Ring Ring Ring – Cyril Benzaquen

Nous sortons d’un défilé, perché au sommet d’un haut immeuble parisien, la descente se fait par ascenseurs. Nous attendons, nous entrons dans l’ascenseur, l’ascenseur descend. Etonnement il s’arrête à mi-chemin, vers le 7e ou 6e étage. Les portes s’ouvrent, se referment, l’ascenseur se remet en mouvement. Jusqu’à ce que nous nous retrouvions au point de départ, au 10e étage. 

Là, avec les 7 ou 8 personnes présentes dans l’ascenseur, nous réalisons que personne n’avait appuyé sur aucun bouton, l’ascenseur avait juste été appelé plus bas, puis rappelé au 10e. 

Eclat de rire collectif. 

Cyril se tenait presque face à moi dans cet ascenseur, et forcément nous avons gardé contact. 

Fin avril se tenait le Championnat du Monde de Kick Boxing au Grand Palais à Paris, l’occasion monumentale de rencontrer Cyril dans son univers, avec des instants de combat immortalisés par le photographe Maxime Lemeunier. 

Le champion du monde en titre pour la 8e fois consécutive se confie pour vous, du ring à la ville.

Frapper, est-ce pour toi de la violence, de la détente, de la stratégie ou avant tout du sport avec tout le FairPlay possible? 

Frapper c’est dans un cadre, je ne suis pas du tout bagarreur, je suis boxeur, c’est rattaché à un sport, la boxe. Et du coup quand je frappe c’est l’expression de mon sport, dans des règles et avec FairPlay. 

Quels sports as-tu pratiqué avant d’en arriver au Kick Boxing, comment définis-tu ce sport de combat? 

J’ai commencé le Kick Boxing à l’âge de 13ans, mais plus jeune j’ai fait beaucoup de judo, et touché à différents sports, je n’étais pas spécialement sportif, avec un peu d’embonpoint d’ailleurs. J’ai eu envie de faire un sport de combat, inspiré par les films de Van Damme à la mode à l’époque, et j’ai commencé en salle à Châtillon avec Aurélien Duarte, un vrai champion, qui m’a transmis la passion, la flamme. 

Ça m’a donné envie d’en faire ma carrière avec la boxe pieds-poings, on boxe avec les pieds, les poings et les genoux, sur le ring et avec des gants, c’est un sport presque intermédiaire en boxe et MMA.

Tu es huit fois champion du monde de Kick Boxing et une fois Champion du Monde de Boxe Thaï, tu as remis ces titres en jeu de nombreuses fois, Comment un compétiteur comme toi se sent avant de remettre son titre en jeu? Stress, appréhension? Ou sérénité et confiance? 

Chaque fois c’est différent, mais il y a un point commun; beaucoup d’appréhension toujours, parce qu’en face c’est un concurrent qui veut tout donner pour me battre, et à 36 ans, les jeunes qui sont face à moi sont plus fougueux et veulent décrocher le titre. J’arrive avec ma mentalité de champion, mais je dois y aller comme un challenger, défendre mon titre, car tout n’est pas acquis. Je dois aller le chercher, le reconquérir ce titre.

Pour communiquer sur cet évènement exceptionnel au Grand Palais, tu as pu installer un Ring au coeur du Plaza Athénée quelques semaines avant pour un moment d’initiation en ta présence. N’aurais-tu pas aussi une certaine fibre marketing et un talent de communication? 

Quelques semaines avant le combat on a organisé une conférence de presse et entraînement public au Plaza Athénée dans ces somptueux salons, et oui, j’ai eu la chance de faire mes études en marketing. Assez vite j’ai réalisé que mon sport n’était pas marketé encore, qu’il gagnerait à être sublimé, et j’ai donc essayé de trouver des synergies avec la mode, avec des marques, avec des lieux pour fédérer différents publics et relier ce monde du KickBoxing à des univers qui me permettent de démocratiser ce sport.

La passion du sport, du ring, t’es venue dès ta plus tendre enfance, ou cela est-il apparu plus tard à l’adolescence peut-être avec avec une envie de te battre contre ou pour la vie, de te défendre face aux autres, de marquer ta place?

