L’été indien ouvre une parenthèse plus douce, une fois retombée l’effervescence de la haute saison. En septembre, Saint-Tropez se révèle sous un jour plus authentique et redevient plus marin que mondain : des terrasses où l’on respire à nouveau, des ruelles que l’on traverse sans jouer des coudes et, à la fin du mois, les voiles blanches des régates qui rendent au golfe son élégance originelle. En bref : le calme après la fête.
Le moment parfait pour redécouvrir la presqu’île autrement. Perchée sur les hauteurs de Gassin, la Villa Belrose incarne justement cette facette plus confidentielle du mythe tropézien : une invitation à ralentir, à contempler la baie, avec le clocher de Notre-Dame-de-l’Assomption pour horizon. Comme un rappel que le village n’est jamais bien loin.
Par Charlotte Florentin


Dolce farniente, matin, midi, soir !
L’adresse apparaît au bout du boulevard des Crêtes, posée en belvédère au-dessus du golfe. Une villa d’inspiration florentine, entourée de 9 000 m² de pinède et de jardins, avec Saint-Tropez – à cinq minutes en voiture – sur la droite, Sainte-Maxime en face et le massif de l’Estérel au loin. On arrive avec mille idées en tête – descendre au port, passer par la place des Lices, filer à Pampelonne – et l’on se surprend, dix minutes plus tard, à ne plus avoir envie de bouger.

Il faut dire qu’ici, tout pousse à ralentir. Dès l’entrée, le décor donne le ton. Ouverte en 1997 et membre de The Leading Hotels of the World depuis 2024, la Villa Belrose vient d’achever une importante rénovation menée par le designer Markus Hilzinger. Une nouvelle jeunesse qui modernise l’ensemble sans dénaturer l’esprit de la maison. Sous les pas, un élégant damier de marbre. Autour, des canapés crapaud en velours moutarde, des fauteuils dans des nuances de bleu, quelques œuvres contemporaines et des tables en bois clair aux lignes arrondies. Le tout compose un décor chic, lumineux, résolument méditerranéen. Rien de tapageur, jamais trop. Le luxe se joue dans l’équilibre.

Puis vient la grande terrasse panoramique. Et là, difficile de ne pas marquer une pause. Le regard embrasse le golfe, tandis que Saint-Tropez se dessine au loin. Comme un présage : le séjour s’annonce contemplatif.
Quelques niveaux plus bas, changement de décor, même panorama. L’immense piscine, l’une des plus vastes de la presqu’île – désormais la deuxième du golfe depuis la rénovation de la Messardière –, déroule son long bassin face à l’azur. On s’installe sur l’un des larges beds qui l’entourent, on coule quelques brasses avant de commander une piscine de rosé largement méritée, toujours sur fond de carte postale. Et puis plus rien. Ou presque. Une heure en devient trois sans même que l’on s’en aperçoive. On se surprend à ne rien faire et, surtout, à aimer ça.

À moins de pousser la farniente un peu plus loin encore, au spa de la maison. Plus confidentiel que démonstratif, l’espace bien-être prolonge la parenthèse avec un bassin Zen et une carte de soins signée NIANCE®, maison suisse spécialisée dans les soins haut de gamme : massages sur mesure, soins du visage et du corps, manucures… De quoi abandonner définitivement toute velléité de programme pour l’après-midi.
Dormir face au bleu
La métamorphose se poursuit dans les chambres. Réparties sur les cinq niveaux de la maison, les 39 clés se déclinent en huit catégories, toutes composées dans cette même grammaire méditerranéenne : rouge terre cuite, bleu azur et vert végétal, papier peint en lin, parquet de chêne naturel, noyer, tapis noués main et marbre italien veiné de gris dans les salles de bains. Aux murs, les œuvres originales du Chilien Juan Nazar, imaginées spécialement pour la Villa Belrose, apportent la touche contemporaine.

Reste à choisir son point de vue. Certaines chambres s’ouvrent sur les jardins, d’autres longent la piscine, tandis que les plus hautes profitent d’une pleine vue mer. Toutes disposent d’un balcon ou d’une terrasse. Volumes généreux, belle lumière, confort irréprochable : on s’y sent bien.
Quelques attentions font aussi la différence : un masque de nuit, un bandeau pour la skincare, ces petits détails qui donnent le sentiment d’avoir été attendu. Presque comme chez des amis. Très vite pourtant, un constat s’impose : on y passe finalement peu de temps. Il suffit d’ouvrir les rideaux, d’apercevoir le bleu au-dehors et l’appel du large l’emporte.

