Fin du tout électrique en 2035 : ce que l’accord franco-allemand change vraiment pour l’automobile européenne

Le 15 octobre 2026, en marge du Conseil européen, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont annoncé un accord franco-allemand sur l’automobile : assouplissement des normes de CO2 pour 2035 d’un côté, préférence européenne renforcée de l’autre. Ce n’est pas la fin d’un règlement adopté, mais un compromis politique qui doit encore passer le filtre des Vingt-Sept et du Parlement européen.

L’essentiel

  • Le 15 octobre 2026, la France et l’Allemagne ont annoncé un accord provisoire sur le paquet automobile : les constructeurs devraient réduire de 90 % leurs émissions de CO2 en 2035, sans compenser les 10 % restants.
  • En contrepartie, Berlin accepte une préférence européenne plus stricte, avec un périmètre centré sur l’Union européenne et quelques partenaires proches comme le Royaume-Uni et la Norvège.
  • Rien n’est adopté : le texte doit encore être négocié entre les États membres puis voté par le Parlement européen.

Un compromis de sommet, un soir de Conseil européen, n’est pas une loi. On le rappelle d’entrée, parce que la moitié des titres de la semaine ont déjà enterré le moteur thermique, quand l’autre moitié enterrait déjà l’électrique. Les deux camps ont tort, avec une belle assurance.

Ce que Paris et Berlin ont réellement décidé

Le texte de départ date du 16 décembre 2025. Ce jour-là, la Commission européenne a présenté son paquet automobile : à partir de 2035, une réduction de 90 % des émissions à l’échappement, et non plus de 100 %, les 10 % restants devant être compensés par de l’acier bas carbone produit dans l’Union ou par des carburants de synthèse et des biocarburants. Le « tout électrique » en 2035 était donc déjà entamé avant l’accord d’octobre.

Ce que l’accord franco-allemand ajoute est précis. Selon Touteleurope, les constructeurs devront bien réduire leurs émissions de 90 %, mais n’auront plus à compenser les 10 % restants. Le Journal de l’Automobile rapporte de son côté que l’accord prévoit des flexibilités supplémentaires pour les hybrides, au nom de l’usage croissant de carburants renouvelables.

Un point mérite de la prudence : avant l’annonce, la presse spécialisée évoquait une baisse « d’au moins 80 % ». C’était le récit des fuites du 7 octobre, rapporté par electrive. Les deux sources que nous avons ouvertes après l’annonce parlent de 90 % sans compensation. C’est ce chiffre que nous retenons.

Renault 5 E-Tech électrique verte branchée à une borne de recharge lumineuse au Salon de Genève 2024
La Renault 5 E-Tech électrique reliée à sa borne de recharge, Salon international de l’automobile de Genève, 2024 (photo d’illustration). © Matti Blume, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce que Berlin obtient en échange : la préférence européenne

La France arrache la contrepartie qu’elle réclamait depuis des mois. D’après Touteleurope, l’accord évoque 70 % de composants relevant de la préférence européenne et 10 % de contenu pour les batteries. Les modalités restent à préciser.

Le Journal de l’Automobile apporte une nuance : le périmètre serait recentré sur l’Union et des partenaires proches (Royaume-Uni, Norvège), en excluant le Maroc et la Turquie, et il vise les productions bénéficiant d’un soutien public. Le niveau exact du contenu local, lui, n’a pas été détaillé. Les deux sources ne parlent donc pas tout à fait des mêmes seuils : à ce stade, mieux vaut s’en tenir à l’architecture générale qu’aux pourcentages.

L’équilibre est classique du couple franco-allemand : Paris lâche du lest climatique, Berlin lâche du libre-échange. Emmanuel Macron a résumé l’ambition : « réussir la transformation de notre industrie automobile, tout en maintenant notre ambition climatique », selon Touteleurope.

