Hôtel Byblos à Saint-Tropez : l’histoire d’un mythe, de 1967 aux Caves du Roy

Le Byblos, palace de Saint-Tropez ouvert au printemps 1967, est né du rêve oriental de l’homme d’affaires libanais Jean-Prosper Gay-Para. Racheté par Sylvain Floirat, il devient le théâtre de la jet-set, des Caves du Roy au mariage de Mick Jagger. LUI remonte le temps d’une légende tropézienne restée dans la même famille.

L’essentiel

  • L’hôtel Byblos ouvre à Saint-Tropez au printemps 1967 avec 59 chambres toutes différentes, inspirées des intérieurs libanais.
  • Le 19 septembre 1967, l’industriel Sylvain Floirat (Matra, Hachette, Europe 1) rachète le Byblos, qui n’est plus sorti de sa famille depuis.
  • Le mariage de Mick Jagger et Bianca Pérez, en 1971, est fêté aux Caves du Roy, la discothèque du Byblos animée par Jacqueline Veyssière.

L’histoire du Byblos n’est pas simplement celle d’un hôtel. C’est celle d’un rêve oriental posé au cœur de Saint-Tropez, d’une intuition presque romantique devenue l’un des symboles les plus durables de la jet-set internationale.

Jean-Prosper Gay-Para, un rêve libanais à Saint-Tropez

Tout commence au milieu des années 1960, à une époque où Saint-Tropez est en pleine mutation. Le village de pêcheurs est déjà devenu un mythe, façonné par le cinéma, les artistes et les figures libres des années 50 et 60. Brigitte Bardot y incarne une nouvelle féminité, Françoise Sagan une modernité littéraire, et toute une génération transforme la presqu’île en un Eden hédoniste où l’on vit, aime et crée sans retenue.

C’est dans ce contexte que Jean-Prosper Gay-Para, homme d’affaires libanais, tombe amoureux de Saint-Tropez. Il y voit une résonance avec sa terre natale et avec la ville antique de Byblos, port phénicien chargé d’histoire. Son projet est ambitieux : créer un lieu qui incarne l’esprit méditerranéen, un sanctuaire dédié à la beauté, à l’amour et aux rencontres humaines. Une rumeur persiste d’ailleurs, presque trop belle pour être ignorée : Gay-Para aurait voulu offrir ce palace à Brigitte Bardot elle-même, comme un hommage amoureux. Vérité ou légende, peu importe, elle participe déjà à la mythologie du lieu.

1967 : un palace hors normes

La construction débute en 1965 et bouleverse le paysage tropézien. À quelques pas de la maison de Paul Signac surgit un ensemble architectural inspiré des palais orientaux, comme un conte des Mille et Une Nuits transposé en Provence. Le Byblos ouvre finalement au printemps 1967. Dès son inauguration, il impose une rupture radicale dans l’hôtellerie de luxe : ses 59 chambres sont toutes différentes. Chacune possède sa propre identité, son atmosphère, ses matériaux, ses objets, souvent inspirés des intérieurs libanais.

Le lieu ne se contente pas d’être un hôtel. Gay-Para imagine un véritable microcosme avec une piscine, un bar, des boutiques, un restaurant, et surtout un night-club appelé à devenir légendaire : les Caves du Roy. Mais à peine ouvert, le destin du Byblos bascule. La guerre des Six Jours en 1967 contraint Gay-Para à vendre. Le projet aurait pu s’arrêter là. Il ne fait en réalité que commencer.

Baigneurs allongés au bord de la piscine de l'hôtel Byblos à Saint-Tropez, photographie d'archive en noir et blanc
La piscine du Byblos dans les années 1970. Photo DR

Sylvain Floirat, l’homme qui transforme l’essai

Le 19 septembre 1967, l’hôtel est racheté par Sylvain Floirat, industriel français (Matra-Hachette-Europe 1…). Ironie de l’histoire : il n’était pas intéressé au départ, se déclarant « industriel, pas hôtelier ». Mais une offre faite presque à contrecœur est acceptée, et il se retrouve à la tête de ce projet hors norme. Sous son impulsion, le Byblos va véritablement entrer dans la légende (et ne ressortira pas de la famille). Floirat comprend immédiatement la nature du lieu : il ne s’agit pas seulement d’un hôtel, mais d’un théâtre social. Il en fait un point de convergence pour la jet-set internationale, un espace où se croisent artistes, aristocrates, musiciens et figures du cinéma. Très vite, le Byblos devient l’endroit où il faut être (ce qui finalement n’e semble pas constituer une punition, excepté pour le bel argent de ses pensionnaires). Le carré VIP des Caves du Roy est pris d’assaut. On y vient pour voir et être vu, mais surtout pour appartenir, ne serait-ce qu’un instant, à ce monde à part. Venue en voisine, BB honore les lieux de son habituelle présence. Dans son giron, la liste des habitués donne le vertige : Liz Taylor, Richard Burton, Duke Ellington, Romy Schneider, Louis de Funès, Bourvil, Michel Polnareff, Gilbert Bécaud…

Le mariage de Mick Jagger et l’âge d’or des Caves du Roy

Le Byblos devient le décor de fêtes mythiques, de cérémonies extravagantes, de nuits sans fin. Mais un événement en particulier marque définitivement son histoire : le mariage de Mick Jagger avec Bianca Pérez en 1971. La fête, organisée aux Caves du Roy, entre dans la légende et consacre le lieu comme épicentre mondial de la fête et du glamour. Autour de cette effervescence, une figure joue un rôle clé : Jacqueline Veyssière, véritable grande prêtresse des Caves du Roy, qui orchestre cette vie nocturne avec une précision presque cérémonielle.

Soirée aux Caves du Roy, la discothèque de l'hôtel Byblos, invités attablés, photographie d'archive en noir et blanc
Une nuit aux Caves du Roy. Photo DR

Au-delà des anecdotes, le Byblos incarne une époque : celle où Saint-Tropez devient un mythe global. L’hôtel ne crée pas cette dynamique, mais la cristallise. Il devient le point de convergence d’un imaginaire collectif : liberté, sensualité, excès, création. Dans ce Saint-Tropez idéalisé, où les femmes bronzent nues et les hommes roulent en décapotables blanches, le Byblos agit comme un catalyseur. Il transforme un village en scène internationale, un lieu en symbole.

Le Byblos aujourd’hui, une affaire de famille

Au fil des décennies, le Byblos devient aussi une affaire familiale. Il ne se contente pas de survivre à son époque : il évolue, se transforme, mais conserve son ADN. Son style reste intact : mélange d’Orient et de Provence, luxe sans rigidité, sophistication sans froideur. L’hôtel réussit un équilibre rare : rester fidèle à son esprit tout en s’adaptant aux nouvelles générations. Il continue d’attirer une clientèle internationale, mêlant héritiers de la jet-set et nouveaux visages du luxe globalisé. Les Caves du Roy restent une référence, et l’hôtel conserve cette aura singulière : celle d’un lieu où l’histoire ne s’est jamais arrêtée. Car au fond, le Byblos n’est pas seulement un hôtel. C’est une idée : celle que le luxe peut être festif, incarné, presque charnel. Une idée née d’un rêve libanais, devenue une légende tropézienne.

Par Jean-Christophe Florentin.

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