Le 6 octobre 2026, l’Académie Goncourt a dévoilé sa deuxième sélection : huit romans restent en lice pour la 124e édition du prix. Un absent fait pourtant plus de bruit que les présents : Thélyson Orélien, écarté le 25 septembre sur fond de soupçons d’intelligence artificielle. Notre avis : cette querelle dit moins la fin du roman que la fragilité de nos preuves.
L’essentiel
- Le 6 octobre 2026, l’Académie Goncourt a annoncé huit romans dans la deuxième sélection de la 124e édition du prix, selon Livres Hebdo.
- Le 25 septembre 2026, elle a retiré C’était ça ou mourir (Grasset) de Thélyson Orélien, invoquant des plagiats passés et des analyses évoquant un recours massif à l’IA.
- La liste des quatre finalistes sera publiée le 27 octobre 2026, d’après Livres Hebdo.
Une rentrée de huit romans, dont l’absent occupe tout l’espace
Imaginez la scène : au restaurant Drouant, les jurés choisissent leurs huit livres, et la conversation du déjeuner ne porte pas sur eux. Elle porte sur un roman qui n’est plus dans la boîte. C’est à peu près le sort de cette deuxième sélection, annoncée le 6 octobre, qui compte notamment Sonia Devillers, Philippe Jaenada, Yannick Haenel et Anne Godard, selon la presse du jour (Télérama, Libération). La liste complète est détaillée par Livres Hebdo, qui rappelle aussi le calendrier : quatre finalistes le 27 octobre, puis le lauréat à Drouant début novembre.
C’est dommage pour les huit. Jaenada, par exemple, est ce genre d’écrivain qui vous embarque dans mille digressions sans jamais perdre le fil, et nous avions déjà salué son cru de rentrée dans ces pages. Un livre écrit à la main, au sens où l’on entend une voix qui trébuche, revient, se corrige. Voilà précisément ce que le soupçon met en péril.

Ce que l’on sait de l’exclusion de Thélyson Orélien
Reprenons les faits, rien que les faits. Le premier roman de Thélyson Orélien, auteur d’origine haïtienne installé au Québec, C’était ça ou mourir, paraît chez Grasset. Fin septembre, un compte anonyme de X, « Balance ton Claude », publie des résultats du détecteur Pangram : vingt extraits, tous jugés « 100 % IA ». L’essayiste et chroniqueur du Figaro Samuel Fitoussi dira ensuite être derrière ce compte, selon Presse-citron.
Des médias canadiens ont par ailleurs mis au jour des textes anciens de l’auteur, publiés il y a plus de dix ans, jugés plagiés. Le 25 septembre, l’Académie a retiré le livre en citant ces plagiats ainsi que des analyses convergentes de chercheurs et de journalistes, selon lesquelles le roman serait très probablement, pour l’essentiel, le produit d’une intelligence artificielle, comme le rapporte Livres Hebdo.
Orélien nie. Grasset lui a publiquement renouvelé sa confiance. Et plusieurs titres de presse (Libération, BFM, Ouest-France) indiquent qu’il reste en lice pour d’autres prix, dont le Renaudot. Ce sont les accusations d’un côté, les démentis de l’autre : aucune preuve définitive n’a, à notre connaissance, été établie publiquement.
Pourquoi un détecteur d’IA ne peut pas faire office de tribunal littéraire
Ici, notre avis. Un détecteur est un statisticien pressé : il note la probabilité qu’un texte ressemble à ce que produit une machine, il n’atteste pas une origine. TF1 Info a consacré un « Vérif’ » à la fiabilité de Pangram, signe que la question est ouverte. Or une phrase très rythmée, très imagée, nourrie d’une oralité créole, peut ressembler à beaucoup de choses, y compris à ce que les modèles ont avalé en lisant les écrivains.
Le plagiat, lui, relève d’une autre logique : on compare des textes, ligne à ligne, et c’est vérifiable. Mélanger les deux dossiers dans une même sentence est un raccourci commode. Il ne faudrait pas que la rigueur du second serve de caution à la fragilité du premier.

Quelle place pour l’IA dans la littérature, et pour la confiance entre lecteur et auteur
Reste le fond. Nous ne voulons pas d’un prix qui couronnerait un roman fabriqué par un logiciel sans le dire, et l’Académie a le droit absolu de défendre cette idée. Mais nous ne voulons pas non plus d’une littérature où chaque écrivain doit prouver, brouillons à l’appui, qu’il a bien écrit ce qu’il a écrit. Cela ressemble à une chasse aux sorcières avec un logiciel pour inquisiteur.
La vraie réponse est plus ancienne et plus sexy : la confiance. Des maisons d’édition qui garantissent leurs auteurs, des jurys qui s’expliquent, des lecteurs qui jugent sur pièces. Nous avions déjà raconté l’épisode précédent de cette affaire ; la suite dira si la littérature française sait traiter ce sujet autrement que dans l’urgence.
FAQ
Quels romans figurent dans la deuxième sélection du Goncourt 2026 ?
Huit romans restent en lice pour la 124e édition, annoncés le 6 octobre 2026. Parmi eux figurent ceux de Sonia Devillers, Philippe Jaenada, Yannick Haenel et Anne Godard, d’après la presse. Livres Hebdo publie la liste complète avec les éditeurs, et le prochain rendez-vous est l’annonce des quatre finalistes, le 27 octobre.
Pourquoi Thélyson Orélien a-t-il été exclu du Goncourt ?
L’Académie Goncourt a retiré son roman C’était ça ou mourir le 25 septembre 2026. Elle invoque des plagiats passés de l’auteur et des analyses convergentes évoquant un recours très large à l’intelligence artificielle. L’auteur conteste ces accusations, et son éditeur Grasset lui maintient sa confiance.
Le détecteur Pangram prouve-t-il qu’un roman est écrit par une IA ?
Non, pas à lui seul. Pangram estime une probabilité statistique, et sa fiabilité est discutée : TF1 Info lui a consacré une vérification. Dans cette affaire, il a servi de point de départ aux accusations, qui ont ensuite été examinées par d’autres analyses, citées par l’Académie.
Quand connaîtra-t-on les finalistes du Prix Goncourt 2026 ?
La liste des quatre finalistes sera annoncée le 27 octobre 2026, selon Livres Hebdo. Le lauréat sera ensuite désigné début novembre, lors du traditionnel déjeuner au restaurant Drouant, à Paris, où l’Académie délibère chaque année.


