquête » révèle que Dominique de Villepin a reçu pour 125.000 euros de statuettes de Robert Bourgi, déjà au cœur du scandale des costumes de François Fillon. Figure de la Françafrique, Robert Bourgi affirme avoir fait parvenir à Dominique de Villepin deux statuettes de Napoléon, l’une offerte en 2002 par Blaise Compaoré, alors président du Burkina Faso, l’autre par l’homme d’affaires italien Gian Angelo Perrucci. Elles ont été achetées pour respectivement 75.000 euros et 50.000 euros par ces deux hommes, selon des factures publiées par l’émission de France 2 récemment diffusée. Décidément, Robert le fidèle n’aime pas qu’on salisse ses amis. Alors pour se venger des vilains, il leur fait de beaux cadeaux… empoisonnés ! Première raison pour rencontrer le si généreux Bob qui ne jette jamais l’éponge.
Mais avant reconceptualisons. Jacques Foccart, le père de la Françafrique, avait prévenu son protégé : « Reste dans l’ombre, sinon tu finiras par attraper un coup de soleil . » Mais Robert Bourgi n’a jamais été du genre à écouter les conseils. Avocat de 80 ans, d’origine libanaise et né à Dakar, Bourgi a été le très discret « Monsieur Afrique » officieux de Chirac à l’Élysée jusqu’en 2005. Puis, virage à 180° : il rallie Nicolas Sarkozy, qui ira jusqu’à lui remettre personnellement la Légion d’honneur en 2007. Sur le continent africain, il tisse des liens privilégiés avec des figures incontournables comme Omar Bongo, son fils Ali au Gabon, Denis Sassou-Nguesso au Congo ou encore Abdoulaye Wade au Sénégal. En 2009, il expliquait son rôle en toute simplicité : « Je travaille pour les présidents africains et pour le président français. Je ne suis pas un conseiller, plutôt un missi dominici . » Une sorte d’envoyé spécial de l’ombre, parfaitement à l’aise entre les palais présidentiels d’Afrique et les bureaux feutrés de Paris. Dans les deux cas, une seule règle : L’Afrique c’est chic. Variante : Le fric, c’est chic ! Seconde raison donc de rencontrer Captain Bob. On, action.
Une enfance à Dakar, entre communauté libanaise et politique
Avant même de rêver à un destin politique, vous baignez dedans grâce à votre père. Il appartient à cette génération de libanais concernés par la première vague migratoire, au début du XXème siècle. En 1923, il décide de faire escale à Dakar. Conquis par une communauté libanaise influente, il décide d’y rester pour y faire du commerce. Les Bourgi représentent rapidement une riche famille du Sénégal. Grâce aux relations établies par votre père, vous côtoyez dès votre plus jeune âge des personnalités éminentes comme les députés locaux Lamine Gueye et Galandou Diouf, puis les plus grands hommes politiques français. Finalement, votre destin est rapidement lié à la politique…
Je m’en suis rendu compte vers mes 10 ans. Je me souviens encore des événements que j’ai vécus, des visages qui venaient à la maison. Je comprenais déjà, à ma manière. Ces personnes qui fréquentent notre maison n’étaient pas comme les autres. Elles appartenaient à un autre univers. J’étais curieux, alors je posais des questions à ma mère. Mon père, lui, était un homme de son époque, empreint d’une autre éducation, d’un autre siècle. Il ne parlait pas beaucoup. Ma mère, en revanche, prenait le temps de nous expliquer, avec des mots que nous pouvions comprendre.
Elle parlait très bien français, alors que mon père privilégie l’arabe. Ses récits m’ont marqué. Cela m’a permis de réfléchir. J’étais fasciné par cet homme qu’était mon père. Les conversations qui se tenaient chez nous me fascinaient. Avec le temps, j’ai compris. Avec mon frère Albert, il nous envoyait chercher un certain « Foccart » à l’Hôtel du Globe. Il fallait le demander à la réception. Jacques Foccart est le « Monsieur Afrique » du Général De Gaulle, puis de Pompidou. C’était quelqu’un ! Comment vous expliquer cela autrement ? Dès mon plus jeune âge, je savais qu’il se passait quelque chose d’important. Très vite, nous, les enfants, étions mis à la porte lorsqu’ils parlaient affaires. En grandissant, nous avons compris l’importance de ces rencontres. Quand on lit les mémoires de Foccart, il raconte comment, lors d’un retour d’Afrique, il rend compte à Pompidou : « J’ai vu Bourgi. » Et lorsqu’on dit cela au président, c’est que le président connaît Bourgi. Un jour, mon père nous a dit, à Albert et moi : « Accompagnez-moi, je vais voir un monsieur. » Nous savions de qui il s’agissait. Nous sommes allés au meilleur hôtel de Dakar, La Croix du Sud. Là, un directeur nous a accueillis. J’ai entendu son nom : monsieur Perasse. Ces détails restent gravés dans ma mémoire. À l’époque, je n’aurais pas utilisé le mot « suite » pour décrire la chambre où nous étions, mais c’en était une. Une très luxueuse. Mon père nous a dit : « Venez, monsieur Pompidou vous attend. » J’ai serré la main de Georges Pompidou à l’âge de 10 ans.
