Treize ans. Treize années que les morts-vivants les plus rentables de Hollywood attendaient leur rappel, et voilà enfin que Paramount se décide à rallumer la machine. Brad Pitt reprendra son rôle de Gerry Lane, cet ancien journaliste de guerre devenu, bon gré mal gré, le globe-trotteur de l’apocalypse zombie, dans une suite de World War Z dont on nous jure, cette fois, promis, juré, qu’elle se fera vraiment. Et pour mener la barque, un nom qui a de la tenue : Edward Berger, le réalisateur de Conclave, couronné aux Oscars et désormais assez coté pour qu’un studio lui confie la résurrection d’une franchise que tout le monde croyait définitivement enterrée. L’annonce, tombée cette semaine, a l’effet d’un électrochoc dans une industrie qui, en matière de sequelles improbables, a pourtant l’estomac solide.
Brad Pitt reprend le rôle de Gerry Lane 13 ans après World War Z
Il faut se souvenir du film de 2013 pour comprendre l’enjeu du moment. À l’époque, World War Z avait été un chantier de tous les dangers : un budget pharaonique, un troisième acte entièrement retourné en catastrophe, des tensions de production que l’on murmurait à voix basse dans les couloirs. Le résultat, adaptation très libre du roman de Max Brooks, avait donné un film d’action honnête, certes loin du chef-d’œuvre littéraire, mais assez spectaculaire pour engranger gros au box-office et se forger, avec les années, une réputation de blockbuster culte. Dans les mois qui suivirent, le projet de suite devint le serpent de mer par excellence du cinéma américain : plusieurs réalisateurs s’y sont cassé les dents, David Fincher s’est vu confier l’objet, les négociations ont patiné, le budget a enflé, Paramount a serré les cordons de la bourse, et le film a fini par sombrer dans les limbes, avec l’élégance discrète d’une non-annonce. On a cru que le dossier était clos. Il ne l’était pas. Car en 2025, le rachat de Paramount par Skydance a rebattu les cartes, et la nouvelle direction, animée d’un appétit de reconquête, a désigné la suite de World War Z comme l’une de ses priorités absolues.
Edward Berger à la réalisation pour une suite enfin relancée par Paramount
C’est lors de la CinemaCon 2026, à Las Vegas, que la major avait officialisé son intention de relancer la machine, sans encore lâcher de nom. Ce week-end, le mystère s’est dissipé : Pitt a signé, et Berger aussi. Le rapprochement n’est pas un hasard, les deux hommes ont tourné ensemble The Riders, un film pour A24 achevé plus tôt dans l’année, et l’expérience commune a manifestement soudé la paire. Le choix de Berger n’est pas anodin : après un Conclave sacré par l’Académie, cet artisan allemand, capable d’alterner le thriller d’espionnage et le drame de cour, apporte à la franchise une respectabilité artistique que le premier opus, tout à son spectacle de déferlante et de muscles tendus, n’avait jamais ambitionnée. On imagine mal Hollywood laisser passer une telle réunion de talents : un cinéaste primé, une star qui a gardé son pouvoir de séduction intact, et un studio en pleine renaissance qui cherche désespérément ses nouvelles attractions phares. Le tableau est trop cohérent pour être le fruit du hasard.
Il y a, dans cette relance, un symbole assez savoureux : le cinéma, à l’heure des plateformes et des catalogues asséchés d’idées, ne se contente pas de recycler ses zombies, il recycle aussi ses dormeurs, ses cadavres au repos, ses projets qu’on avait renoncé à réanimer. C’est le triomphe du mort qui refuse de mourir, du scénario qui a échappé cent fois aux clous du cercueil, et l’on se prend à penser que ce film porte décidément bien son nom : dans un univers où l’épidémie n’arrête jamais rien, il fallait une suite qui mette treize ans à se relever, dans une lenteur toute humaine, pour finir par mordre. Reste ce que le diable dissimule dans les détails : quel scénariste, quel calendrier, quel tournage, quelle date de sortie ? On n’en sait rien. On sait seulement que Gerry Lane reprendra la route, que les hordes affamées reviendront déferler, et que l’on fera semblant, comme toujours, de s’étonner qu’une telle franchise ose encore sortir de sa tombe. Ce n’est pas une résurrection, c’est une rente : une manière comme une autre de faire payer au public le droit de frissonner, une fois encore, devant une meute de créatures qui ne demandent qu’à être à nouveau ressuscitées par le tambour du premier week-end d’exploitation.