Puis viennent les suites. La Suite Supérieure déploie 70 m² prolongés par une vaste terrasse face à la Méditerranée. À l’étage, la Suite Belrose concentre ce que l’adresse a de plus spectaculaire : chambre et salon séparés, dressing, large balcon panoramique et, devant soi, l’une des plus belles vues de la Côte d’Azur, avec parfois les Alpes qui se dessinent au loin.

Pour ceux qui préfèrent davantage d’indépendance, l’expérience se prolonge à quelques pas de l’hôtel avec les villas. À une centaine de mètres, la Villa Paradise peut recevoir jusqu’à dix personnes dans cinq chambres, avec piscine et vue sur le golfe. Plus intime, la Résidence Belrose en compte quatre, auxquelles s’ajoutent une piscine, un sauna et une salle de massage. L’intimité d’une maison, avec le room service et la conciergerie d’un cinq-étoiles à portée de téléphone.

Premières lueurs, premières saveurs !
À la Villa Belrose, même une longue soirée tropézienne ne suffit pas à justifier une grasse matinée. Difficile de traîner au lit : le petit-déjeuner fait partie de ces rendez-vous que l’on n’a aucune envie de manquer. Face au golfe encore endormi, le buffet rassemble tout ce que l’on attend d’un hôtel de luxe : fruits et jus frais, pains, viennoiseries, auxquels s’ajoutent les assiettes préparées à la demande par Jimmy Coutel et son équipe. Œufs Bénédicte, pancakes, brioche façon pain perdu… et surtout un avocado toast particulièrement réussi : pain aux céréales toasté, avocat, œuf mollet, tomates cerises confites à l’huile d’olive, pousses d’épinard et sésame torréfié. Rarement un avocado toast aura été aussi travaillé.

Aux commandes, le chef exécutif Jimmy Coutel accorde d’ailleurs une attention toute particulière à ce premier repas de la journée. Pourquoi ? Parce que le petit-déjeuner est souvent, rappelle-t-il, « la dernière impression que les clients vont avoir avant de repartir ». Vu sous cet angle, impossible de bâcler le dernier souvenir.

Un directeur aussi grandiose que la vue !
Cette obsession du détail traverse toute la maison. Et elle a un visage : Robert-Jan van Straaten. Reconnaissable entre mille, le directeur semble tout droit sorti de Gatsby le Magnifique. Large sourire, allure impeccable, vestes aux couleurs franches, foulard ici, pochette là : il change volontiers de costume trois fois dans la journée. Une seule règle, presque superstitieuse : jamais de marron après 20 heures, cela porterait malheur. Et parfois, au détour d’une conversation, il entrouvre sa veste et en sort, comme par magie, un verre de Martini.

Son accent hollandais, sa jovialité et son art de raconter transforment vite une visite d’hôtel en conversation qui s’éternise. Il découvre Saint-Tropez en 1998 et tombe immédiatement amoureux de la région. « En tant qu’Hollandais venant d’un pays tout plat, je suis tombé amoureux des environs », raconte-t-il avec nostalgie. Il résume parfois la Villa Belrose d’une formule : « un camping hollandais avec vue mer ». La plaisanterie dit pourtant quelque chose de juste. Derrière les codes du cinq-étoiles, il veut une maison sans chichi. « Nous avons l’avantage de rencontrer nos clients en maillot de bain », aime-t-il répéter. Les barrières tombent plus vite au bord d’une piscine qu’au pied d’un desk en marbre.
Les anecdotes s’enchaînent. Un jour, John Legend l’aperçoit depuis la terrasse et le salue avec enthousiasme. Les bodyguards s’interposent. Mauvaise idée : ici, Robert-Jan est chez lui. Il raconte avec malice comment le chanteur a fini par faire comprendre à sa garde rapprochée que le directeur pouvait approcher. Stars ou anonymes, même traitement : on salue, on échange, on prend des nouvelles. Et surtout, on demande ce qui pourrait être amélioré. Car son autre manie consiste à chercher le défaut. Là où beaucoup demanderaient simplement si tout s’est bien passé, lui veut savoir ce qui n’a pas été parfait. Une attente trop longue ? Un coussin mal placé ? Une lumière qui manque ? Il interroge ses clients comme on inspecte une maison avant de recevoir des amis. Le perfectionnisme tient parfois à presque rien, mais c’est précisément ce presque rien qui distingue les très bonnes adresses. Tout ce qu’un cinq-étoiles a de mieux à offrir se retrouve là : proximité, précision du service, attention sans obséquiosité et sensation que quelqu’un veille réellement.