Depuis, les liens ont perduré…
La raison est simple : mon père était,puissant au sein de la communauté libanaise. Il était au courant de tout et informé de toutes les rumeurs. Il avait fait venir beaucoup de libanais et de dignitaires du Sud-Liban qui lui étaient, en quelque sorte, redevables. À partir de 1947, ses contacts dans l’administration coloniale l’ont convaincu de créer une organisation capable de représenter les intérêts des ressortissants libanais. Cette structure est rapidement devenue incontournable. C’est dans ce cadre précis, et grâce à son lien fort avec Jacques Foccart, qu’il côtoie toutes les personnalités politiques. Par son statut, mon père obligeait littéralement des Libanais à verser de l’argent au RPF (Rassemblement du peuple français, du général de Gaulle). La formation gaulliste gagnait en partie ses subsides de cette façon. Cet argent était rapatrié sur Dakar et remontait sur Paris où il contribue à la vie de ce parti. La monnaie coloniale était forte et les volumes d’argent versés importants. Les multiples antennes du RPF en Afrique permettait de mobiliser les fonds dans tout l’Empire. Foccart orchestrait tout ce système et cela était parfaitement su et valorisé du général de Gaulle.
On parle de combien d’argent, à cette époque ?
L’équivalent aujourd’hui de millions d’euros. Des dizaines de millions d’euros. L’aide apportée par ces Libanais était sans limite.
En lisant l’histoire de votre père, puis la vôtre, on réalise que vous avez été au cœur de nombreux secrets. Une question vient à l’esprit, qui vous fera sans doute sourire : étiez-vous un espion ou un agent secret en Afrique pour la France ?
Pas du tout ! Je vais avoir 80 ans, à mon âge, on ne cherche pas à mentir ! Certes, j’ai rencontré des personnes liées à la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure), mais je n’ai jamais entretenu de relations proches avec elles. Jamais ! Je me souviens d’avoir croisé le colonel Maurice Robert (chef du secteur Afrique du SDECE) bien plus tard, au Club 89, lors des grandes messes du RPR. Vous savez, quand il était capitaine à Dakar, il m’a dit : « Je me souviens bien de vous, monsieur Bourgi. » Mais pour ma part, je n’ai jamais mis les pieds au siège de la DGSE ou du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage). Quant aux rencontres avec des figures comme Foccart ou d’autres personnalités, elles n’étaient en rien liées à de telles structures. Aucune relation avec ces milieux secrets, je vous assure.
Au Bénin, vous oscillez entre une vie mondaine propre à l’élite française et l’appréciation de la culture locale. Vous découvrez, sur le tard, votre « africanité ». La nature, la cuisine, la culture, mais aussi le vaudou. Question qui fâche : la sorcellerie, ça existe vraiment ?
Je vais vous dire une chose, vous êtes la première personne à me parler de ça. J’en suis content. Je vais vous raconter deux expériences marquantes. La première est liée à un procès auquel j’ai assisté grâce à ma femme, qui était avocate. Elle travaillait dans un cabinet composé de deux avocats blancs, dont elle. Un jour, elle me dit : « Tu devrais venir, nous plaidons une affaire de sorcellerie. » Intrigué, j’ai accepté. Dans cette affaire, un homme était accusé de pratiques surnaturelles. Le président de la cour, les juges assesseurs et le procureur étaient présents. L’homme, qui affirmait pouvoir faire tomber la pluie, a été appelé à démontrer ses pouvoirs. Au Bénin, la cour a le droit de se rendre sur les lieux du litige ; ce que l’on appelle en droit, très simplement, un « transport sur les lieux ». Évidemment, j’ai suivi ma femme, encore plus curieux qu’au départ. En plein soleil de midi, sous une chaleur accablante, le président a demandé à l’homme de faire pleuvoir. Le mec accepte et se met instantanément à prononcer des paroles incompréhensibles et mystiques. Je vous le dis, je vous le promets, à ma grande stupéfaction, la pluie s’est mise à tomber. Je ne sais pas si on se rend bien compte quel genre de temps il fait en Afrique à midi ? Je n’en croyais pas mes yeux. La deuxième expérience s’est déroulée à Abomey, lieu emblématique du vaudou et du culte du serpent. Un magistrat local m’a proposé de m’emmener voir un sorcier. Je lui ai demandé, un peu sceptique : « Mais tu y crois, toi ? Tu es magistrat, docteur en droit, et tu crois à ça ? » Il m’a répondu : « Ce sorcier protège ma famille depuis des générations. » Nous sommes arrivés dans un jardin, au pied d’un arbre immense. Une vraie scène de film. Là, j’ai