Na Ruga, l’Italie en format confidentiel

Laurent a garé sa Fiat 500 F/L iconique des années 60 devant son restaurant italien authentique d’une vingtaine de couverts au cœur du 4e arrondissement, une salle à taille humaine, une équipe qui travaille avec le sourire, et cette impression rare d’entrer moins dans un restaurant que dans une petite maison de goût.

Par Ulysse Flowen

Dès l’entrée, le N’uovo impose sa singularité. Le plat intrigue avant même d’être dégusté : un œuf truffé qui termine sa cuisson devant le client grâce à un mécanisme ingénieux, presque théâtral, mais jamais gratuit. Ici, le geste de service fait partie de l’expérience. La chaleur progressive transforme la texture de l’œuf, qui gagne en onctuosité sans perdre sa délicatesse. La truffe apporte sa profondeur terrienne, enveloppante, presque musquée, tandis que le jaune devient le liant naturel du plat : il arrondit, unifie, prolonge les arômes. C’est surprenant, précis, très maîtrisé – une entrée qui marque immédiatement la mémoire.

Les spaghettone Na Ruga poursuivent dans un registre puissant et végétal. Les pâtes, évidemment al dente, conservent cette résistance sous la dent qui donne au plat sa structure et sa vraie personnalité. Le pesto de basilic est bien présent : il apporte à la fois la fraîcheur herbacée, le parfum méditerranéen et cette légère intensité aromatique qui tapisse le palais sans l’écraser. La sauce enrobe les pâtes avec justesse, suffisamment généreuse pour porter le plat, mais assez précise pour laisser la texture des spaghettone au premier plan. L’ensemble est franc, vibrant, profondément italien.

Les orecchiette du chef, aux anchois et feuilles de navet, sont peut-être le plat le plus addictif de la table. Les anchois apportent une salinité profonde, presque umami, qui donne immédiatement du relief à l’assiette. Les feuilles de navet, cuites puis mêlées aux autres ingrédients, jouent un rôle essentiel : elles apportent une note végétale, légèrement amère, qui équilibre la puissance iodée de l’anchois. Cette amertume maîtrisée évite toute lourdeur et donne au plat une tension remarquable. Les orecchiette, avec leur forme creuse et leur texture ferme, capturent la sauce, retiennent les sucs, concentrent les saveurs à chaque bouchée. C’est intense, harmonieux, très gourmand : une véritable explosion de saveurs, mais construite avec intelligence.

Le tiramisu confirme l’excellente impression générale. Généreux, bien caféiné, il trouve le bon point d’équilibre entre la douceur de la crème, l’intensité du café et la texture imbibée du biscuit. Il ne tombe ni dans l’excès de sucre, ni dans la lourdeur. Le café structure l’ensemble, apporte de la profondeur et donne au dessert cette finale légèrement amère qui appelle naturellement la bouchée suivante. Clairement, l’un des meilleurs tiramisus que l’on puisse goûter à Paris.

Enfin, il faut parler de l’accueil. Laurent et son équipe sont adorables, souriants, pleins de bonne humeur. Le service a cette chaleur rare qui change complètement l’expérience d’un repas : attentif sans être pesant, convivial sans être brouillon. Chez Na Ruga, on mange très bien, mais on se sent aussi très bien. Une adresse italienne confidentielle, généreuse et sincère, où l’on vient pour les pâtes, le tiramisu, l’ambiance, et où l’on revient très vite pour retrouver un peu de cette Italie familiale en plein Paris 4.

Na Ruga
13 Rue Beautreillis, 75004 Paris
01 42 72 38 34
https://www.instagram.com/cotesaintjacques_/

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