Ce qu’il reste à voter avant que le moteur thermique ne respire

L’accord est une position commune, pas un règlement. Il doit être intégré dans deux textes en négociation : la révision des normes CO2 des voitures et les règles de préférence européenne. Il lui faut l’aval du Conseil de l’Union et du Parlement européen. Selon electrive, une plénière était attendue en novembre 2026, mais ce calendrier date d’avant l’annonce et pourrait glisser.

Rien n’interdit donc aux eurodéputés de durcir ce que les chefs de gouvernement ont assoupli. Et rien ne garantit que les vingt-cinq autres États membres applaudissent un deal conclu à deux, dans les couloirs d’un sommet. Les Vingt-Sept ont l’habitude de ne pas aimer qu’on décide pour eux.

Ce que cela change pour l’amateur de belles voitures

Soyons francs : pour qui aime les autos, ce compromis est une bonne nouvelle, mais pas un blanc-seing. Il ne ressuscite pas le V12 aspiré du dimanche. Il maintient, dans le droit européen, un espace où hybrides et moteurs thermiques alimentés en carburants renouvelables peuvent encore exister. C’est la différence entre une disparition programmée et une transition surveillée.

Pour les ateliers et les maisons qui fabriquent du rêve, cet espace est vital. Bugatti et son V16 Tourbillon rappellent que la mécanique, quand elle est sublimée, relève de l’artisanat autant que de l’ingénierie. Un cadre qui laisse une porte entrouverte vaut mieux qu’un couperet.

Reste la question industrielle, plus rude que l’esthétique. Comme LUI le racontait à l’ouverture du 91e Mondial de l’Auto à Paris, vingt exposants chinois faisaient face à neuf français. Assouplir la règle ne suffira pas à combler cet écart : c’est la préférence européenne, si elle survit au vote, qui dira si l’Europe fabrique encore ses voitures ou se contente de les assembler.

Notre point de vue tient en peu de mots. Le laxisme climatique n’est pas une politique industrielle, et la rigueur sans usines non plus. Un texte qui accorde du temps aux constructeurs européens doit leur imposer, en retour, de produire sur le continent. Sans cette seconde moitié, l’assouplissement n’est qu’un délai de grâce offert à des industriels qui n’ont pas encore répondu à la question chinoise.

Porsche 911 GT3 vue de dos sur une route côtière sinueuse au crépuscule, feux arrière rouges et ciel rose
Un coupé de grand tourisme sur une route littorale au crépuscule (photo d’illustration, Beachy Head, Royaume-Uni, 2024). © Jack White / Unsplash

FAQ

Le moteur thermique sera-t-il autorisé après 2035 en Europe ?

Pas encore de façon définitive. La proposition de la Commission européenne du 16 décembre 2025 vise une baisse de 90 % des émissions en 2035, et non 100 %. L’accord franco-allemand du 15 octobre 2026 supprime la compensation des 10 % restants, mais il doit encore être négocié puis voté.

Qu’ont décidé la France et l’Allemagne le 15 octobre 2026 ?

Les deux pays ont annoncé un accord provisoire sur le paquet automobile : 90 % de réduction des émissions de CO2 en 2035 sans compensation du reste, contre un renforcement de la préférence européenne. Emmanuel Macron et Friedrich Merz l’ont porté en marge du Conseil européen.

L’accord franco-allemand est-il déjà adopté ?

Non. C’est une position commune entre Paris et Berlin. Elle doit être intégrée dans deux textes européens, la révision des normes CO2 et les règles de préférence européenne, puis approuvée par le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen.

Que signifie la préférence européenne dans l’automobile ?

Il s’agit de réserver les soutiens publics aux voitures et composants fabriqués en Europe ou chez des partenaires proches. Selon le Journal de l’Automobile, le périmètre viserait l’Union, le Royaume-Uni et la Norvège, mais pas le Maroc ni la Turquie. Les détails n’ont pas été communiqués.

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