vu un vieil homme, très peu vêtu, avec de longs cheveux et une petite pipe. J’insiste, comme dans un film ! Il parlait en Fon, une langue locale où chaque mot ressemble à une onomatopée. Le magistrat m’a dit : « Appelle-le Papa. » J’ai trouvé ça bizarre, mais j’ai joué le jeu. Je l’ai salué respectueusement, et il m’a fait un signe de la tête. Ensuite, il a sorti des coquillages qu’il a jetés dans le sable. Il prononçait des paroles et faisait des gestes incompréhensibles, même pour le magistrat. Puis, il m’a regardé attentivement et m’a dit : « Ce garçon a un autre garçon en lui. C’est un double. » Je ne comprenais pas. Il a insisté : « Est-ce que tu as un jumeau ? ». Incroyable ! J’étais sous le choc. Effectivement, j’avais un frère jumeau qui malheureusement est mort très jeune. Personne ne connaissait cette histoire. Puis, il remue ses coquillages, en continuant de prononcer des paroles étranges. Il ajoute en s’adressant à mon ami magistrat : « Cet homme va graviter près des présidents, voyager dans leurs avions, mais tu ne pourras plus le voir. » Complètement dingue ! Comment pouvait-il prophétiser tout cela, alors que je n’étais alors qu’un simple professeur de coopération française de 29 ans ? Bizarre hein ?
Le Club 89, Jacques Chirac et les années RPR
En 1981, le Club 89 (cercle de réflexion du RPR) est créé. Une première antenne africaine voit le jour à Abidjan. Vous prenez de l’importance. Il y a désormais un « avant » et un « après »…
Exactement ! C’est en 1981, à l’occasion de l’élection présidentielle où Jacques Chirac se présente face à François Mitterrand, que ma relation avec Chirac prend un tournant. Je l’avais rencontré pour la première fois en 1976, après sa démission de Matignon. À ce moment-là, il redevient simple député. C’est monsieur Foccart qui m’avait suggéré cette rencontre. À l’époque, j’étais encore professeur au Bénin. Je me souviens de cet entretien comme si c’était hier. Lorsque je suis allé voir Chirac pour la première fois, j’ai tout de suite senti une certaine alchimie entre nous. Après notre conversation, je suis allé prendre un café au Bourbon, et Foccart m’a dit : « Chirac vous a beaucoup apprécié. Il y aura certainement d’autres rencontres. » Je n’ai revu Jacques Chirac qu’en 1980. Cette fois, je lui ai offert ma thèse de doctorat, qui est d’ailleurs déposée à la Bibliothèque nationale. C’est un luxe. Lors de cette rencontre, il était maire de Paris. Je n’avais que quinze minutes d’entretien prévues, organisées par Bernard Niquet, un collaborateur de Chirac, qui est devenu préfet par la suite. Mais ces quinze minutes se sont étendues à une heure entière. Puis presque deux heures. Niquet passait régulièrement sa tête par la porte, Chirac le rabrouait : « Niquet, on vous préviendra ! » (rires). À la fin de notre discussion, Chirac m’a invité à le rejoindre à Brazzaville pour célébrer le centenaire de la ville, où se trouvait également Pierre Messmer, ancien gouverneur de l’AOF (Afrique Occidentale Française). J’ai rencontré Messmer lors de cet événement. En lui disant que je m’appelais Bourgi et que je venais de Dakar, il s’est immédiatement rappelé mon père, Mahmoud Bourgi. « Mahmoud Bourgi était une figure majeure au Sénégal et dans l’AOF », m’a-t-il dit. Jacques Chirac, qui était présent, est resté stupéfait en écoutant cette conversation entre un professeur et un ancien Premier ministre. Lors de la campagne présidentielle de 1981, Chirac m’a nommé mandataire en Côte d’Ivoire, où de nombreux Français vivaient à l’époque. Je représentais son équipe auprès de la communauté française dans ce pays. Mais après sa défaite face à Mitterrand, Chirac a fondé le Club 89, un groupe de réflexion politique qui réunissait des figures comme Alain Juppé, Philippe Séguin, et Édouard Balladur. Chirac en était le président d’honneur. C’est à ce moment que j’ai demandé à Foccart de m’aider à intégrer le Club 89 et d’y créer une antenne en Afrique, notamment à Abidjan. Lorsque j’en ai parlé à Jacques Chirac, il m’a répondu : « Vous êtes le bienvenu. Pour l’Afrique, il n’y a que vous. » Par la suite, je me suis impliqué dans de nombreux projets pour les pays en développement, avec des proches collaborateurs de Chirac, presque comme des amis. J’ai alors demandé à avoir un rôle plus important au sein du RPR, mais aussi dans les relations internationales, notamment sous le parrainage du président Omar Bongo, doyen des chefs d’État africains. Cette période a effectivement marqué un avant et un après dans ma vie.
