Il y a des restaurants qui ouvrent et d’autres qui se réveillent (et d’autres qui ferment mais ne gâchons pas la fête). À deux pas du parc Monceau, Le Camondo vient de changer de peau sous l’impulsion de Fitz Group. Bonne nouvelle : personne n’a eu la mauvaise idée de transformer cette adresse historique en énième restaurant beige pour influenceurs. Le lieu a gardé son âme, tout en retrouvant sérieusement du sex-appeal. Le VIIIe arrondissement a parfois le charme discret d’un conseil d’administration. Heureusement, certaines adresses savent encore lui décoincer la cravate. Le Camondo est de celles-là.
Par Jean-Christophe FLORENTIN

Nichée dans la cour du musée Nissim de Camondo, l’adresse possède déjà un avantage considérable sur 90 % des nouveaux restaurants parisiens : elle n’a pas besoin qu’on lui invente une histoire. Elle en a une. Le restaurant occupe l’ancienne remise à voitures de l’hôtel particulier construit en 1911 pour le comte Moïse de Camondo. Plafonds à caissons, colonnes d’acier, sol brut de l’ancien garage, cour pavée et végétalisée : voilà un pedigree autrement plus séduisant qu’un mur de briques repeint à la chaux et trois lampes chinées aux Puces.
Le Camondo pouvait pourtant redouter le lifting de trop. Il n’en est rien. Le cabinet Lizée Hugot a eu l’intelligence de ne pas effacer les rides qui faisaient son charme. Les éléments historiques restent en place, mais l’ensemble gagne en chaleur avec de nouvelles matières, un éclairage plus enveloppant, du mobilier sur mesure et une atmosphère qui devient nettement plus troublante lorsque la nuit tombe. Au centre, le bar à cocktails donne soudain une très bonne raison de ne pas demander l’addition trop vite.


Reste évidemment ce détail que certains restaurants à la mode oublient parfois : manger. Aux commandes, Roudy Petersen, passé notamment par les maisons Guy Savoy et Pierre Gagnaire, mais aussi par Catch et Zuma. Sa carte regarde la France avec un léger accent méditerranéen et, surtout, sans chercher à réinventer la fourchette. Accras de morue, croque à la truffe noire, tartare de thon et guacamole, bar poêlé avec purée d’artichauts et émulsion de cresson, coquelet rôti aux oignons nouveaux : on retrouve des plats immédiatement désirables, suffisamment travaillés pour exciter la curiosité mais pas au point de nécessiter l’intervention du serveur pour comprendre ce que l’on a dans son assiette.


C’est peut-être là que cette réouverture est la plus réussie. Le Camondo n’essaie ni de devenir un musée (il en a déjà un à côté), ni une boîte de nuit déguisée en restaurant. La journée, son élégance patrimoniale fait le travail. Le soir, lumières basses, cocktails et décor plus enveloppant changent doucement la température sans verser dans le grand cirque parisien.

Le Camondo est revenu. Plus contemporain, plus nocturne, plus sexy – mais toujours assez bien élevé pour ne pas le montrer trop ostensiblement. Dans le VIIIe, c’est presque de la provocation.
Le Camondo – 61 bis, rue de Monceau 75008 Paris – 01 83 64 82 96


