Charlotte Gainsbourg à Arles : voler les secrets du 5 bis

Plongée intime au cœur du mythe. Présentée du 1er juillet au 27 septembre 2026 à la Galerie du Cloître dans le cadre des Rencontres d’Arles, l’exposition « 5bis » dévoile pour la première fois le travail photographique de Charlotte Gainsbourg. Un voyage poignant et suspendu dans le temps, capturant le célèbre sanctuaire parisien de Serge Gainsbourg juste avant son ouverture au public.

Nichée dans le 7ᵉ arrondissement de Paris, la maison située au 5 bis rue de Verneuil est bien plus qu’une simple adresse : c’est un mythe de la culture française. Acquis par Serge Gainsbourg au début des années 1960, cet hôtel particulier aux murs tendus de tissu noir a abrité ses amours avec Jane Birkin, la naissance de leur fille Charlotte, puis la vie solitaire de l’artiste jusqu’à son décès le 2 mars 1991.

Pendant plus de trois décennies, la demeure est restée figée dans le temps, conservée à l’identique par Charlotte Gainsbourg. Rien n’y a bougé : les paquets de Gitanes entamés sur les tables basses, les cendriers pleins, les poignées de porte, les scripts annotés, les disques d’or et les portraits de famille sont demeurés exactement là où Serge les avait laissés. Ce lieu clos, à la fois mausolée protecteur et sanctuaire lourd de nostalgie, a finalement ouvert ses portes au public à l’automne 2023 sous le nom de Maison Gainsbourg.

Le regard de Charlotte Gainsbourg : un geste photographique et cathartique

C’est juste avant cette grande transformation en lieu public que Charlotte Gainsbourg a décidé d’immortaliser une dernière fois l’espace tel qu’elle l’a toujours connu. Se mouvant seule dans la pénombre, armée de son appareil photo Hasselblad et d’un trépied, elle s’est approprié le lieu sans altérer sa disposition :

“C’est mon père que je cherchais à travers tous ces objets” déclare-t-elle à Vogue.

Travaillant de jour comme de nuit, parfois dans des cadrages étroits reflétant l’atmosphère presque étouffante de la maison, la photographe capte le grain du tissu et la poussière du temps avant que la maison ne change de statut. Sans jamais déplacer le moindre objet, elle a capturé les traces du quotidien comme un bidet, un fauteuil en cuir élimé, des flacons de parfum ou le piano flanqué d’un cliché de Jane et Serge.

Sous le commissariat de Matthieu Humery, les clichés accrochés dans l’obscurité du cloître arlésien ne cherchent pas l’effet spectaculaire. Ils oscillent entre la pudeur d’un inventaire familial et la force d’une démarche plastique à part entière. En transformant le deuil et le souvenir en une série de tirages argentiques, Charlotte Gainsbourg signe une première exposition photographique poignante, où les fantômes du 5 bis trouvent une nouvelle forme d’éternité.

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