Fonds occultes : les valises de cash et Omar Bongo
Ces « années RPR » riment avec sujet qui fâche : les fonds occultes ! Vous voyez du cash, vous parlez de cash et vous transportez du cash pour votre parti politique. Beaucoup de cash…
J’ai vu mon père faire cela bien avant moi, dès les années 40, puis à la fin des années 50, au moment de la création du RPF sous De Gaulle. À l’époque, je voyais les allées et venues de Foccart, ainsi que les réunions de Libanais organisées par mon père. Ces rencontres tournaient autour de l’argent, même si je ne comprenais pas tout à ce moment-là. Ce n’est que plus tard que j’ai compris leur portée, notamment pourquoi mon père rencontrait régulièrement Pompidou à l’hôtel de la Croix du Sud. Mon père collectait de l’argent auprès des Libanais et l’acheminait à Paris. J’ai appris par la suite, directement de la bouche de Foccart, que ces fonds servaient à financer l’activité politique du RPR. À l’époque, juste après la guerre, les militants n’avaient pas de moyens financiers. Par exemple, le 5 rue de Solférino, où De Gaulle séjournait quand il était à Paris, a pu être acquis grâce à cet argent. Foccart m’a dit : « Votre père n’est pas étranger à tout cela. L’argent qu’il a ramené nous a permis d’acheter cet immeuble. Nous avons créé une société civile immobilière, l’Île Saint-Germain. Vous, Georges Pompidou, Monsieur Bizot (alors patron de la BNP), et moi-même en étions actionnaires. Sans votre père, nous n’aurions jamais pu soutenir l’action du Général de Gaulle. » En 1981, lorsque j’ai mieux connu Jacques Chirac, ces histoires sont revenues sur le tapis. En présence de Chirac, Foccart a raconté tout cela. Chirac, jeune ministre ou secrétaire d’État à l’époque, m’a demandé : « Est-ce que vous seriez prêt, Robert, à continuer ce travail de financement politique en sollicitant vos amis ? » Mon nom avait du poids et de la crédibilité dans ces cercles. C’est ainsi que j’ai commencé à collaborer directement avec les Libanais et les dirigeants africains pour le financement du RPR. Chirac les recevait même parfois à la mairie de Paris.
Concrètement, comment les livraisons de cash s’effectuent-elles ?
Au tout début, pour Chirac, je sollicite mes amis Libanais en Côte d’Ivoire, ainsi que le Président ivoirien lui-même. Je disposais de relais au départ de chaque mission. Dès que je devais me rendre en France avec du liquide, j’avertissais le directeur de cabinet du président Houphouët-Boigny, le gouverneur Guy Nairay. Il m’accompagnait toujours à l’aéroport international d’Abidjan jusqu’à l’avion. L’argent était contenu dans des sacs de voyage portés par un émissaire ivoirien. Bien évidemment, personne ne les fouillait. C’était le but recherché. Lorsque le gouverneur Nairay débarquait à l’aéroport, je peux vous dire que tout le monde se mettait au garde à vous. À Paris, l’émissaire remettait les sacs dès la sortie de l’avion à Jean-Claude Laumond, le chauffeur personnel de Jacques Chirac qui attendait avec la voiture du maire de Paris. Je descendais comme tous les autres passagers. Par prudence, je n’ai jamais été en contact avec cet argent. J’insiste sur ce point : jamais je n’ai porté moi-même un quelconque sac. Une fois le cadeau dans la voiture, l’émissaire partait de son côté et je regardais Laumond. À partir de là, soit nous nous rendions à l’Hôtel de ville de Paris, soit nous faisions escale chez Jacques Foccart, rue de Prony. Chaque fois, les instructions nous étaient données sur le point de chute.
Vous faîtes ça combien de fois ?
Impossible de compter. Il y en a eu beaucoup. Chirac avait son expression préférée : « Bourgi, il me faut du carburant ». Ça voulait dire qu’il avait besoin de fonds. On organisait les rencontres et on ramenait l’argent. Simple. Parfois, plusieurs fois par mois. On parle de millions d’euros en cash. C’est très dur à chiffrer. Parfois, c’était l’équivalent aujourd’hui de 300 000 euros. Puis la semaine suivante, je revenais pour récupérer 80 000 euros. Ensuite, deux semaines plus tard, il fallait ramener 100 000 euros… Je ne connais pas les chiffres exacts, mais c’est juste pour vous donner un ordre d’idée de comment se déroulaient les choses.

Cet argent était-il utilisé pour acquérir des biens immobiliers, par exemple ?
Il était destiné au fonctionnement général du RPR, dans sa destination ou son utilisation : je n’en savais rien. Les donateurs, puis ensuite les chefs d’État africains, me confiaient ces fonds en disant simplement qu’ils étaient pour « Jacques ». Ce qu’il en advenait par la suite ne relevait pas de ma responsabilité ni de mon champ de connaissance.
