LUI a rencontré en 2015 la comédienne sexy Jackie Cruz qui interprète dans la série Netflix Orange Is The New Black, Flaca, une jeune détenue latino au sang chaud qui n’aime pas qu’on marche sur ses plates-bandes.
Dans Orange is the new black, c’est autour de Piper Chapman (Taylor Schilling), enfermée pour quinze mois car elle a transporté une valise d’argent de la drogue, dix ans plus tôt, pour son amante d’alors, qu’évolue une multitude de femmes de tous horizons. Cette jolie blonde tente tant bien que mal de trouver sa place et de se faire à la vie en prison, entre le clanisme, les réseaux et les fortes personnalités des autres détenues. Éclairage sur une série de femmes aux personnalités fortes et qui dénote avec tout ce qu’on a pu voir auparavant.
LUI. Selon vous, pourquoi Orange Is the New Black rencontre autant de succès ?
Jackie Cruz. Nous évoluons malheureusement encore trop dans un monde d’hommes. Je crois que les femmes n’avaient jamais eu une place aussi importante dans une série auparavant. Avant Orange is the New Black, il n’y a jamais eu à l’écran autant de femmes d’origines différentes (des Latinos, des Afro-Américaines, des Asiatiques, des Caucasiennes…). De plus, ce sont des femmes telles qu’on en croise tous les jours dans la rue, sans aucun artifice, ce qui permet à chacune de s’identifier d’autant plus facilement à l’un des personnages. Vous savez, quand je rêvais, enfant, d’être actrice, c’était quelque chose qui me semblait irréalisable. Car je n’avais jamais vu quelqu’un comme moi (latino) dans un rôle pareil à la télévision. Là, il s’agit bien plus que d’un simple rôle de bonne à tout faire… Habituellement, c’est le cas pour la plupart des personnages qui ont les mêmes origines que moi.
Qu’aimez-vous particulièrement dans cette série ?
J’aime le fait que dans la série, on voit qui était chacune de ces femmes avant la prison. Leurs histoires personnelles aident le spectateur à s’attacher à elles. Il y aussi le fait qu’Orange Is The New Black est censé marquer un tournant au-delà du fait qu’il s’agit d’une série sur les femmes. C’est une série Netflix, un nouveau business, énorme, sur internet. C’est une nouvelle façon révolutionnaire de consommer des films et des séries.
Ce n’est pas la première fois qu’une série qui se passe en prison fonctionne… Sommes-nous fascinés par la prison car souvent c’est un monde qui nous est inconnu ?
Je ne sais pas… Ce que je sais, c’est que tout ce que l’on peut voir dans la série est véritablement arrivé à quelqu’un. Nous y montrons ce qui se passe en prison et comment vivre l’expérience plus facilement. C’est pourquoi cette série est pleine d’humour.
« Si le public est fasciné par la prison, c’est peut-être parce qu’il sait, au fond, qu’on n’y va pas que pour des actes aussi graves que des meurtres. »
Comment avez-vous été sélectionnée pour endosser le rôle du personnage de Marisol Gonzalez, alias Flaca ?
Mon manager m’a dit qu’il y avait une audition et que le personnage recherché était une fille originaire d’Amérique du sud au style un peu voyou et bagarreur. Une de mes amies est exactement comme cela. J’ai passé ma vie à l’imiter car elle me fait hurler de rire. Elle a grandi dans un quartier pauvre et m’a raconté plein d’histoires folles sur sa vie. J’ai décidé de m’inspirer d’elle et de prendre son accent, que je trouve amusant. Pour ma première scène, je devais me battre avec une grande fille Noire. C’est sur cette scène que j’ai été auditionné et apparemment cela s’est bien passé… J’ai eu beaucoup de chance d’obtenir le rôle, car c’était ma première audition à New-York. J’espère que cela me portera chance pour la suite. Avec cette série, j’ai l’impression que j’ai gagné à la loterie. Maintenant, les gens me reconnaissent dans des villes étrangères, ça me semble complètement irréel.
Pouvez-vous nous parler de votre personnage ?
« Flaca », le surnom que les autres détenus donnent à Marisol Gonzalez, signifie « grande tige maigre ». Elle a vingt ans, elle est jeune pour être déjà en prison… Ce n’est que dans la saison 3 qu’on va découvrir pourquoi elle y est. J’ai appris beaucoup de choses sur moi-même grâce à elle. Elle adore écouter The Smiths et d’autres groupes de rock des années 80. Je ne connaissais pas cette musique, je l’ai découverte et vraiment appréciée. C’est une gothique, qui se sent incomprise. En quelque sorte elle l’est. Sous ses airs de bagarreuse elle est à fleur de peau.
Comment vous êtes-vous préparé au rôle de Marisol Gonzalez ?
