Il y a des idées qui sentent immédiatement le sapin, au sens littéral comme au figuré, et d’autres qui réveillent, avec une efficacité presque suspecte, cette nostalgie bien huilée dont Hollywood a fait son carburant principal ; la possible résurrection de Maman, j’ai raté l’avion appartient à cette seconde catégorie, avec Macaulay Culkin lui-même aux commandes, comme un enfant prodige devenu adulte qui reviendrait inspecter les pièges qu’il avait autrefois tendus, non plus pour survivre à deux cambrioleurs grotesques, mais pour tenter de piéger le temps qui passe.
Car oui, l’information circule, encore fragile, presque chuchotée, qu’un nouveau volet serait en préparation, ou du moins en gestation embryonnaire dans les couloirs feutrés de Disney, où l’on sait reconnaître une rente émotionnelle quand elle se présente : selon une source citée par People, le projet n’en serait qu’à ses débuts, “très tôt, très très tôt”, une idée à peine esquissée mais déjà caressée par un quasi feu vert, ce qui, dans le langage de l’industrie, signifie à peu près tout et son contraire, sauf l’indifférence.
Suite Maman j’ai raté l’avion : le retour de Macaulay Culkin en Kevin McCallister ?
Le plus piquant, dans cette affaire, n’est pas tant l’existence du projet, après tout, Hollywood recycle avec la régularité d’un métronome sous perfusion, mais l’implication directe de Macaulay Culkin, qui ne se contenterait pas d’un caméo nostalgique mais porterait lui-même l’idée, comme un ancien enfant star décidé à reprendre la main sur son propre mythe.
Disney, dit-on, aurait été séduit par sa proposition, preuve que même les géants du divertissement restent sensibles à une bonne histoire, ou à défaut, à une bonne madeleine de Proust bien calibrée ; et l’idée, justement, a quelque chose d’ironiquement savoureux : Kevin McCallister, autrefois oublié par sa famille dans une maison trop grande pour lui, deviendrait à son tour père, débordé, distrait, suffisamment absent pour que l’histoire se répète, mais à l’envers.
Dans cette version, Culkin imagine un Kevin adulte, possiblement veuf ou divorcé, élevant seul son enfant, travaillant trop, prêtant trop peu attention, bref, incarnant cette figure contemporaine du parent débordé, jusqu’au moment où il se retrouve enfermé dehors, victime d’un fils légèrement vexé qui décide, avec une créativité héritée, de transformer la maison en terrain miné, inversant avec une cruauté ludique les rôles d’autrefois.
Disney Home Alone suite : nostalgie, recyclage et pièges générationnels
Difficile de ne pas voir dans ce pitch une mise en abyme presque trop parfaite pour être innocente : l’enfant devenu adulte, dépassé par sa propre vie, confronté à une version miniature, et légèrement revancharde, de lui-même, comme si la franchise se regardait dans le miroir en assumant enfin ce qu’elle est devenue, une machine à nostalgie qui tente de se réinventer sans jamais vraiment rompre avec ses origines.
Reste que le projet, pour l’instant, n’en est qu’au stade de murmure, Disney comme Culkin se gardant bien de confirmer quoi que ce soit, laissant planer ce flou stratégique qui permet de tester l’appétit du public sans prendre de risque, une technique désormais classique, presque aussi rodée que les pièges de Kevin dans les années 90.
Et il faut bien reconnaître que la saga, depuis ses débuts en 1990 jusqu’à ses suites successives, dont certaines, disons-le avec délicatesse, relevaient davantage de l’exploitation que de l’inspiration, n’a jamais vraiment retrouvé la magie du premier film, celui où Joe Pesci et Daniel Stern venaient se fracasser avec un sens du timing quasi burlesque contre l’ingéniosité d’un enfant livré à lui-même.
Alors, voir Culkin reprendre les rênes a quelque chose de séduisant, presque rassurant, comme si l’on confiait les clés de la maison à celui qui en connaît encore les recoins ; mais une question demeure, suspendue entre espoir et scepticisme : peut-on vraiment recréer l’insouciance d’hier dans un monde qui a appris à tout anticiper, à tout sécuriser, à tout commenter, y compris la nostalgie elle-même ?
Peut-être que la véritable audace serait là, dans cette capacité à ne pas simplement rejouer la partition, mais à accepter que le temps a passé, et que Kevin McCallister, lui aussi, a grandi, avec tout ce que cela implique de pertes, de failles, et, pourquoi pas, d’une certaine élégance mélancolique.