On vous sait très proche de l’ancien président du Gabon, Omar Bongo. Lui aussi a longtemps financé les partis politiques français, de gauche comme de droite. Même procédé ?
Oui, toujours assez simple ! Chirac est désormais Président de la République. Il me disait :« Robert, va à Libreville. » Pas de problème. J’appelais alors le président Bongo. Il savait que la campagne nécessitait des fonds importants, et il n’y avait jamais de souci. Parfois, il me demandait quand même, curieux : « Fiston, ça coûte combien une élection en France ? » « Très cher, papa », lui répondis-je. On se marrait beaucoup à ce sujet (rires). Bongo était très généreux. Il donnait plus que les autres et avant les autres. Il lançait l’impulsion en Afrique. Par exemple, quand Bongo décidait de donner 3 millions d’euros à un tel candidat français, les autres chefs d’État africains l’apprenaient et faisaient de même. Encore une fois, je précise, je ne touchais pas et surtout, je ne comptais pas l’argent. Toujours un émissaire pour s’occuper de ça. de ça. Souvent, le président Bongo me disait : « Fiston, je vais t’envoyer Pascaline (sa fille), un ministre ou l’ambassadeur à Paris. Prends rendez-vous avec Davin». Il faut savoir qu’à cette époque, Chirac était surnommé « Davin » au Gabon. Parce qu’un ancien maire de Libreville, très populaire, s’appelait Davin. Ce surnom est resté, et pour beaucoup, Chirac, maire de Paris, puis président, est devenu leur « Davin ». Dominique de Villepin avait aussi un surnom : « Mamadou ». Ce nom faisait référence à un homme de l’ombre au Sénégal qui portait le même prénom. C’était une manière affectueuse et symbolique de l’identifier. Quand Bongo envoyait quelqu’un, l’émissaire venait à mon cabinet, souvent à 15h. Nous prenions un café ou des croissants avant de nous rendre à l’Élysée. Nous n’allions jamais par l’entrée principale de la cour d’honneur. Nous montions discrètement par un escalier jusqu’au bureau de Villepin, alors secrétaire général de l’Élysée. Je veux être clair : lorsque je raconte ces anecdotes, ce n’est pas pour régler des comptes. Mon objectif est de relater des faits historiques, pour les générations présentes et futures. À cette époque, Villepin jouait un rôle clé dans la continuité de ce que Jacques Foccart faisait auparavant pour De Gaulle. C’est Chirac lui-même qui avait décidé que Villepin serait chargé de ces relations stratégiques entre l’Élysée, le Quai d’Orsay et Matignon.
Villepin, Dumas, Pasqua, Fillon : les comptes de Robert Bourgi
Vous ne semblez pas avoir une grande affinité avec Dominique de Villepin. Je me trompe ?
Ce n’est pas tout à fait vrai. Je le dis régulièrement, et je l’ai écrit dans la conclusion de mes mémoires : lorsque l’on me demande quelles sont les personnalités qui m’ont marqué, je réponds toujours Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. Deux figures exceptionnelles, mais radicalement différentes. Avec Dominique, mon seul regret est qu’il se soit brouillé avec Sarkozy. J’aurais tellement aimé les voir travailler ensemble, marcher en tandem. J’aurais même dû faire tout ce qui était en mon pouvoir pour les réconcilier. Et pourtant, je pense que s’ils avaient uni leurs forces, celui qui aurait été en pole position aurait été Sarkozy. Villepin, c’est comme une Cadillac des années 60 : élégante, raffinée, tout en finesse. Sarkozy, c’est une Ferrari Testarossa : bruyante, rapide, faite pour la course, impressionnante. Deux styles opposés, mais chacun avec son aura. Je me souviens d’une scène surréaliste entre eux. Un jour, à Matignon, je suis arrivé en pleine altercation. À l’entrée, le gendarme qui gardait les portes me reconnaît et, avec un sourire amusé, me salue : « Bonjour Maître. » Je lui demande : « Que se passe-t-il ? D’où viennent ces cris ? » Il me répond : « Monsieur Sarkozy et Monsieur Villepin, ça hurle là-haut, c’est terrible ! » Affolé, je demande où ils se trouvent. « Dans le bureau du Premier ministre, au premier étage », me dit-il. Je monte discrètement pour ne pas perturber leur échange. Et là, je les découvre, face à face, à quelques centimètres de l’un de l’autre, comme des boxeurs prêts à en découdre. Ils se criaient dessus. Un truc hallucinant, sous mes yeux. En les observant, j’ai immédiatement compris qui était le dominant et qui était le dominé ! Et je peux vous assurer que, cette fois, le dominé n’était pas celui qu’on aurait pu croire à cause de sa taille…
N’avez-vous jamais été tenté de détourner de l’argent ?