J’ai rencontré des femmes en prison qui m’ont raconté leur histoire. Certaines d’entre elles étaient là car elles avaient été au mauvais endroit au mauvais moment, elles étaient tombées amoureuse de la mauvaise personne… Une d’entre elles m’a raconté une histoire incroyable. Elle s’était faite agresser par trois femmes. Elle avait utilisé une pierre pour se défendre. La pierre a été considérée comme une arme et, suite à cela, elle a atterri en prison. Si le public est autant « fasciné » par la prison, c’est peut-être parce que dans le fond, il sait qu’on n’y va pas que pour des actes aussi graves que des meurtres. Toutes ces histoires m’ont donné envie de faire partie de la campagne « #2nd chances ». Cette association s’occupe d’anciens prisonniers en les aidant à trouver un travail et un logement, en les habillant… L’expérience Orange Is The New Black m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses.
Que va-t-il se passer dans la saison 3 ?
Je ne peux rien vous dire, à part que nous venons de finir le tournage. Elle devrait être en ligne cet été. Il va y avoir de nouveaux personnages, des pleurs, des rires… Mon personnage a de plus en plus d’importance. C’est fantastique pour moi.
Combien va-t-il y avoir de saisons ?
Je n’en ai pas la moindre idée. Même les scénaristes ne savent pas quels vont être les rebondissements des différentes saisons. Ils écrivent les épisodes au compte-gouttes. Ils peuvent décider du jour au lendemain de tuer un personnage, ou de le faire sortir de la prison, s’ils ne le veulent plus au casting.
Avez-vous rencontré Piper Kerman, l’auteure de Orange Is the New Black : My Year in a Women’s Prison, le livre qu’elle a écrit suite à son expérience en prison pour blanchiment d’argent et qui a servi de base pour la série ?
Oui, nous l’avons toutes rencontrée. Elle ressemble énormément à Taylor Schilling qui l’incarne à l’écran, c’est bluffant. Elle a été en prison pendant un an. Piper Kerman m’a dit qu’elle avait rencontré une fille en prison qui était exactement comme « Flaca »… mais en gentille. Elle est toujours mariée à l’homme avec qui elle était avant d’entrer en prison. Ils ont un enfant de trois ans. Maintenant, vous connaissez la fin…
Vos prochains projets ?
Je suis en train de tourner dans un film indépendant pour le cinéma, en République Dominicaine, The Golden boy. C’est une histoire se déroulant dans l’univers de la boxe. J’ai également tourné récemment dans un film au Canada, Thirteen Steps, l’histoire d’un frère et d’une sœur mexicains qui se réfugient au Canada car leur famille a été assassinée par le Cartel.
Orange is the New Black : l’avis de Yann Kerjan
« À mon sens, OITNB est la première série véritablement importante de Netflix. House of Cards s’est accaparé toute la lumière avec ces noms ronflants (Kevin Spacey, Robin Wright, David Fincher), mais il faut se rappeler que c’est, avant tout, un remake (d’une série britannique des années 90, ndlr). Surtout, son sujet, la politique, même s’il a contribué à séduire la presse et à son succès critique, est loin d’en faire une série populaire. Par opposition, OITNB est à même de séduire un public plus large. D’ailleurs Netflix, pourtant peu généreuse en informations sur ses audiences, ne cache pas que c’est sa série la plus vue (donc devant HoC).
Le gros point positif de OITNB, c’est sa créatrice et showrunner de talent, qui avait déjà fait ses preuves sur le format court du « dramedy » chez Showtime avec Weeds : Jenji Kohan est un véritable trophée pour le service de SVOD et elle fait à mon sens encore mieux ici, sur un format long. Aujourd’hui, elle est l’une des rares auteures à pouvoir proposer des sujets de nature sociale avec justesse et une forme de dérision qui n’est jamais forcée.
Les points négatifs sont peu nombreux. Il me semble que le découpage des épisodes, avec toujours le principe du focus systématique sur un personnage, se révèle un peu irrégulier. Tous n’ont pas le même impact et je ne peux m’empêcher de penser, vu que nous sommes sur Netflix, qu’il aurait été plus adapté d’opter pour un récit encore plus étalé sur l’ensemble de la saison, afin de créer des épisodes au caractère « à suivre » plus exacerbés. L’autre point qui me semble faire défaut à OITNB est son actrice principale, Taylor Schilling. Elle est dans le ton, mais sans être exceptionnelle. Elle n’est pas la hauteur, surtout en comparaison avec le reste du casting, très bon voire excellent pour les seconds rôles.
Après les emblématiques Oz et Prison Break, Kohan parvient à nous donner une nouvelle série carcérale d’importance, ce qui n’était pas une mince affaire. Avec cette adaptation du témoignage tout ce qu’il y a de plus authentique de Piper Kerman, elle se permet de dresser un tableau contemporain et précis de la prison pour femmes, un sujet jusqu’à présent largement ignoré de l’ensemble des médias, fiction ou pas. »


