Pierre Hermé sacré « meilleur pâtissier du monde »

Il avait déjà son nom dans le Larousse, une statue au musée Grévin et cette réputation de faire fondre les foules avec un macaron comme d’autres avec un discours présidentiel, mais Pierre Hermé vient surtout d’obtenir ce que le monde de la pâtisserie aime sans doute le plus après le beurre : un titre qui sonne comme une consécration absolue. Sacré « meilleur pâtissier du monde » par l’Académie américaine du World’s 50 Best Restaurants, le roi du sucre n’a plus seulement le respect des gourmands, il a l’onction du gotha gastronomique, ce qui, dans le grand théâtre culinaire, revient à entrer par la porte de l’arrière-cuisine pour ressortir par la scène principale en habit de lumière.

Pierre Hermé, le macaron en costard-cravate

À 54 ans, après quarante ans passés à dresser des desserts avec la rigueur d’un horloger suisse et l’insolence d’un créateur de mode en pleine crise d’inspiration, Hermé s’offre une distinction qui ressemble à une évidence tardive. On l’a surnommé le Dior des desserts, le Picasso de la pâtisserie, le Roi du macaron ; bref, on a tout tenté pour dire qu’il ne faisait pas simplement des gâteaux, mais des pièces de haute couture sucrée destinées à être admirées, dévorées, puis regrettées avec élégance. Désormais, le voilà officiellement sacré par 972 experts internationaux, auteurs, critiques, chefs et restaurateurs, qui ont donc fini par constater ce que les clients savaient déjà depuis longtemps : quand Hermé passe, le dessert cesse d’être un “petit plus” pour devenir le plat principal de la conversation.

L’intéressé s’est dit « extrêmement flatté », ce qui est une manière très polie de ne pas dire qu’il vient de décrocher le genre de trophée qui fait taire les jaloux et les amateurs de pâtisserie molle. Au micro de MYTF1News, il a parlé d’un « bonheur », d’un « honneur » pour sa famille, ses proches, et toute la profession. On veut bien le croire : quand un artisan français reçoit enfin une telle récompense, c’est tout un pays qui se rassure à peu de frais en se répétant que le génie national existe encore, au moins dans le domaine où le beurre n’est pas un concept mais une religion.

Le triomphe d’un empire du sucre

Pierre Hermé n’a pourtant pas attendu ce trophée pour régner. Son nom dans le Larousse, sa statue au musée Grévin, ses boutiques de Paris à Tokyo en passant par Dubaï : il avait déjà tout de l’empereur discret, de celui qui ne fait pas de bruit mais qui vend le monde entier à coups de ganaches impeccables et de coques de macaron plus précises qu’un tir de sniper. Ce prix n’ajoute pas seulement une ligne de plus à son palmarès ; il rappelle que la pâtisserie française peut encore faire la leçon au reste du monde, quand elle est défendue par quelqu’un qui comprend qu’un dessert n’est pas là pour finir le repas, mais pour lui donner une vraie conclusion dramatique.

Hermé insiste sur un point qui n’a rien d’anodin : ce prix récompense toute une profession et montre qu’on peut vivre de sa passion dans un métier d’exigence et de création. En clair, il rappelle que la pâtisserie n’est pas une activité décorative pour vitrines bien éclairées, mais un terrain d’expression à part entière, où l’on peut encore inventer, surprendre et imposer une vision. Il y a là quelque chose de réjouissant, presque insolent : voir un pâtissier être célébré comme une star mondiale, alors que tant d’autres se contentent de produire du sucré sans âme.

En somme, Pierre Hermé ne vient pas seulement d’être sacré meilleur pâtissier du monde. Il vient surtout de rappeler, avec le calme des grands noms et le panache des très bons, qu’en France, on peut encore transformer une pâte à macaron en monument national. Et franchement, il était temps que le monde le reconnaisse.

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