Jamais ! Même dans mon cercle d’amis en dehors de la politique, cette idée ne m’a jamais effleuré l’esprit. Quelqu’un qui est comblé, repu, c’est quelqu’un qui n’a pas de besoin et qui n’est pas tenté ! Les chefs d’État africains me rémunéraient déjà très généreusement pour mon travail, avec des émoluments très élevés. J’étais investi de leur confiance absolue. Ils savaient que je gérais les choses avec rigueur. J’accompagnais personnellement les émissaires français, et cette transparence était essentielle. Un jour, Jacques Chirac a posé la question à Omar Bongo : « Mais pourquoi est-ce toujours Robert ? » La réponse d’Omar Bongo a été simple et claire : « Robert est le seul à connaître le code des valises : 555. Tous mes pairs africains font confiance à Robert, car avec lui, il n’y a jamais d’évaporation. » Cette confiance mutuelle était la clé de notre relation, et je n’aurais jamais trahi cet engagement.
Quand même, l’épisode entre vous et Roland Dumas, votre pendant socialiste, dans l’antichambre du bureau d’Omar Bongo en dit long sur l’aspect presque vénal, voire immoral, de la politique, non ?
Je dirai surtout que cet épisode souligne tout ce que je viens de dire auparavant. Ce n’est pas interdit par la loi et tous les partis politiques y avaient recours. Je n’ai rencontré Roland Dumas qu’une seule fois en 1988. Jacques Chirac est Premier ministre et candidat à la présidentielle. Face à lui, François Mitterrand, le « Sphinx », brigue un second mandat. À chaque fois que je parlais de Mitterrand à Chirac, je lui disais : « C’est un extraterrestre ». Il détestait quand je disais du bien de lui (rires). Il me coupait : « Ne me parlez pas de lui Robert ! » J’adorais l’embêter avec ça : « Jacques, vous ne me ferez jamais admettre qu’un homme capable de mettre De Gaulle en ballotage en 1965, alors qu’il n’avait qu’une quarantaine d’années, puisse ne pas être quelqu’un d’exceptionnel. » Il rouspétait et l’insultait dans sa barbe (rires). Il me dit : « Fais un saut à Libreville. Dis à Omar que, dans la dernière ligne droite, la campagne coûte de plus en plus cher. J’ai besoin de carburant. » Pas de problème, je prends l’avion. Omar Bongo me reçoit comme d’habitude. « Comment ça va, Fiston ? » me demande-t-il. « Ça va, Papa », je lui réponds. Je lui explique la situation : les sondages commandés par Charles Pasqua donnent Chirac en bonne position, mais Jacques Foccart pense que ces chiffres sont biaisés. « Le vieux (Foccart) en sait plus que Pasqua », me dit-il. Bongo me demande de revenir le lendemain soir. Le soir suivant, je me rends au palais présidentiel et suis accueilli par le capitaine Simba, le chef de garde. Alors que j’attends dans l’antichambre, un autre invité arrive : Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères de Mitterrand. Je devine immédiatement pourquoi il est là, mais je garde mes pensées pour moi. Nous échangeons quelques politesses. « Comment va Aurillac ? » me demande-t-il, l’air de rien… puis me précise : « Bourgi, je crois que nous venons pour la même chose ». Il était envoyé par Mitterrand ! On attendait que Bongo nous appelle, dans l’antichambre. Bongo utilisait un système lumineux pour nous avertir qu’il était prêt à nous recevoir, chacun notre tour. La lumière rouge s’allume. Respectueusement, je l’ai fait passer avant moi. Il s’est engouffré dans le bureau au grand désarroi de Simba qui m’a toisé en me faisant comprendre que j’avais eu tort. Roland Dumas est sorti un peu plus lourd qu’en entrant, puis a fait ce commentaire qui m’est resté en tête : « ne vous inquiétez pas Bourgi, je vous en ai laissé ». Une fois dans le bureau de Bongo, j’ai pris une soufflante dont je me rappelle encore aujourd’hui ! « Idiot, pourquoi tu n’es pas rentré le premier ! » « Papa, je ne pouvais pas. Il faut respecter le protocole : « Tu es un couillon ! Il fallait rentrer avant lui. Maintenant, ce que je voulais donner à Jacques a diminué de moitié ! – Pardonnez-moi papa, pouvez-vous en avertir monsieur Chirac ? » Il l’a appelé pour lui dire de ne pas s’inquiéter et qu’il suffirait de me faire revenir la semaine suivante à Libreville. Finalement, Bongo me dit en souriant : « Fiston, je vais te raconter ce qu’il s’est passé. » Il avait convoqué Dumas et moi pour montrer qu’il aidait à la fois Mitterrand et Chirac. Il voulait que chacun sache qu’il jouait sur les deux tableaux : soutenir le président sortant tout en finançant son principal opposant. Bongo était le véritable maître d’œuvre de ces relations ambiguës.
