Borgo Monchiero – Monastère cinq étoiles

Il existe deux manières de transformer un monastère en hôtel de luxe. La première consiste à tout repeindre en beige, installer trois bougies qui sentent le bois de cèdre et baptiser le moindre couloir « expérience sensorielle ». La seconde consiste à ne pas trop toucher à ce qui faisait justement l’intérêt de l’endroit. Borgo Monchiero a plutôt choisi la deuxième.

Par Jean-Christophe FLORENTIN

Direction les Langhe, au sud de Turin, dans ce Piémont où les collines semblent avoir été dessinées spécialement pour justifier l’ouverture d’une bonne bouteille de Barolo. Au milieu des vignes et des paysages classés à l’UNESCO, un ancien complexe monastique du XVIIIe siècle vient de reprendre vie après deux années de restauration.

Bienvenue à Borgo Monchiero Heritage by Atmosphere. Le nom est long. Le lieu, lui, invite plutôt à ralentir. Ici, pas de lobby gigantesque façon aéroport de Dubaï, ni de démonstration de luxe au mètre carré. Le Borgo compte seulement 25 chambres et suites, réparties entre l’ancien monastère et une villa. Les anciennes cellules des moines ont été transformées en chambres, les matériaux historiques conservés et les traces du passé laissées suffisamment visibles pour que l’on comprenne immédiatement où l’on a posé ses valises.

C’est probablement la première réussite du lieu : on n’a pas transformé un bâtiment du XVIIIe siècle en hôtel qui aurait pu se trouver à Miami, Marrakech ou Mykonos.

À quelques mètres se dresse toujours le sanctuaire de la Beata Vergine del Rosario (le sanctuaire de la Vierge du Rosaire dédié à la Vierge Marie, édifié en 1752. Une ancienne chapelle est devenue Mater, un salon où l’on peut désormais dîner entre amis. Une autre église, désacralisée celle-là, sert d’espace d’exposition.

Les moines ont quitté les lieux. L’aperitivo est arrivé. Mais une porte dérobée située dans une des chambres du 2eme étage permet d’accéder directement dans l’édifice religieux au niveau de la statue de la Vierge !

Plaisir terrestres et profanes. Au bar Olo, on attaque doucement avec charcuteries artisanales, fromages du coin et vins piémontais. Puis direction Eira, le restaurant gastronomique confié à Giorgio Servetto, chef déjà passé par des tables étoilées Michelin, accompagné d’Alessandro Di Giacomo. La cuisine part du Piémont mais s’autorise quelques excursions vers la Ligurie et la France. Ce qui, géographiquement parlant, reste raisonnable.

Dans cette région, de toute façon, essayer d’échapper à la gastronomie relève presque de la provocation. Nous sommes sur les terres du Barolo, avec des caves à quelques kilomètres, des vignes à perte de vue et cette étrange capacité italienne à faire passer un déjeuner de deux heures et demie pour une nécessité physiologique.

Après le repas, reste une décision difficile : faire quelque chose ou ne absolument rien faire.
La deuxième option est fortement recommandée.

La piscine panoramique, baptisée Eva — « eau » en dialecte local — regarde les collines. Un peu plus loin, l’ancien réservoir d’eau du bâtiment a été transformé en bassin chauffé sous une voûte de pierre. Sauna, espace de repos, douche sensorielle : le spa ne cherche pas à devenir une usine à bien-être avec quinze cabines et un menu de soins de 84 pages. Il reste à l’échelle du Borgo : discret.

Mais ce qui donne réellement du caractère à Monchiero se trouve peut-être ailleurs. Ce supplément d’âme, y compris artistique.

Pendant le XXe siècle, le village a accueilli une petite constellation d’artistes piémontais. Le peintre Eso Peluzzi y avait son atelier. Piero Simondo, Gigi Chessa, Giulio Da Milano ou encore Nino Aimone ont eux aussi participé à cette histoire. Aujourd’hui, les œuvres sont réparties dans le domaine comme dans un musée sans véritable parcours imposé. L’ancienne maison et l’atelier de Peluzzi se visitent encore sur réservation.

Même chose côté musique. Le compositeur et chef d’orchestre Ezio Bosso, le violoncelliste Mario Brunello ou le DJ Alessio Bertallot ont vécu ou séjourné ici.

Autrement dit, Borgo Monchiero avait une vie culturelle bien avant qu’un groupe hôtelier ne décide d’y installer des draps impeccablement repassés. Car Atmosphere Core n’arrive pas vraiment de nulle part. Le groupe s’est notamment développé dans l’hôtellerie haut de gamme aux Maldives. Borgo Monchiero constitue sa première adresse européenne et la deuxième propriété de sa collection Heritage. Il aurait donc été facile de plaquer sur les Langhe une recette internationale de resort chic.

Évidemment, nous sommes bien dans un cinq-étoiles. Certains séjours peuvent commencer avec un « Heritage Host » qui vous accueille dès l’aéroport et se poursuivre avec dégustations de vins, visites de caves, high tea panoramique et expériences gastronomiques.

On ne pousse donc pas exactement l’austérité monastique jusqu’au bout. Aucune autoflagellation n’est ici requise. Les religieux qui occupaient autrefois les lieux avaient fait vœu de sobriété. Quelques siècles plus tard, le programme a légèrement évolué. Mama mià !

Borgo Monchiero Heritage by Atmosphere
Località Monchiero Alto, 5, 12060 Monchiero CN, Italie
+39 0173 78031
https://www.instagram.com/borgomonchieroheritage/

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