De Memphis au Jookin
Entre le classique et le hip hop, Lil Buck révolutionne la danse en toute coolitude… Lui a rencontré le nouvel ambassadeur des jeans Kaporal pour savoir ce qu’il y avait dans la tête d’un des danseurs les plus doués de sa (jeune) génération.
C’est dans les souterrains du Palais de Tokyo, au bout de la salle de projection du musée, que se déroulera l’interview. Lumière tamisée, gros fauteuils en velours rouge… Au détour de quelques rangées, on trouve enfin Lil Buck, qui danse et saute sur les canapés.
« Chaque fois que je rentre à Memphis, je suis le même gars qui contacte ses potes sur Facebook pour savoir si on peut faire une session. »
Pour Charles Riley dit « Lil Buck », c’est à Memphis, la capitale du blues et dorénavant du Jookin, que tout a commencé. Amis des Étoiles du New York City Ballet, c’est avec les danseurs des rues et entre les quartiers de Westwood et de South Memphis qu’il a grandi et appris ses premières chorégraphies. Aujourd’hui ambassadeur autoproclamé du Jookin, Lil Buck voyage dans le monde pour faire découvrir son art. Des rues de Memphis à la Grande Muraille de Chine, en passant par le SuperBowl le Château de Versailles, la Maison Blanche et les rues de Tokyo, Lil Buck danse partout, tout le temps et passe du hip-hop à la danse classique en un moonwalk.
Habillé pour l’occasion dans un style très street-wear par Kaporal, dont il est l’égérie de la campagne automne-hiver 2015, la star de l’Urban Ballet nous a accordé de son temps pour apprendre à mieux connaître celui qui fut repéré en 2011 grâce à une vidéo prise avec un téléphone portable vue plus de 2.4 millions de fois, lors d’un gala organisé par Spike Jonze (réalisateur de Her et de Dans la Peau de John Malkovitch).
Le Jookin en une leçon… de Lil Buck
Lui. Commençons par le commencement. Qu’est-ce que le Jookin ? D’où ça vient et comment ça se danse ?
Lil Buck. Le Jookin a vu le jour dans les rues de Memphis, dans le Tennessee, il y a 30 ans à peu près. C’est une danse souple, légère, fluide et saccadée qui se pratique en faisant des glissements, des slides, des tiptoes, mais surtout c’est une danse pour laquelle il faut savoir faire preuve de créativité. Même s’il y a quelques pas de bases à apprendre comme le Buck Jump et le Gangsta Walk (basé sur le rythme, et qui se danse en ligne en faisant des petits sauts et des rebonds) dont elle est dérivée, une fois ces bases assimilées, chacun peut faire comme il le sent ! On peut dire que c’est une danse faite de 20 % de bases et de 80 % de créativité.
Depuis quand pratiquez-vous le Jookin ?
J’ai commencé à 12 ans et aujourd’hui j’en ai 26. Cela fait donc 14 ans que je danse tous les jours, sans jamais manquer une occasion.
Vous travaillez avec le street-artist JR ?
Oui, c’est un ami proche ! Je travaille beaucoup avec lui, on se voit souvent et on adore travailler ensemble. À chaque fois que l’un a un nouveau projet, il veut que l’autre soit impliqué. On a d’ailleurs travaillé ensemble sur Les Bosquets, le ballet et le film que lui ont inspiré les émeutes de 2005 en France, présentés au Tribeca Film Festival cette année. C’est toujours un plaisir de collaborer avec lui.
Lil Buck et Madonna
Il y a énormément de danseurs qui aimeraient danser avec Madonna. Ça vous plait de danser à ses côtés ? Comment ça se passe avec la Reine de la Pop ?
Évidemment, c’est une icône vivante ! Elle est géniale. Une fois qu’on apprend à connaître cette femme, on se rend compte à quel point elle est fantastique, à l’intérieur comme à l’extérieur. Elle sait être douce et sensible tout en étant forte et très sérieuse dans son travail et dans son art. C’est une vraie workaholic et une acro de la danse. Depuis toujours puisqu’avant d’être chanteuse, elle était danseuse.