Dans vos mémoires, on apprend que ce n’est pas l’amour fou entre vous et Charles Pasqua. Vous a-t-il menacé de mort ?
Charles Pasqua et Philippe Séguin ont uni leurs forces contre Jacques Chirac lors de l’élection présidentielle de 1995. À cette époque, Jacques Chirac, alors maire de Paris, se présente comme le candidat de la droite. Cependant, Pasqua, fidèle à son style de stratège politique, décide de jouer sa propre carte en contestant la domination de Chirac au sein du RPR. Philippe Séguin se montre aussi très critique envers certaines orientations de Chirac, notamment sur des questions économiques et sociales. Alors les deux s’allient ! Moi, je suis loyal. On ne pourra jamais me l’enlever. Je soutenais Chirac avec ferveur. À cette époque, j’avais d’excellentes relations avec Bernard Guillet, qui travaillait aux côtés de Pasqua. Un jour, il m’a proposé de nous retrouver pour un whisky au Prince de Galles. « Pas de problème, Bernard, je te rejoins ». Lorsque j’arrive, je remarque d’abord un homme d’une trentaine d’années, vêtu d’un imperméable, qui nous rejoint à table. Nous commençons à discuter tranquillement, mais à un moment, cet homme, avec un accent corse prononcé, prend la parole : « Oh Bourgi, il faudrait que tu arrêtes de dire du mal de Charles. Parce que ça pourrait mal finir. » Il me dit ça comme dans un mauvais film d’espionnage, avec une main discrète à l’intérieur de son habit, comme pour me mimer un flingue. Il a peut-être bluffé, je ne sais pas, mais cette menace était claire. Je me tourne alors vers Bernard et lui dis : « Bernard, comment peux-tu tolérer ça ?
Ce n’est pas digne de l’amitié et de la relation que nous avons. Je te préviens, ne joue jamais à ce jeu avec moi. Si jamais il m’arrive quelque chose, ça ne restera pas sans réponse. » Je précise à Bernard que j’ai épousé une Corse et que, dans ma belle-famille, il n’y a pas que des curés. « Les beaux-frères de ma femme, eux non plus, ne sont pas des tendres », ai-je ajouté. Bernard, visiblement mal à l’aise, tente de calmer la situation : « Allez, détends-toi, prends un autre whisky. Ça va aller. » En sortant, je ne me suis pas contenté d’ignorer l’incident. J’ai immédiatement appelé Jacques Foccart pour lui raconter ce qui venait de se passer. Grâce à son intervention, les choses se sont rapidement apaisées et tout a été réglé dans les coulisses.
Autre relation tendue, avec François Fillon, et notamment, l’épisode des fameux costumes…
Tout n’était pas noir… Il y a eu des hauts et des bas dans ma relation avec François Fillon. Personne ne me croira peut-être, mais malgré tout, Fillon me manque. J’aimais partager de bons moments avec lui. Nous avions une relation unique, qu’il a lui-même mise à mal. J’ai rencontré François en 1979 grâce à Jacques Foccart. Nous étions liés depuis longtemps. Puis, le voilà devenu Premier ministre de Sarkozy après avoir été ministre sous Chirac. Ensuite, Sarkozy est battu, et Fillon se lance dans une ambition présidentielle. Pourtant, il n’a cessé de critiquer et d’insulter Sarkozy. Ce manque de loyauté m’agace. L’affaire des costumes prend racine dans son dernier discours à Sablé-sur-Sarthe, où il attaque Sarkozy et son style. Ce jour-là, il a lancé : « Imaginez-vous De Gaulle mis en examen ? Un homme mis en examen peut-il être candidat à la présidence de la République ? » J’étais outré. Puis un dimanche, François m’appelle et propose qu’on prenne un petit-déjeuner. « Pas au Flandrin cette fois, allons au Ritz », me dit-il. Il faut savoir que Fillon a des goûts bien précis… J’accepte. Nous nous retrouvons au Ritz, et là, je n’ai pas pu me retenir. Je lui ai dit : « Écoute, François, je suis furieux contre toi. Comment peux-tu oser mettre le mot « mise en examen » à côté de Nicolas Sarkozy ? Cet homme t’a fait Premier ministre pendant cinq ans ! Pourquoi tant de haine contre lui ? Tu te montres injuste ! » Il s’est excusé en expliquant qu’il était emporté par l’ambiance de sa campagne présidentielle. « Je vais gagner la primaire », m’a-t-il dit. Alors, pour détendre l’atmosphère, je plaisante : « Si tu gagnes, je t’offre des costumes sur mesure. » Il accepte et me demande : « Où ? » Je lui réponds : « Chez Arnys. » Je commande deux costumes sur mesure pour lui, à 7 500 euros pièce. Le troisième costume a été offert par Bernard Arnault, propriétaire d’Arnys. J’ai suivi tout cela de près, du choix des tissus à la coupe, avec