Jean-Marc Sylvestre, l’un des visages les plus connus de l’information économique à la télévision française, est mort lundi 20 juillet à l’âge de 79 ans, des suites d’une longue maladie, selon Atlantico. Avec lui disparaît une voix très identifiable, un débit nerveux, une manière bien à lui de rendre l’économie presque vivante, presque grinçante, comme si les courbes du CAC 40 pouvaient se raconter avec autant d’aplomb qu’un fait divers.
Jean-Marc Sylvestre, visage de TF1 et LCI
Pendant près de vingt ans, Jean-Marc Sylvestre a incarné l’économie sur TF1 et LCI, devenant un repère pour les téléspectateurs qui cherchaient à comprendre ce que les chiffres font à la vie réelle, celle des salariés, des patrons, des ménages et de tous les autres qui aimeraient bien que la croissance ait parfois la politesse d’être simple. Il a notamment présenté Les Coulisses de l’économie, avant de poursuivre son parcours sur i-Télé puis sur B SMART, sans jamais vraiment quitter son terrain de jeu favori : l’analyse, la conviction et le commentaire qui ne caresse pas toujours dans le sens du bilan comptable.
La nouvelle de sa mort a été annoncée par son ami et collaborateur de longue date Jean-Sébastien Ferjou, qui lui a rendu un hommage très touchant. Il a décrit un homme de rires, d’enthousiasme et de colères rapides, quelqu’un qui adorait la vie et entendait bien en goûter chaque morceau. Il a aussi rappelé que, même malade, Sylvestre continuait encore récemment à écrire pour Atlantico, où il travaillait depuis quinze ans. Bref, un journaliste qui n’avait pas totalement accepté de ranger ses convictions au vestiaire.
Un combat longtemps gardé secret
Au-delà du journaliste, il y avait aussi l’homme, confronté pendant des années à un cancer de la prostate qu’il avait longtemps gardé pour lui. En 2021, il avait choisi de lever un peu le voile dans son livre Tout n’est pas foutu, puis dans plusieurs interventions publiques, avec une franchise assez rare pour être soulignée. Il expliquait alors le choc du diagnostic, le sentiment d’être soudain face à un mot qui ressemble à une condamnation, et le dilemme cruel entre se faire opérer avec les risques que cela implique, ou laisser la maladie suivre son cours au prix de souffrances plus tardives.
Il avait aussi parlé sans détour des conséquences sur sa vie intime, assumant une parole que beaucoup d’hommes n’osent pas tenir à voix haute. Cette pudeur brisée tardivement donnait à son témoignage une force particulière : celle d’un homme qui n’a pas seulement raconté l’économie, mais aussi la vulnérabilité, le corps, la peur, et ce que le mot “guérir” peut coûter. Son dernier passage public remarqué remontait à mai, dans une vidéo de l’association Des étoiles dans la mer, où il s’exprimait sur la maladie et sur la nécessité de soutenir la recherche médicale.
Jean-Marc Sylvestre laisse l’image d’un journaliste combatif, parfois tranchant, toujours engagé, qui n’aura jamais vraiment séparé l’exercice de l’information de ses convictions personnelles. Il aura aussi rappelé, jusque dans sa manière de parler de la maladie, qu’il existe une forme de courage dans le fait de dire les choses telles qu’elles sont, même quand elles dérangent.


