Après une quinzaine de James Bond, on commençait à comprendre que les agents secrets ne rigolaient pas du tout avec l’élégance. Même quand il s’agit de courses-poursuites dans le désert, on le fera toujours avec une chukka de fin bottier britannique au pied. Avec son dernier opus, Kingsman, (qui réunit Samuel L. Jackson, Colin Firth et Taron Egerton), Matthew Vaughn frappe très, très fort en termes d’humour, d’action, mais aussi de style very british et hautement élégant. Voici donc comment être stylé comme un James Bond… Ou un Kingsman !
Pour savoir comment adopter l’un des looks les plus classes du monde, qui résiste même à de la guérilla urbaine, à un siège en bonne et due forme d’un cottage de la campagne britannique comme à une douzaine de tonneaux en voitures, nous sommes allés demander aux amis du blog Jamais Vulgaire leurs références imparables et conseils de style… Voici donc, enfin, comment adopter définitivement le look agent secret british, stylé en toute circonstance :
Il faut savoir que, pour ce mariage impeccable entre le less is more et un authentique suit porn, le réalisateur Matthew Vaughn et la costumière Arianne Philipps (A Single Man, Walk The Line) se sont associés avec l’e-commerce britannique Mr. Porter, non seulement pour distribuer la ligne complète du film, mais aussi pour la développer dès le début —un coup de génie marketing qui fait du film quasiment une publicité de 2H15 pour le sieur Porter)… Même si Kingsman demeure un véritable hommage à Saville Row (du nom de la rue londonienne où traditionnellement sont installés les plus grands tailleurs du monde), qui met à contribution plus d’une dizaine de maisons, dont la plupart ont depuis des décennies (voir des siècles) la confiance de la couronne britannique.
Particulièrement appréciable pour un fondu de la mode, le film met aussi l’accent sur l’importance des codes et sur leur complexité avec une fidélité remarquable aux règles rigides du traditionnel gentleman anglais. On s’en aperçoit dès les premières minutes du film avec le fameux code…
« Oxford not brogues » (“Des Richelieu unies, pas perforées”)
Si cette phrase paraît évidente à la plupart d’entre vous, vous comprendrez bien qu’elle ne l’est pas forcément pour un jeune banlieusard londonien en sneakers et polo Fred Perry. D’entrée, on nous met dans l’ambiance, et on comprend qu’on va avoir droit à toute une petite série de rappels, et qu’on en aura aussi plein les yeux. Et c’est évidemment par les chaussures qu’on commence, auxquelles un gentleman (et plus encore un Kingsman) digne de ce nom, se doit de consacrer (presque) toute son attention. Deuxième code : un vrai gentleman ne porte que deux couleurs aux pieds, du noir en ville, du marron à la campagne.
En ville, deux options :
- les richelieu unies sont réservées aux occasions les plus formelles (on les prendra vernies pour une réception ou un gala) ;
- les richelieu perforées sont légèrement plus « casuals » : les perforations étaient en effet à l’origine bien plus qu’une décoration et avaient une véritable utilité pratique sur les bottes des paysans du début du XX° siècle, en permettant de dégorger plus facilement…
Elles furent d’abord confectionnées par George Cleverley, le bottier favori de Winston Churchill. La ligne est élancée, avec un bout carré minimaliste et une forme biseautée, qui garantit quand même une certaine largeur et un vrai confort. Des chaussures de qualité, bien portées et avec une belle démarche, ça devient forcément une arme mortelle. Pour la campagne, au delà de la couleur (marron, donc), on doit se soucier de la matière. Et forcément, pour aller courir chargé d’un M16 avec son carlin, le cuir de veau pleine fleur sera un peu trop fragile. L’agent secret préfère donc du gros cuir grainé bien robuste, quasi increvable.
Les bottes derby à gros cuir grainé et bout droit sont aussi caractéristiques de la campagne, quoique plus souvent utilisées dans un contexte militaire. L’idéal est de les prendre avec un montage un minimum imperméable (Goodyear ou norvégien) et en cuir de veau grainé, bien robuste.
La tenue de campagne du gentleman
Restons donc sur la campagne et évoquons le reste d’une tenue typiquement rurale, avant de passer aux tenues urbaines de l’honnête homme.
Le pull militaire : Il est possible que vous retrouviez ce genre de pull chez Zara ou autre Sandro. Croyez bien cependant que ça sera vraiment loin d’être une invention… Il s’agit d’un pull caractéristique des week-ends à la campagne, dans une grosse maille bien robuste et qui se
La veste cirée : À sa vue, j’ai cru qu’il s’agissait évidemment d’une Barbour, le symbole même du gentleman élégant mais à l’aise face aux éléments. Un tartan représente les couleurs des célèbres clans écossais, qui s’en servaient pour se différencier. Le plus connu est le tartan Burberry, et le tartan Blackwatch en est l’un des plus proches.
Il montre ici l’attachement du gentleman aux racines à l’histoire de ses vêtements. S’il a tout-à-fait sa place sur une veste cirée, dans une tenue de campagne, le porter en ville est une autre affaire. Galahad le porte parfaitement dans une tenue de soirée, avec un smoking ultra formel, de manière très naturelle.
Les costumes
Ce qui frappe dans Kingsman, c’est le naturel déconcertant avec lequel les costumes sont portés. Et c’est ce qui caractérise un bon costume : une aisance et un confort exceptionnels. (Évidemment, vous n’irez pas jusqu’à enchaîner les saltos, faire de la chute libre et marcher sur les murs, ça c’est pour la fiction !). Il respecte parfaitement la silhouette, avec une coupe cintrée, une emmanchure haute et un dos parfaitement mis en valeur.
Fidèle à la tradition du parfait gentleman, c’est le costume croisé, à rayures épaisse, qui constitue la vraie tenue de travail de ville. Les deux couleurs indispensables sont présentées : gris et bleu. Uni, rayé ou Prince de Galles, le costume croisé est en gris ou bleu (à la limite noir) mais jamais en marron.
Les revers sont bien larges, les motifs et les couleurs bien sentis. La coupe est irréprochable : elle est près du corps avec une emmanchure bien haute. Naturellement, ces deux costumes sont entièrement entoilés. On peut cependant trouver des alternatives pour des costumes bien coupés, avec une emmanchure haute et entièrement entoilés.
La veste non croisée est reléguée quant à elle aux vestes sport, en tweed ou à chevrons : elle est portée en mission, par des politiciens véreux et par des vieux professeurs d’université.
Les accessoires : l’inévitable parapluie
Si le parapluie de Mr. Porter ne vous sera pas utile en pleine bataille, il est tout de même bien représentatif du savoir-faire britannique.
Encore une fois, les fabricants de ces parapluies, Thomas Brigg & Sons (intégrés dans la compagnie Swaine Adeney Brigg) sont des fournisseurs attitrés du gouvernement et de la couronne britanniques depuis le XIX° siècle.
La morale du film : l’élégance ne s’achète pas, elle se mérite « On ne nait pas gentleman, on le devient ». C’est par cette réplique un peu pompeuse qu’Harry Hart fait entrevoir à son jeune disciple une ascension sociale qui se mérite par l’apprentissage de la discipline et des codes, ainsi que par le dépassement de soi.
En d’autres termes, achetez les plus beaux vêtements pour être élégants, si vous le souhaitez… Mais alors n’oubliez pas de travailler l’authentique charme du gentleman, l’élégance morale, intérieure, qui sera la seule à transpirer de vos costumes… Notre conseil ? N’essayez pas de tricher !