le maître tailleur. Mais ensuite, plus de nouvelles. Pas un mot de remerciement. Pendant quarante ans, François m’a contacté deux ou trois fois par semaine, ministre ou non. Il venait à mon cabinet régulièrement. Et là, silence radio. Une semaine, deux semaines, un mois… Rien. Un jour, un dimanche encore, je faisais mon marché rue Cler, à Paris 7ème. Je savais que Fillon n’était pas loin, qu’il faisait son marché avec son épouse. Je lui envoie un message : « Écoute, je suis à deux pas. On pourrait prendre un café ? » Il me répond : « Il y a trop de journalistes dans le coin, ce n’est pas le moment. » Bref, j’ai senti que quelque chose avait changé. Je suis rentré chez moi, sombre. Ceux qui étaient avec moi ont remarqué mon état. Je leur ai montré le message. On m’a dit : « Il t’a trahi. Après quarante ans, il ne te reconnaît plus. » Le lendemain, je demande à voir Nicolas Sarkozy. Pendant le déjeuner, je lui explique tout et lui montre les messages. Sarkozy, prudent, me répond : « Attention, Robert. Réfléchis bien. Nous appartenons à la même famille politique. Il remonte dans les sondages et semble se sortir de l’affaire Penelope Gate. » Mais je savais que c’était fini. En sortant de ce rendez-vous, j’ai appelé Hervé Gattegno, alors directeur du Journal du Dimanche. Je lui ai dit : « Fillon est mort politiquement. Macron sera élu. J’ai quelque chose pour toi. Je lui parle des costumes ». De mon point de vue, Fillon a manqué de loyauté et pour parvenir à ses fins, il était prêt à briser toutes les amitiés.

Biens mal acquis, révélations de 2011 et Légion d’honneur
En mars 2007, plusieurs associations portent plainte à Paris concernant le patrimoine immobilier d’Omar Bongo, soit 33 appartements. L’affaire des Biens mal acquis commence à faire beaucoup de bruit…
Je ne suis intervenu en rien dans cette affaire des BMA si ce n’est que je remontais fidèlement au président Sarkozy les colère de son homologue et la gravité de la situation. Omar Bongo me faisait passer des messages, du genre : « Dis à Nicolas, si ça continue, je sortirai de mon silence en nommant toutes les personnalités françaises qui ont bénéficié de mes largesses, en particulier pour acquérir des biens immobiliers à Paris ». En gros, il menaçait très clairement, dans le même temps, de mettre tous les français à la porte, à commencer par les groupes économiques. Sarkozy s’est demandé s’il mettrait ses menaces à exécution. « Bongo, vaut mieux ne pas l’énerver » ai-je dit en précisant les graves évènements anti-français de 1990 à Libreville.
Le 11 septembre 2011, vous lâchez cette bombe médiatique : « j’ai vu Chirac et Villepin compter les billets ». Vous dénoncez les bases de la Françafrique.
Le temps était venu de vider mon sac. D’abord cette promesse faite à Omar Bongo, à la fin de sa vie, d’être sa mémoire le moment opportun. Mais surtout, parce que je voyais tous ces présidents africains, pour lesquels je travaillais, assommés sous les coups de boutoir des juges français. Mais aussi de la presse. Un raisonnement simple, bête et complètement faux : Tout ce qui venait du sud du Sahara était pourri jusqu’à l’os et tout ce qui venait de l’occident valait de l’or. Je voulais juste rééquilibrer les choses. Pendant des années, j’ai aidé à convoyer des centaines de millions d’euros en cash pour les principaux responsables politiques français, lesquels en bénéficiaient en toute impunité.
Les médias ont vite associé Sarkozy à ce système de financement, malgré que vous ne cessiez de répéter qu’il n’en a jamais bénéficié. Vous en a-t-il voulu ?
Nullement. Pour preuve, il m’a gardé son amitié et sa confiance.
Emmanuel Macron a décidé de suspendre votre Légion d’Honneur. Son but : lancer un signal fort envers la Françafrique. Une décision injuste ?
Je n’ai rien fait contre cette décision et n’ai aucune rancœur. En 2017, Fillon devait l’emporter. En le dézinguant, Macron savait parfaitement que je n’avais pas joué un petit rôle dans sa victoire. Loin de là… Certains se sont même imaginé que j’avais évincé le candidat LR pour lui permettre de percer, ce qui est faux. Je vous le dis, je n’ai aucune rancœur et aucune velléité d’approcher le camp Macron. Tout comme vous ne m’avez jamais vu courir après François Hollande, lors de sa victoire. C’est mon problème, je crois, je suis loyal.
Robert Bourgi, Ils savent que je sais tout, Max Milo, 24,90 euros. Propos recueillis par Rei Angjeli.


