Il y a des collaborations qui semblent écrites dans les étoiles, qui coulent de source, qui obéissent à une logique de famille, de proximité, de destin entrelacé, et puis il y a celles qui surprennent, qui déconcertent, qui font dresser l’oreille et froncer le sourcil, qui posent la question de savoir si le hasard n’est pas en réalité une forme de calcul masqué; celle de Mylène Farmer avec DJ Lewis relève assurément de cette seconde catégorie, cette rencontre entre la reine de la pop française, cette icône de soixante-quatre ans qui a bâti un empire sur le mystère, la mélancolie, les textes poétiques d’une densité rare, et ce jeune producteur de vingt-huit ans, spécialisé dans le hip-hop et l’électro, qui a travaillé avec Drake et qui se retrouve soudainement aux commandes de la bande son de l’album Égrégore, le quatorzième opus de la chanteuse attendu pour novembre 2026. Le deuxième extrait, Des lols et des quoi, sorti le 10 septembre 2026, porte la signature de DJ Lewis, et ce titre, avec son orthographe délibérément approximative, son référentiel internet, son ton à la fois désinvolte et inquiét, dit quelque chose de profond sur cette alliance improbable: que Mylène Farmer, l’éternelle insaisissable, a décidé de plonger dans les eaux troubles de la langue numérique, de celle qu’elle chante être « au plus bas », et que pour ce faire, elle a choisi comme guide un gamin qui en parle couramment.
DJ Lewis produit le nouveau morceau de Mylène Farmer « des lols et des quoi »
Il y a des collaborations qui semblent écrites dans les étoiles, qui coulent de source, qui obéissent à une logique de famille, de proximité, de destin entrelacé, et puis il y a celles qui surprennent, qui déconcertent, qui font dresser l’oreille et froncer le sourcil, qui posent la question de savoir si le hasard n’est pas en réalité une forme de calcul masqué; celle de Mylène Farmer avec DJ Lewis relève assurément de cette seconde catégorie, cette rencontre entre la reine de la pop française, cette icône de soixante-quatre ans qui a bâti un empire sur le mystère, la mélancolie, les textes poétiques d’une densité rare, et ce jeune producteur de vingt-huit ans, spécialisé dans le hip-hop et l’électro, qui a travaillé avec Drake et qui se retrouve soudainement aux commandes de la bande son de l’album Égrégore, le quatorzième opus de la chanteuse attendu pour novembre 2026. Le deuxième extrait, Des lols et des quoi, sorti le 10 septembre 2026, porte la signature de DJ Lewis, et ce titre, avec son orthographe délibérément approximative, son référentiel internet, son ton à la fois désinvolte et inquiét, dit quelque chose de profond sur cette alliance improbable: que Mylène Farmer, l’éternelle insaisissable, a décidé de plonger dans les eaux troubles de la langue numérique, de celle qu’elle chante être « au plus bas », et que pour ce faire, elle a choisi comme guide un gamin qui en parle couramment.
« Des lols et des quoi »: Mylène Farmer et DJ Lewis, une collaboration qui divise les fans
Ce qui rend cette collaboration particulièrement piquante, c’est qu’elle n’est pas le fruit du hasard ou d’une rencontre fortuite dans les couloirs d’un studio parisien; DJ Lewis, de son vrai nom Harold Lewis, est le fils d’Hervé Lewis, le préparateur physique de Mylène Farmer depuis 1989, l’un de ses plus proches amis depuis les années 1980, celui qui a aussi été le coach attitré de Johnny Hallyday, cette figure discrète mais essentielle de l’entourage de la chanteuse. C’est par l’intermédiaire de ce père, par cette proximité familiale qui a permis au jeune Harold de côtoyer Mylène depuis son enfance, que la collaboration a germé, que les vingt ans de relation silencieuse ont fini par produire de la musique, cette musique électro-hip-hop qui tranche avec l’univers habituel de Farmer, ces orchestrations grandioses de Laurent Boutonnat, ces ballades célestes, ces atmosphères gothiques qui ont fait sa marque de fabrique. C’est à qui le tour, le premier single sorti en mai 2026, avait déjà annoncé la couleur: une production moderne, sèche, digitale, où la voix de Farmer flottait comme un spectre sur des beats qui rappelaient davantage les clubs berlinois que les cathédrales de son répertoire habituel. Et Des lols et des quoi pousse le bouchon encore plus loin, avec ces paroles qui citent Ronsard à côté des « lols », qui mêlent le classicisme le plus pur à l’argot numérique le plus dégradé, qui font de la chanson un manifeste sur la perte de la langue française, sur la déliquescence de la communication, sur ce monde où l’on rit avec des lettres et où l’on ne sait plus quoi répondre.
Les fans sont divisés, comme ils le sont toujours lorsqu’une icône ose changer, et cette division est peut-être le signe le plus sûr que l’artiste est vivante, qu’elle refuse le confort du consensus, qu’elle préfère le risque de la rupture à la sécurité de la répétition. Les uns entendent dans Des lols et des quoi une trahison, une capitulation devant les modes, une Mylène Farmer qui abandonne son mystère pour se fondre dans le paysage TikTok, qui sacrifie la poésie à l’actualité, qui devient ce qu’elle a toujours refusé d’être: banale, accessible, compréhensible. Les autres y voient une audace, une modernité, cette capacité à regarder le monde tel qu’il est et à en faire de la poésie, même lorsque ce monde est laid, même lorsque la langue est malmenée, même lorsque les jeunes gens communiquent avec des émoticônes et des abréviations qui font pleurer les académiciens. « Des lols et des quoi / La langue au plus bas / Des lols sans l’état / Et Ronsard est là », chante Farmer avec cette diction toujours impeccable, cette voix qui ne vieillit pas, cette manière de dire l’absurde avec une gravité qui le transforme en tragédie.
