Panache, postiches et perruques : le sacre cannois de Dubosc et Artus

On les attendait au tournant de la vanne potache ou de la glissade en claquettes sur la Croisette, mais c’est avec une épée à la main et le verbe haut que le duo Dubosc-Artus a électrisé le Festival de Cannes. Dans Les Caprices de l’enfant roi de Michel Leclerc, présenté hors compétition, nos deux trublions nationaux s’offrent un aller simple pour le XVIIe siècle.

L’exercice était périlleux : Artus en Cyrano de Bergerac (le vrai, celui qui a du nez pour la bagarre) et Franck Dubosc en D’Artagnan usé par les ans. Loin de la parodie facile, le film s’amuse à bousculer l’Histoire pour mieux célébrer la liberté d’expression, tout en plaçant nos deux compères au cœur d’une intrigue de cour où le futur Louis XIV joue à cache-cache avec des conspirateurs.

Du slip de bain au justaucorps : une mue réussie

Si l’on m’avait dit un jour que Patrick Chirac troquerait son célèbre maillot moulant pour la casaque des Mousquetaires avec autant d’aisance, j’aurais probablement vérifié le degré d’alcool de mon cocktail. Pourtant, Franck Dubosc confirme ici sa « mutation » entamée avec son César du scénario pour Un ours dans le Jura. Il campe un D’Artagnan mélancolique, prouvant que sous le rire se cache une profondeur de jeu qui n’a rien à envier aux tragédiens de la Comédie-Française.

De son côté, Artus, encore porté par le triomphe colossal d’Un p’tit truc en plus il y a deux ans, évite le piège de la répétition. En incarnant Savinien de Cyrano de Bergerac, il insuffle une vitalité brute et moderne à cette icône littéraire. Ce n’est plus seulement l’humoriste qui monte les marches, c’est un acteur-réalisateur qui a désormais « le luxe du choix », oscillant entre la Pampa et le western.

La comédie populaire : nouvelle noblesse de la Croisette

Voir ces deux-là s’extasier sur « l’hommage aux personnages fondateurs de la culture française » au micro de Caroline Vié, c’est assister à une forme de réconciliation nationale entre le cinéma d’auteur et le box-office. Le film de Michel Leclerc ne se contente pas de faire rire ; il questionne notre rapport au patrimoine avec une impertinence salutaire.

Le message est clair : on peut avoir fait carrière dans la « grosse comédie » et manier le fleuret (et la langue de Molière) avec une élégance folle. Alors que Dubosc file dès lundi réaliser son nouveau projet, 5h48, place des Martyrs, et qu’Artus prépare son western pour 2027, Les Caprices de l’enfant roi s’impose comme la preuve par deux que le talent n’a pas de costume attitré. Finalement, entre une tente à Flots Bleus et la cour du Roi Soleil, il n’y a qu’un pas… et beaucoup de panache.

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