Tandis que Spider-Man: Brand New Day envahit les écrans français, porté par le duo Tom Holland et Zendaya, l’univers de la mode s’empare à son tour du mythe, avec cette fascination un peu honteuse, cette envie de jouer aux grands en se déguisant en enfants, de se glisser dans la peau de ces surhommes et surfemmes qui, depuis des décennies, hantent nos rêves.
Zendaya et le retour triomphal du merch de super-héros
Zendaya, qui incarne MJ dans la nouvelle mouture de l’homme-araignée, n’est pas en reste. Elle qui a poussé le method dressing à son paroxysme, signant avec son styliste Law Roach certains des looks les plus mémorables de ces dernières années, on pense à la combinaison robotique Mugler vintage pour Dune, ou à la silhouette Givenchy de 1997 pour L’Odyssée, a cette fois opté pour une approche plus frontale, plus directe, plus assumée, aussi. Lors de son passage à Paris, sous une chaleur accablante, elle est apparue dans un tee-shirt Marvel des années 2000, déniché sur eBay pour la somme dérisoire de 34,99 dollars, un modèle sérigraphié à l’effigie de Spider-Man qui illustre parfaitement sa vision du style : « Le style ne doit pas toujours coûter une fortune », a d’ailleurs lancé Law Roach, en apôtre de la démocratisation du chic.
Moins métaphorique que le method dressing classique, plus littéral, plus provocateur, aussi, ce choix n’en reste pas moins subtil, presque malin, comme une façon de dire : Oui, j’aime les super-héros, oui, j’en porte, oui, j’en suis fière, et alors ? Et elle n’est pas la seule. Michael B. Jordan, présent au Dolby Theatre de Los Angeles pour l’avant-première du film, a lui aussi rendu hommage à l’homme-araignée, arborant un tee-shirt Spider-Man qui évoque les couvertures des comics des années 1980. L’acteur, sacré cette année Oscar du Meilleur acteur pour son double rôle dans Sinners, assume pleinement son statut de fan, loin de craindre d’être catalogué comme un « geek », ce terme parfois associé à tort à un mode de vie solitaire et reclus. Il revendique au contraire cette passion avec fierté, avec panache, avec cette insolence des gens qui n’ont plus rien à prouver, de ceux qui savent que la vraie liberté, c’est de porter ce qu’on veut, quand on veut, sans se soucier du regard des autres, sans se plier aux codes, sans se laisser enfermer dans des cases.
Des créateurs de mode qui se prennent pour des super-héros
Spider-Man, Batman, Superman, Wonder Woman… Depuis des décennies, les super-héros sont les métaphores de l’expérience humaine, ces figures tutélaires à travers lesquelles on explore des thèmes universels tels que l’identité, la différence, la quête de justice, tout en incarnant le courage, la résilience et l’espoir pour des générations de fans. Les créateurs de mode sont eux aussi nombreux à revendiquer leur passion pour ces icônes, sans doute parce qu’ils se reconnaissent dans leur sens du devoir, leur capacité à se dépasser, leur résilience face au doute. À l’image de leurs héros favoris, ils repoussent sans cesse leurs limites, portés par une exigence créative et un engagement sans faille envers leur vision. Pas étonnant donc qu’ils s’imposent comme l’inspiration plurielle de nombreux designers depuis des décennies.
Flashback : sur le podium de son défilé automne-hiver 2011-2012, Jeremy Scott s’est penché sur les costumes des super-héros qu’il a revisités à sa manière, à travers une mode teintée d’humour, colorée et anti-conformiste. Celui qui aime s’inspirer de la culture pop dévoilait donc des débardeurs métallisés griffés de l’insigne de Superman, le S remplacé par un point d’interrogation, et de celui de Batman. En guise de final, une robe longue entièrement sublimée de paillettes bleues, dotée du logo de Superman jaune et rouge, le tout accompagné d’une traîne vaporeuse imaginée à la manière d’une cape. Il a aussi revu et corrigé la figure de Wonder Woman avec une robe blanche dotée de petites étoiles bleues.
Première super-héroïne féministe de la culture pop, Wonder Woman a plus récemment inspiré Matthieu Blazy pour le défilé Chanel Métiers d’art, présenté à New York. Plusieurs mannequins étaient chaussés de bottes rouges et blanches, une référence évidente à celles portées par Lynda Carter dans la série culte de 1975. Pour cette collection, le créateur s’est nourri de l’énergie brute de New York, de ses habitants et des silhouettes qui se croisent chaque jour dans le métro. Il y convoque aussi les héros de son enfance, avec cette nostalgie un peu tendre, un peu cynique, un peu désabusée, qui fait tout le sel de la mode contemporaine. Car en 2026, sur la planète mode, les super-héros ont la cote, et tant pis pour les puristes, tant pis pour les snobs, tant pis pour ceux qui trouvent ça trop facile, trop pop, trop commercial, trop kitsch, trop tout. La mode, après tout, n’a jamais été qu’un grand déguisement collectif, une façon de se raconter des histoires, de se jouer des rôles, de se prendre pour des héros, ne serait-ce que pour une saison, ne serait-ce que pour un défilé, ne serait-ce que pour une photo, ne serait-ce que pour un like, ne serait-ce que pour un buzz, ne serait-ce que pour un instant de gloire éphémère, ne serait-ce que pour le plaisir de se sentir vivant, puissant, invincible, le temps d’un clic, d’un flash, d’un feu d’artifice.