Lors d’une interview au Ellen Degeneres Show, Madonna a dit qu’elle avait « les meilleurs danseurs du monde » … Ça fait donc de vous l’un des meilleurs danseurs sur Terre ? Qu’est-ce que ça fait d’être reconnu comme tel ?
Son avis est inestimable, parce qu’elle a vu beaucoup de danseurs… Ça me touche énormément qu’elle pense et dise cela, et ça me fait super plaisir. Travailler avec elle fait partie des plus beaux moments de ma vie.
À force de travailler avec des stars et des gens du show-business, pensez-vous être la même personne que lorsque vous étiez à Memphis ?
Bien sûr ! Je suis le même et je serai toujours le même ! Si j’étais resté à Memphis, je continuerais de faire du Jookin et je ferais évoluer mon style de danse. Ma mission n’était pas d’être riche et célèbre, mais de faire découvrir le Jook au monde entier. Par chance, j’ai réalisé mon rêve et le reste est venu avec. Pour rester le même, il faut simplement savoir garder la tête sur les épaules et se souvenir de là d’où l’on vient. Chaque fois que je rentre à Memphis, je suis le même gars qui contacte ses potes sur Facebook pour savoir si on peut faire une session dans un garage, un jardin, un parc ou sur un parking.
Grandir à Memphis
Depuis que vous êtes connu, beaucoup de jeunes de quartiers dits « sensibles », vous ont pris comme modèle et se sont mis à pratiquer la danse et même pour certains la danse classique.
Je trouve ça tout simplement génial ! C’est incroyable de voir à quel point la danse peut influencer les mentalités. Je me rappelle de la première fois que j’ai vu quelqu’un faire du Jookin et je connais le sentiment que cela procure. Lorsque j’ai découvert le Jook, ça a eu un réel impact sur le reste de ma vie car j’ai su dés lors que c’était ce qui me plaisait vraiment. Cela m’a changé pour le meilleur et m’a fait plonger au plus profond de ma créativité.
Lorsqu’on sort de sa zone de confort pour expérimenter de nouvelles choses, comme par exemple les jeunes des banlieues qui vont voir des ballets, on apprend tellement de soi-même. On voit ce que l’on peut faire évoluer, on peut apprendre certaines choses qu’on ne connaissait pas et s’apercevoir que sur certains sujets il faut s’entraîner davantage. Cela permet de se construire soi-même et ça, c’est très cool.
L’ancien emblème de Memphis, c’est Elvis Presley. Vous êtes fier d’être le nouveau symbole de la ville ?
Memphis, je l’ai dans la peau (dit-il en montrant fièrement son tatouage de l’équipe de baseball des Memphis Grizzlies, placé sur son coeur, ndlr) ! Je suis né à Chicago et j’adore cette ville, mais j’ai été élevé à Memphis. Je suis fier de ma ville et de ses habitants qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Si je n’avais pas grandi à Memphis, je ne serais certainement pas ici aujourd’hui.
Quel est votre plus beau souvenir depuis que vous êtes danseur professionnel ?
J’en ai quelques uns, quand même ! Mais si je réfléchis bien, ça doit être la première fois que j’ai interprété La Mort du Cygne avec Yo-yo Ma, mais ça n’était pas pour le clip Youtube de Spike Jonze. Nous étions à L.A pour un programme parascolaire qui vise à mieux incorporer l’art dans l’éducation. On a fait un spectacle pour les enfants qui étaient présents et ils sont venus danser avec moi. C’était vraiment l’une des plus belles expériences de ma vie parce que j’ai senti la magie opérer avec chacun d’entre eux.
J’ai ressenti la même inspiration que la première fois que j’ai vu quelqu’un faire du Jookin. J’aimerais beaucoup savoir ce qu’ils deviendront plus tard et peut-être aurais-je la chance de les croiser à nouveau, qui sait ? Ces moments-là surpassent même certaines choses vraiment spectaculaires que j’ai pu faire. Je fais ça en effet pour les enfants… Même si c’est un cliché, ils sont l’avenir et c’est probablement mon meilleur investissement en tant que personne. Je fais aussi des campagnes publicitaires, mais celle que je fais en ce moment avec
Kaporal est vraiment très sympa. Ils ont une super énergie et aujourd’hui ils sont comme des membres de ma famille.
