Martin Scorsese, monstre sacré du cinéma, se tourne vers l’IA pour son prochain film

Le cinéma a toujours aimé ses prophètes, ses renégats et ses vieillards magnifiques ; il n’était donc pas impossible, au fond, de voir Martin Scorsese, 83 ans, venir poser son regard de patriarche inquiet sur l’intelligence artificielle, cette machine à fascination et à sueur froide qui promet de tout accélérer pendant que tout le monde s’alarme de ce qu’elle pourrait bien ralentir à jamais. L’annonce de son partenariat avec Black Forest Labs a eu l’effet d’une petite déflagration à Hollywood, comme si l’un des derniers grands garants de la mémoire du septième art venait soudain de tendre la main à l’outil que beaucoup tiennent pour son fossoyeur. Et pourtant, chez Scorsese, rien n’est jamais si simple : l’homme qui a passé sa vie à filmer les fautes, les vertiges, la morale qui se délite et les visages qui s’abîment, n’a pas pris l’IA pour un gadget de salon, mais pour un instrument de travail, un prolongement, presque une béquille élégante offerte à l’imagination.

Le cinéaste dit l’utiliser pour les storyboards et la pré-production, autrement dit dans cette zone grise où le film n’existe pas encore tout à fait, mais où il commence déjà à faire peser son ombre sur le monde. Pendant des décennies, il a dessiné ses plans à la main, comme on rédige une lettre qu’on veut intime et précise ; aujourd’hui, il défend l’idée qu’un nouvel outil peut aider à transmettre plus vite et plus clairement ce qu’il voit, ce qu’il veut, ce qu’il cherche à faire naître. L’argument n’est pas absurde. Scorsese rappelle que le cinéma n’a qu’un peu plus de 125 ans, donc à peu près l’âge d’un adolescent génial et mal élevé, et qu’il n’a jamais cessé d’évoluer, de la couleur au numérique, de la 3D au rajeunissement artificiel. Il y a là une logique de continuité plutôt qu’une trahison frontale, même si la nuance ne suffira sans doute pas à calmer les anxieux professionnels du principe de pureté artistique.

Martin Scorsese et l’IA au cinéma : un virage qui divise Hollywood

Le choc, ici, tient moins au geste lui-même qu’au nom de celui qui le pose. Scorsese n’est pas un technophile de passage, un essayeur de tendances ou un vieux monsieur fasciné par le bouton brillant du futur ; il est l’un de ceux qui ont construit une partie du canon cinématographique moderne, et dont la Film Foundation a permis de restaurer plus de 900 films depuis 1990. Alors forcément, son alliance avec une société d’IA générative sonne comme une contradiction presque trop parfaite pour ne pas faire jaser. Comment l’archiviste du grand cinéma peut-il collaborer avec une technologie que certains accusent de piller le travail des artistes, d’automatiser la création et de dissoudre la main humaine dans une soupe algorithmique ?

La réponse, si l’on veut bien la prendre au sérieux, est justement là : Scorsese ne parle pas de remplacer l’artiste, mais de lui faire gagner du temps, d’éclaircir la transmission, de soulager les équipes de production, d’éviter certaines pertes d’énergie dans la chaîne de fabrication. C’est un discours de praticien, pas de gourou. Il faut bien admettre que dans le cinéma, comme ailleurs, les outils se sont toujours empilés les uns sur les autres sans demander l’avis des nostalgiques : la caméra a remplacé la scène, le montage a remodelé le réel, les effets numériques ont élargi le champ du possible, et la 3D a un jour prétendu nous faire toucher le vide du bout du nez. La question n’est donc pas seulement de savoir si l’IA est “pure” ou “impure”, mais quel usage on en fait, et au service de quelle idée du film.

Hollywood, lui, n’a pas attendu Scorsese pour se déchirer. Les grèves de 2023 avaient déjà mis à nu la grande angoisse du moment : les scénaristes, les acteurs, les techniciens, tous savaient qu’au-delà des discours rassurants, une nouvelle bataille se préparait autour des droits, des images, des voix, des visages et de la propriété de soi. Certains, comme Guillermo del Toro ou Jordan Peele, voient dans l’IA un danger esthétique et moral ; d’autres, comme Peter Jackson ou Gareth Edwards, préfèrent la traiter comme un effet spécial parmi d’autres, avec sa part d’utilité et sa part de vent. Entre les deux, les acteurs eux-mêmes avancent sur une corde raide, certains acceptant même de vendre leur voix à des start-up de clonage vocal, comme si la célébrité pouvait désormais être fractionnée, sous-traitée, emballée et revendue à la découpe.

La peur de l’IA à Hollywood face au pari de Scorsese

Le plus ironique, c’est que cette affaire révèle moins la mort du cinéma que sa nervosité chronique. Chaque révolution technique a été annoncée comme la fin de l’art, et chaque fois l’art s’est débrouillé pour survivre, parfois en souffrant, parfois en se transformant, souvent en perdant quelque chose au passage. L’IA ne fait pas exception : elle oblige à redéfinir ce qu’on appelle créer, décider, écrire, montrer, posséder. Elle réveille des questions très anciennes sous une forme terriblement neuve, ce qui est généralement la meilleure façon de paniquer un milieu entier.

Scorsese, en choisissant de s’y frotter, ne dit pas que tout est permis ; il dit que tout ne se résume pas à une posture de rejet. C’est peut-être cela qui dérange le plus : le refus du réflexe puriste, la volonté de regarder l’outil avant de condamner le diable supposé qui l’habite. Le coup de communication est évidemment énorme pour Black Forest Labs, qui s’offre au passage une caution monumentale ; mais il serait trop facile de réduire le geste à une simple opération d’image. Chez Scorsese, même l’adhésion à un nouveau dispositif reste traversée par le vieux fond de colère et de curiosité qui a toujours fait son cinéma.

Alors, est-ce le début d’un naufrage ou celui d’une réinvention ? On n’en sait rien, et c’est peut-être ce qui rend l’affaire si électrique. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que lorsque Martin Scorsese bouge, Hollywood écoute, soupire, s’inquiète et repart en débat. L’IA n’a pas encore tué le cinéma ; elle a déjà trouvé plus fort qu’elle pour relancer la conversation.

(article réalisé avec la contribution de l’IA)

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