Il y a des querelles musicales qui sentent bon le vieux vinyle et la rancune bien conservée, et celle-ci a tout d’un combat entre deux époques réconciliées de force. Amanda Lear, l’éternelle sirène du disco, muse de Dalí et légende d’un temps où les paillettes se portaient sans ironie, accuse Miley Cyrus d’avoir pillé son répertoire : selon elle, Redlights, extrait du dixième album de l’Américaine, Bass Persuades, serait une copie manifeste de The Sphinx, ballade disco qu’elle avait sortie en 1978 sur Never Trust a Pretty Face. L’accusation est tombée dimanche sur Instagram, sans préavis ni formule de politesse : « Merci Miley d’avoir copié ma chanson The Sphinx ! Je suis flattée ! », a-t-elle lancé, enrobant sa colère dans le sarcasme, avec les mots-dièse « ripoff » et « copycat » en guise de signature. Et dès le lendemain, l’affaire a pris une autre tournure : au micro de l’AFP, la chanteuse a haussé le ton, prévenant que si personne ne reconnaissait le larcin, il y aurait un procès.
Amanda Lear accuse Miley Cyrus de plagiat de The Sphinx
Ce qui rend l’affaire savoureuse, c’est que la ressemblance ne relève pas d’un caprice d’artiste susceptible. À l’écoute des deux morceaux, le constat est dérangeant : la mélodie paraît identique, seul le tempo diffère quelque peu. Amanda Lear raconte avoir été alertée par ses propres admirateurs, puis avoir fait appel à son producteur et à sa maison de disques, Universal, qui ont eu cette idée pour le moins inattendue de demander à ChatGPT de comparer les deux titres. Verdict de la machine : « un plagiat total ». Voilà comment, en 2026, on fait de l’expertise musicale avec une intelligence artificielle, ce qui a de quoi faire sourire les musicologues, mais donne surtout à la chanteuse française un argument de communication imparable. Sa position n’est pourtant pas celle d’une justicière assoiffée de revanche : « Je n’ai jamais été procédurière », a-t-elle précisé, mais son label et les éditeurs du morceau, dont elle a écrit les paroles, exigent une reconnaissance officielle du pillage. Ce n’est donc pas elle qui attaque, juridiquement parlant, mais ses ayants droit, ce qui lui permet de garder la posture de la grande dame offensée plutôt que de la plaignante acariâtre.
Un arrangement ou un procès : l’ultimatum d’Amanda Lear à Miley Cyrus
Son ultimatum est d’une clarté désarmante : « Soit on arrive à un arrangement, soit il y a un procès. » Elle sait parfaitement qu’une procédure aux États-Unis peut s’étirer des années, qu’elle coûte cher, qu’elle épuise, et qu’à son âge, on n’a guère envie de passer ses journées en déposition. Ce qu’elle réclame, au fond, n’est pas une montagne d’or, mais une phrase, un geste, une reconnaissance : « Je préférerais qu’on me dise : j’aime beaucoup votre titre. » Il y a quelque chose de touchant dans cette exigence minimale, presque naïve, qui trahit la blessure réelle sous la fanfaronnade médiatique. Car le vrai sujet n’est pas le tempo de Redlights : c’est l’effacement d’une mémoire musicale, le sentiment qu’une œuvre de 1978, portée par une femme dont l’image a toujours suscité le trouble et la caricature, finit par devenir une matière première anonyme que la pop contemporaine vient piocher sans citer ses sources. Amanda Lear n’a jamais été traitée tout à fait comme une artiste sérieuse, trop glamour, trop énigmatique, trop libre, pour qu’on daigne lui reconnaître une paternité musicale. Là est la vraie gifle.
Ce qui est frappant, c’est que cette affaire tombe quelques jours à peine après la sortie de Bass Persuades. Miley Cyrus, qui collectionne les polémiques vestimentaires et les déchaînements médiatiques, hérite d’une accusation qu’elle n’a pas encore commentée, elle qui se retrouve par ailleurs prise dans d’autres démêlés juridiques. Laisser le silence s’installer est une stratégie comme une autre, mais en matière de droit d’auteur, le mutisme n’a jamais constitué une défense : il creuse le doute, il alimente la présomption, il laisse le plaignant occuper le terrain médiatique. Amanda Lear, elle, a déjà gagné la bataille de l’opinion, avec une punchline sur Instagram et l’aura intacte de celle qui a traversé cinq décennies de vie nocturne sans jamais perdre le sens de la repartie. Reste une question que personne n’ose poser franchement : dans une industrie où l’on sample, recycle et réinvente depuis toujours, à partir de quand la filiation devient-elle un vol ? La réponse, en l’espèce, se jouera moins sur les ondes que devant des avocats, avec cette ironie ultime que ce sont les experts en syllogismes, et non les amateurs de disco, qui décideront in fine si The Sphinx hante encore Redlights.