Yann Barthès est très sympa mais, niveau danse, il a encore besoin d’entraînement. Yann, je suis prêt à te donner des cours privés ! Appelle-moi !
Vous avez appris à des célébrités comme Madonna, Meryl Streep, Katie Couric ou plus récemment Yann Barthès les bases du Gangsta Walk. Selon vous, qui est doué et qui ne l’est pas ?
Commençons par Yann Barthès ! Il est super sympa, mais niveau danse, il aurait besoin d’encore un peu d’entraînement. Alors Yann, si jamais tu lis ces lignes, sache que je suis prêt à te donner des leçons privées ! Tiens-moi au courant Yann ! En ce qui concerne Madonna, elle n’a eu une aucune difficulté car c’est une grande danseuse qui apprend vite et bien. Meryl Streep, elle s’est plutôt amusée en dansant, on a bien rigolé… Quant à Katie Couric, elle a eu du mal mais c’était drôle.
Comment il s’en sort JR, avec le Jookin?
C’est un vrai professionnel ! JR est un Jooker aujourd’hui et si vous allez sur mon compte Instagram, vous verrez d’ailleurs une vidéo très drôle de JR, qui doit être l’une des rares vidéos de lui en train de danser !
Qu’est-ce qui inspire vos chorégraphies ?
La force et les éléments de la nature, l’environnement dans lequel je suis et ce qui m’entoure m’inspirent. Par exemple la manière dont le vent souffle va influencer mes gestes, ou encore l’eau qui prend des formes diverses : elle peut couler, éclabousser, prendre la forme du verre dans lequel on la verse.
Bruce Lee est l’un de mes plus grands modèles et sa philosophie m’inspire énormément elle aussi. La mode m’inspire aussi car il y a des vêtements que je préfère porter pour certains spectacles et qui sont plus adaptés pour faire certains mouvements. Et puis ma mère m’inspire aussi !
Lil Buck et Paris
Vous voyagez énormément et vous avez danser dans des lieux tous plus incroyables les uns que les autres. Y-a-t-il encore un endroit où vous rêveriez de danser ?
Je rêve de danser au Salar d’Uyuni en Bolivie, c’est l’un des plus beaux endroits du monde et certainement l’un des décors les plus incroyables et les plus fous dans lequel je danserai un jour. Danser là-haut serait comme danser au paradis.
Récemment vous avez dansé dans les jardins du Château de Versailles. Quel effet ça fait de danser chez Louis XIV?
C’était incroyable ! Je n’avais jamais été à Versailles alors que ça fait plusieurs fois que je viens à Paris. J’ai dansé avec le Los Angeles Dance Project qui est tenu par le danseur français Benjamin Millepied. C’est très impressionnant de pouvoir danser dans un tel endroit, d’autant plus qu’il n’y avait pas eu de spectacle dansant dans les jardins du Château depuis 300 ans (la dernière personne à y avoir autorisé un spectacle étant Louis XIV) ! Avoir la chance de réincarner cette énergie, c’était comme être l’écho du passé et ce fut une expérience inoubliable et très enrichissante.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus à Paris ? Un lieu, un monument, un restaurant ?
La plupart du temps quand je suis à Paris, je travaille. Je rencontre plus de gens que je ne visite la ville, donc je ce que je préfère ce sont les gens. J’aime beaucoup cette ville et l’énergie qu’elle dégage. L’architecture y est très belle et la langue française est agréable à entendre. C’est un endroit où l’on peut facilement trouver l’inspiration, comme à Versailles. À chaque fois que je viens ici, c’est comme si c’était la première fois : chaque jour il y a quelques choses de nouveau à découvrir.
Envie d’en savoir encore plus sur Lil Buck et sur le Memphis Jookin ? Retrouvez-le sur son compte Instagram.


