« Un morceau écrit, mixé et un clip publiés toutes les semaines pendant un an », aussi connue sous le nom de « Rilèsundays », cette performance est le défi que le rappeur, auteur-compositeur et producteur français Rilès Kacimi s’est donné de 2016 à 2017. Originaire de Rouen, le jeune artiste doit son succès à sa détermination et à sa discipline, mais son succès et son originalité se résument-ils à la musique ?
Après s’être aventuré pour la première fois dans la performance artistique, l’artiste enchaîne les mises en scène face à un public admiratif. En janvier 2025, Rilès réalise le « Survival Run », une course de 200 kilomètres sur un tapis roulant pendant 24 heures devant une scie géante. En octobre 2025, l’artiste entreprend « The 25TH hour », une performance dans laquelle sa main, baignée dans une peinture rouge vient marquer plus de 20 000 exemplaires pour faire la promotion de son nouvel album. Enfin, il réalise l’impressionnante performance « I don’t wanna lose you », à l’Accord Arena de Paris en février 2026, inspirée de la célèbre performance de l’artiste Yoko Ono « Cut Piece ». Au travers de celle-ci, le chanteur s’offre comme objet d’art. Vêtu d’une création de Georgie Salama, il invite une personne du public à monter sur scène à tour de rôle et à saisir une paire de ciseaux pour lui couper un morceau du tissu qu’il porte sans qu’il puisse intervenir.
A quoi servent ses performances ? Marquer la musique de ses empreintes indélébiles ?
Yoko Ono, « Cut Piece », un silence artistique qui a fait crier la presse.
Yoko Ono est une performeuse et artiste japonaise née en 1933 dans l’une des familles les plus aisées du Japon. Accablée par l’horreur de la guerre à seulement 6 ans, elle trouve refuge dans l’imagination, sanctuaire originel de son art.
« Avec mon frère on s’allongeait et on regardait le ciel à travers un trou dans le toit. Pour survivre, on utilisait le pouvoir de notre imagination en inventant plein de menus. Quand mon frère avait faim et qu’il était malheureux, je lui demandais : « Quel plat voudrais-tu manger ? De la glace ? », il répondait : « Bien », « alors imaginons un festin de glaces », alors il se mettait à sourire. J’ai compris que l’imagination pouvait nous rendre heureux. On avait notre dîner conceptuel et c’est peut-être ça, ma première œuvre d’art », selon RadioFrance.
Contre l’adoption d’une vision surplombante de l’artiste, Ono place le spectateur au centre de ses performances dans un dispositif en constante interaction avec son public. Elle présente au Yamaichi Concert Hall de Kyoto en 1964, la performance internationalement connue, « Cut Piece » dans laquelle elle est assise sur le sol dans la position traditionnelle de la femme japonaise, le regard impassible presque vide accompagnée d’une paire de ciseaux de couturier. Elle invite dans le silence, le public à saisir à tour de rôle, la paire de ciseaux afin de couper un morceau de son vêtement.
La vulnérabilité artistique: un lien intime avec le public.
Que va couper la personne qui monte sur scène ? Quelqu’un va-t-il oser couper la bretelle de son soutien-gorge ?
Certains sont présents pour leurs amis, d’autres partagent leurs peines et leurs joies mais Ono et Rilès, sont de ceux qui ont choisi la mise à nu comme lien intime pour se rapprocher des autres.
En inversant les rôles entre « artiste actif » et « spectateur réceptif et passif », les deux artistes mettent en jeu leur vulnérabilité et leur position de faiblesse dans une forme de mutisme. Ce geste artistique et novateur soulève des questions tant politiques que sociales notamment autour de la sexualisation du corps et des limites de nos propres actes sur les autres.
Mais alors, que fait-on des potentiels dégâts, des consignes non respectées ?
« I don’t wanna lose you » semble être une tentative artistique afin d’établir un lien indéfectible entre le public et lui. Mais alors, jusqu’où va l’admiration ? En effet, cette représentation intime de l’artiste a rassemblé autant qu’elle a divisé le public. Certains respectent les consignes et coupent des morceaux de tissus pendant que d’autres coupent des poignées de cheveux de l’artiste, ce qui n’était pas autorisé. Aussi bien admirée que contestée, cette performance est le miroir d’une conscience collective parfois débordée par l’absence de limites.