La passion m’est venue dès le début à 13 ans, une fois de plus je n’étais pas sportif, c’est vraiment ce sport qui m’a donné envie d’aller plus loin, je me suis découvert, c’est comme goûter son propre sang, cela m’a animé d’un feu intérieur, à vouloir en faire ma vie, je me suis imaginé assez vite pouvoir devenir champion, j’ai adoré l’adversité, les règles, l’image que les boxeurs dégageaient, alors que ma famille n’est pas du tout du milieu du sport, pas de sportif dans la famille. 

Tu as un côté très mode aussi, chacune de nos rencontres étaient le témoin de looks très travaillés, finalement entre le corps sur le ring et le vêtement de mode, n’as-tu pas aussi une attirance particulière pour l’esthétisme? 

J’ai toujours aimé les belles choses, j’ai le sens du détail, et de fait je me suis rapproché de la mode, avec ce rapport au corps et le développement de l’esthétique du corps sportif. 

J’étais fan de David Beckham, qui fut un modèle d’inspiration, et un jour j’ai rencontré Jean-Philippe Raibaud qui quand j’ai commencé à performer sur le ring s’est occupé de mon image.  Depuis j’ai pris mon envol dans cet éco-système. Aujourd’hui je suis représenté par Elite, ce qui est assez rare pour les sportifs et notamment les boxeurs, c’est encore une passerelle entre mon univers et la mode. 

Comment te prépares-tu, puis te remets-tu d’un combat? On imagine que ton corps doit-être sonné, bouleversé après un combat, quelles sont tes techniques pour t’en remettre au mieux au plus vite? 

Alors, déjà je suis à deux entraînements par jour, ce qui fait environ 22/25 heures par semaines avec préparation physique, musculation, course à pieds et boxe (combat d’entraînement et exercice techniques), préparation mentale avec visualisation. Mais aussi des exercices de concentration, de déconnexion pour se focus sur son univers. 

Pour récupérer il y a de nombreux soins, la cryothérapie aussi pour se sentir mieux au plus vite. Là, je dois avouer que comme je sors du dernier gros combat de ma saison, je ne suis pas très rigoureux, je me fais plaisir à manger beaucoup dans de bons restaurants, il faut que je me calme, cela ne va pas le faire longtemps ni pour le sport ni pour l’esthétique. 

Le ring c’est ta salle de travail, d’entraînement et en même temps ta scène où briller,  La scénographie des combats prépare le public à ce show, sous les projecteurs. Est-ce une facette de ce sport qui t’a attiré? 

C’est une super bonne question, les gens ne réalisent pas forcément, le ring c’est la cerise sur gâteau de toutes les heures d’obscurité, d’entrainements cachés, et là tu arrives, tu te produis, 

Tous les boxeurs ont envie d’être beaux, ils font attention à leurs tenues, à leurs musiques d’entrée, ils réfléchissent à plein de choses et c’est vrai que le soir de mon combat au Grand Palais, avec cette scénographie un peu particulière, j’avais travaillé mon entrée. Avec mon frère qui organise à mes côtés, on avait pensé les jeux de lumières, la musique, les plusieurs musiques. Tout cela fait encore plus apprécier le moment et fait aussi partie du personnage, de l’émotion qu’on transmet et même du combat, parce que cela peut aussi impressionner l’adversaire. 

J’aime la mise en scène, la lumière, le mannequinat, le cinéma, cela touche aussi à l’esthétique, et finalement aussi à la mode. Ça donne un côté noble à ce qu’on appelle le « Noble Art » pour la boxe et ça participe au fait d’aimer combattre et exister à ce moment là.

Qui est Cyril hors Ring, le Cyril à la ville? 

Le Cyril à la ville adore le cinéma, manger, partager des moments en famille, j’adore la mode évidemment. Et en vérité Cyril à la ville est plutôt simple avec les mêmes personnes depuis 15 ans et il n’a pas changé avec, malgré, les titres. 

J’ai parlé de moi à la troisième personne, c’est très marrant. 

DIRECTION & CONVERSATION

Etienne Jeanson @etiennejeanson @jnsn_fashion

PHOTOGRAPHIE

Maxime Lemeunier @maxlmnr

TALENT

Cyril Benzaquen @cyrilbenzaquen

Partager cet article

Facebook
Twitter
Pinterest

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *