Il y a des voix qui ne meurent pas, qui continuent de résonner dans les cuisines, les voitures, les soirées qui finissent trop tard, ces voix qui ont accompagné les premiers baisers, les ruptures, les danses désordonnées, les lendemains difficiles; la voix de Catherine Ringer est de celles-là, cette voix à la fois rauque et cristalline, cette voix de femme qui ne se pliait à aucune convention, qui passait du murmure au cri sans prévenir, qui pouvait être tendre comme une caresse et brutale comme un coup de poing. Et voilà que cette voix s’est tue, dans la nuit du 14 septembre 2026, « emportée par un cancer foudroyant », selon le communiqué de ses enfants, cette formule terrible qui évoque la vitesse, l’injustice, cette maladie qui ne prévient pas, qui ne négocie pas, qui emporte en quelques semaines ce que des décennies de vie n’ont pas pu épuiser. Catherine Ringer avait soixante-huit ans, elle était encore sur scène en février dernier, elle préparait des projets, elle continuait de porter l’héritage des Rita Mitsouko, ce duo mythique qu’elle avait formé avec Fred Chichin et qui avait révolutionné le rock français dans les années 1980; et soudainement, tout s’arrête, le rideau tombe, la chanson s’interrompt, et il ne reste que les disques, les vidéos, les souvenirs, cette présence fantomatique qui continuera de hanter les ondes et les mémoires.
Catherine Ringer, voix des Rita Mitsouko: la mort d’une icône du rock français
Ce qui rend cette disparition particulièrement cruelle, c’est qu’elle fait écho à une autre, celle de Fred Chichin, le guitariste et complice de Catherine Ringer, emporté lui aussi par un cancer fulgurant en novembre 2007, à cinquante-trois ans, dix-neuf ans plus tôt, comme si le cancer était devenu le troisième membre du groupe, ce spectre silencieux qui rôdait autour de ces deux corps qui avait tant donné, tant dansé, tant crié sur les scènes du monde entier. Après la mort de Chichin, Catherine Ringer avait d’abord quitté la scène, submergée par le deuil, par l’absence de celui qui était à la fois son amant, son complice, son frère de musique; puis elle y était revenue, lentement, avec cette obstination des survivants qui refusent de laisser mourir ce qu’ils ont construit, qui continuent de chanter les chansons de l’autre pour le garder vivant, pour le faire résonner encore, pour prouver que l’amour, même transformé en absence, continue de produire de la beauté. Elle avait enregistré des albums solo, elle avait collaboré avec d’autres artistes, elle avait porté les Rita Mitsouko comme on porte un deuil devenu habituel, cette présence douloureuse mais familière qu’on n’apprend jamais à quitter tout à fait.
Et maintenant, elle le rejoint, ce Fred qu’elle n’avait jamais vraiment quitté, même dans la séparation, même dans la distance, même dans les nouvelles collaborations, les nouveaux projets, les nouvelles vies. Le cancer qui l’a emportée porte le même qualificatif que celui de Chichin, « foudroyant », « fulgurant », ces mots qui disent la vitesse, l’absence de recours, cette brutalité médicale qui ne laisse pas le temps de se préparer, de se dire adieu, de ranger ses affaires, de finir ses phrases. Catherine Ringer est morte dans la nuit, sans tambour ni trompette, sans la médiatisation lente et morbide des grandes disparitions, sans le temps pour les hommages anticipés, les rétrospectives, les concerts d’adieu; elle est partie comme elle avait vécu, dans l’urgence, dans l’intensité, dans cette liberté qui caractérisait son art et sa vie.
Mort de Catherine Ringer: le cancer foudroyant qui referme l’histoire des Rita Mitsouko
Il y a dans cette mort quelque chose de symboliquement terrible, cette malédiction du cancer qui semble s’acharner sur les Rita Mitsouko, comme si le groupe, par son intensité même, par son refus des compromis, par cette façon de vivre la musique comme une brûlure permanente, avait attiré sur lui une forme de malédiction. Marcia Baïla, le plus grand succès du duo, était déjà un hymne à la mort, cette chanson écrite en hommage à la danseuse argentine Marcia Moretto, décédée d’un cancer, et qui se vendit à plus d’un million d’exemplaires avec cette ironie tragique de faire danser sur la mort, de transformer le deuil en fête, la perte en célébration. Catherine Ringer avait chanté cette chanson des milliers de fois, elle avait dansé cette danse de la mort avec une énergie qui faisait oublier le sujet, et aujourd’hui c’est elle qui devient le sujet, elle que l’on pleure en écoutant Marcia Baïla, elle que l’on imagine dansant quelque part avec Fred et Marcia, ce trio fantôme qui continue de tourner dans l’au-delà des disquaires et des radios.
Mais il ne faut pas réduire Catherine Ringer à cette tragédie, à cette malédiction du cancer, à cette fin brutale qui fait oublier tout le reste; il faut se souvenir de la vie, de l’audace, de la liberté, de cette femme qui avait commencé dans les films pour adultes avant de devenir l’une des voix les plus reconnues du rock français, qui avait traversé les polémiques, les jugements, les condamnations morales, avec une insolence qui faisait taire les bien-pensants, qui avait construit avec Fred Chichin un univers unique, ce mélange de punk, de chanson française, de rock, de musique latine, de poésie urbaine, qui sonnait comme rien d’autre et qui continue de sonner comme rien d’autre. Les Rita Mitsouko n’étaient pas un groupe comme les


