À Séoul, un restaurant doublement étoilé au Michelin se retrouve aujourd’hui au cœur d’une affaire bien moins raffinée que sa cuisine. Son propriétaire est poursuivi par la justice sud-coréenne pour avoir servi, pendant plus de quatre ans, des fourmis en dessert à sa clientèle. Une fantaisie gastronomique qui, dans une ville où la créativité culinaire aime souvent flirter avec la provocation, a fini par se heurter de plein fouet à la loi.
Des fourmis au dessert dans un restaurant étoilé de Séoul
Le plat en question n’avait pourtant rien d’un accident de parcours : un sorbet au sikhye, boisson traditionnelle coréenne à base de riz sucré, coiffé de fourmis, pour apporter une touche acide et singulière. Le problème, c’est que la Corée du Sud encadre strictement la consommation d’insectes, et les fourmis ne font pas partie des espèces autorisées. Autrement dit, ce qui pouvait ressembler à une audace de chef relevait surtout d’une infraction bien réelle.
L’affaire a été révélée après plusieurs plaintes laissées par des clients sur Google, où certains signalaient la présence d’insectes dans leur dessert. Les autorités sanitaires ont alors enquêté et découvert que ce topping figurait à la carte depuis 2021. Selon leurs estimations, il aurait été servi plus de 12 200 fois. Le restaurateur, lui, conteste cette lecture des faits et affirme que les fourmis n’étaient proposées qu’en option, aux côtés d’autres accompagnements comme du vinaigre fermenté ou des fleurs comestibles.
Un risque sanitaire qui alourdit le dossier
Au-delà de la question réglementaire, c’est aussi la sécurité alimentaire qui inquiète les autorités. D’après l’enquête, les fourmis importées des États-Unis et de Thaïlande contiendraient jusqu’à 55 fois plus de métaux lourds que les insectes comestibles habituels. Une donnée qui donne à cette histoire un parfum nettement moins chic que celui d’un dessert de haute volée. Au total, près de 49 000 fourmis auraient été importées sur une période de quatre ans pour alimenter cette recette.
Le parquet a requis une peine d’un an de prison contre le gérant du restaurant, ainsi qu’une amende de 20 millions de wons, soit environ 12 000 euros, à l’encontre du groupe hôtelier exploitant l’établissement. Le verdict doit être rendu le 2 septembre. En attendant, cette affaire rappelle qu’en cuisine, l’audace a beau être célébrée, elle ne dispense jamais de respecter la loi. Même sous les ors du Michelin, un ingrédient interdit peut coûter très cher.