DJ Lewis, le producteur derrière le nouveau son de Mylène Farmer
Mais au-delà de la polémique, au-delà des débats sur la légitimité de cette direction artistique, il y a la question de DJ Lewis lui-même, ce jeune homme de vingt-huit ans qui se retrouve soudainement propulsé au centre de l’actualité musicale française, qui produit non pas un mais deux singles de Mylène Farmer, qui devient le son de l’album Égrégore, qui porte sur ses épaules fragiles la responsabilité de moderniser une icône sans la dénaturer. Harold Lewis n’est pas un débutant, il a travaillé avec Drake, il a produit dans l’univers hip-hop et électro, il a une technique, une oreille, une culture de la production digitale qui fait de lui un professionnel accompli; mais travailler avec Mylène Farmer, c’est autre chose que de travailler avec des artistes de sa génération, c’est entrer dans un univers codifié, ritualisé, où chaque note, chaque son, chaque silence, a une signification, où le mystère est la matière première, où l’accessibilité est le péché mortel. Et pourtant, il semble y parvenir, ce gamin qui a grandi à côté de cette femme sans vraiment la connaître, qui la côtoyait en famille, qui a vu de loin le fonctionnement de la machine Farmer, et qui aujourd’hui en est devenu un rouage essentiel.
On peut imaginer les séances de travail, la tension entre la perfectionniste et le jeune prodige, entre celle qui contrôle tout et celui qui propose des directions nouvelles, entre l’expérience et l’audace, entre le passé et le futur. Mylène Farmer n’a pas choisi DJ Lewis par hasard, elle a choisi quelqu’un qu’elle connaît, en qui elle a confiance, qui fait partie de son écosystème familial, cette stratégie de proximité qui caractérise sa carrière, cette méfiance envers l’extérieur qui l’a poussée à s’entourer des mêmes collaborateurs pendant des décennies. Mais en choisissant le fils de son préparateur physique, elle a aussi fait un choix générationnel, elle a ouvert une porte vers le présent, elle a accepté que son univers puisse être contaminé par des sons, des références, des rythmes, qui ne sont pas les siens. C’est peut-être là le geste le plus courageux de cette collaboration: non pas le choix de la modernité, mais l’acceptation de l’autre, la confiance dans le jeune, le risque de la transmission.
Et puis il y a le clip, dévoilé en même temps que le single, ces images qui prolongent le texte, qui visualisent l’inquiétude de Farmer face à la dégradation du langage, qui la montrent peut-être dans des décors minimalistes, avec cette esthétique froide et lumineuse qui caractérise ses vidéos récentes, cette façon de filmer le corps, le visage, le regard, avec une intensité qui compense la simplicité des moyens. Le clip de Des lols et des quoi n’est pas encore une légende, il ne le deviendra peut-être jamais comme le sont devenus Libertine, Sans contrefaçon, Désenchantée, ces monuments du clip français qui ont marqué des générations; mais il porte en germe cette même volonté de faire de la chanson pop un objet total, où le visuel est aussi important que le son, où l’image est aussi travaillée que la musique, où chaque détail compte et où rien n’est laissé au hasard.
Au fond, que penser de cette collaboration entre Mylène Farmer et DJ Lewis? On peut y voir la preuve que la chanteuse, malgré son âge, malgré son statut, malgré la distance qu’elle a toujours entretenue avec l’actualité médiatique, reste curieuse, ouverte, capable de se réinventer sans renier ce qui fait son essence. On peut y voir aussi le signe que la musique française, même à son plus haut niveau, doit faire appel à des producteurs plus jeunes, plus connectés, plus internationaux, pour rester audible, visible, pertinente. Et on peut y voir surtout cette histoire belle et simple d’une relation humaine qui dépasse les générations, qui traverse les années, qui transforme la proximité familiale en création artistique, le voisinage en collaboration, le silence en musique. DJ Lewis produit Mylène Farmer, et ce n’est pas une nouvelle comme les autres: c’est le fils de l’ami qui devient le complice, le gamin qui grandit qui devient l’artiste, le passé qui s’ouvre au présent sans renoncer à sa dignité. Des lols et des quoi est peut-être un titre étrange, une chanson déconcertante, un clip déroutant; mais il est aussi, et peut-être surtout, le témoignage que Mylène Farmer, cette femme qui a toujours su rester jeune en vieillissant, a trouvé en DJ Lewis un miroir qui lui renvoie une image qu’elle peut aimer: celle d’une artiste qui n’a pas fini de surprendre, qui n’a pas renoncé à évoluer, qui continue, avec cette obstination qui fait les grandes carrières, de chercher le son qui la fera vibrer, même si ce son vient d’un gamin qui écrit « lol » avec un « s » et qui ne sait pas toujours quoi répondre.