« Le rôle d’une maison comme la nôtre, c’est aussi de garder les traditions », clame-t-il. La Villa Belrose défend ainsi cette hospitalité presque ancienne, incarnée par des visages, des habitudes, des rituels.
L’art de recevoir, jusque dans l’assiette !
Dans l’assiette, Jimmy Coutel poursuit le même fil rouge : faire du très bien, sans compliquer inutilement. Ancien sous-chef de la maison, passé ensuite par le Château de Valmer où il décroche une étoile Michelin en 2017, il est revenu au Belrose avec une cuisine enracinée dans le terroir. Le circuit court n’est pas un argument marketing posé au bas d’une carte : les légumes viennent notamment d’un maraîcher de Grimaud, les poissons et fruits de mer sont sélectionnés à Puget-sur-Argens, les fromages à Collobrières et dans le golfe, tandis que l’huile d’olive arrive du Domaine de Val de Bois, à Gassin, chez Éric Barnéoud-Chapelier. Même le pain est pétri et confectionné sur place selon les recettes du chef pâtissier Maxance Teillon.

Le soir, la chaleur retombe, les lumières s’allument autour de la baie et Saint-Tropez scintille en face. Sur la terrasse du restaurant Le Belrose, la cuisine se fait plus gastronomique. La carte 2026 joue les intitulés poétiques : « L’Or du Midi », autour de tomates anciennes confites, gelée de fleur de tagète et piments doux ; « Éclat du Littoral », rouget de Méditerranée légèrement fumé, aubergine au basilic, fleur de courgette farcie à la ratatouille et jus aux olives ; « Perle Marine », sériole marinée à la verveine, haricots verts, amandes, abricot et caviar osciètre. Plus loin, une rascasse rouge cuite à l’huile d’olive se marie à la courgette violon, à l’huître et à la rouille. Tout est lisible, soigné, ensoleillé. Le produit reste au centre.

Deux menus structurent l’expérience : Farigoule, en quatre mets, et Signature, en cinq actes. Mais la Villa Belrose n’enferme jamais le séjour dans un cérémonial. Pas envie d’un dîner gastronomique ? On remonte au bar. Face au coucher du soleil, l’apéro devient dînatoire, beaucoup plus décomplexé : houmous au citron confit, beignets de fleurs de courgettes, tacos de gambas à la mangue et au piment doux, panisses de Provence et jambon truffé, focaccia au romarin et truffe d’été, voire une pinsa à partager. Et si la faim gagne, le lobster roll Belrose, les fettuccine cacio e pepe ou la pizza burrata à l’huile d’olive de Gassin prennent le relais. Le luxe, ici, c’est aussi de pouvoir décider de ne pas faire de dîner.

C’est peut-être là que réside finalement le véritable privilège de la Villa Belrose : permettre de profiter de l’effervescence sans jamais la subir. À cinq minutes, le port, les façades pastel, la place des Lices et les ruelles du vieux village. Ici, le calme, la pinède et un golfe entier sous les yeux. On peut partir. On peut rester. On peut surtout changer d’avis au dernier moment.

On vient ici recharger les batteries et retrouver la vraie magie tropézienne dans sa version la plus farniente : soleil, pinède, rosé frais, mer au loin et conversations qui se prolongent. L’hôtel laisse le choix : celui de contempler ou de rejoindre l’effervescence, de s’offrir un dîner aux allures de festin ou quelques assiettes à partager face au coucher du soleil. Le luxe, dans sa version la plus juste : celui qui ne s’impose jamais.
L’althoff Villa Belrose
Boulevard des Crêtes, Gassin
Tél. : +33 (0)4 94 55 97 97
althoffcollection.com/fr/althoff-villa-belrose
À partir d’environ 1 080 € la nuit selon les dates et catégories
Menu Farigoule, 4 mets : 145 €. Menu Signature, 5 mets : 170 €
Instagram : @villabelrose


